THE MEDIAEVAL ACADEMY OF AMERICA
CAMBRIDGE, MASSACHUSETTS
1949
The publication of this book was made possible by grants of funds
to the Mediaeval Academy from the Carnegie Corporation of
New York and the American Council of Learned Societies.
Copyright by
THE MEDIAEVAL ACADEMY OF AMERICA
1949
Printed in U. S. A.
Au grand historien américain du Théâtre Français
HENRY CARRINGTON LANCASTER
Affectueux et admiratif hommage
Je tiens à remercier ici la Mediaeval Academy of America d’avoir consenti à patronner cette publication et à l’inscrire dans sa célèbre collection, et l’American Council of Learned Societies d’en avoir permis l’impression par le subside qu’elle nous a accordé. Qu’il me soit permis aussi de nommer ici dans un sentiment de reconnaissance mon éminent collègue J. D. M. Ford, ancien Président de l’Académie, et l’ancien secrétaire des publications de celle-ci, R. J. Clements. Rien n’exprime mieux la grandeur d’un pays en guerre que cette persistance dans le travail pacifique de la science et cette aide accordée aux travailleurs en exil.
Qu’il soit donné à l’un de ceux qui ont bénéficié pendant deux ans de sa généreuse hospitalité de lui dire ici toute sa gratitude et toute son admiration et de lui offrir ce travail en hommage à son magnifique apport dans le domaine des études médiévales et françaises.
GUSTAVE COHEN
Paris, 1949
Parmi tant de biens que j’ai perdus par suite de la ruée barbare — livres, fiches, manuscrits, correspondant à quarante ans de vie scientifique — j’ai heureusement réussi à sauver un document des plus précieux: la copie d’un gros recueil de farces pour la plupart inconnues, qui vient enrichir et compléter d’une façon remarquable notre connaissance du théâtre profane du XVème siècle.
Ce recueil, imprimé factice oblong (format qui est celui des manuscrits destinés aux acteurs, témoin le Manuscrit 617 de Chantilly que j’ai décrit et publié1) n’est pas, à vrai dire, absolument inconnu. Il a été aperçu par Eugénie Droz, la savante éditrice de ce Recueil Trepperel auquel il est apparenté, et signalé par elle en ces termes: “Il y a lieu d’intercaler ici trois séries inconnues qui forment un recueil conservé dans une bibliothèque privée. Ce volume, trouvé en même temps que le Recueil Trepperel,2 est d’un intérêt capital et il sera impossible de parler de la farce, en tant que genre littéraire, avant que ces pièces soient publiées. Je les ai examinées trop rapidement à mon gré, à une époque où je n’avais pas encore l’espoir de publier le Recueil Trepperel, de sorte que je n’ai pu me livrer à aucune identification d’imprimeur, ni copier les textes. Ce recueil est d’un format un peu plus petit que ceux que nous venons d’énumérer, il est imprimé en caractères gothiques de trois sortes, ce qui permet d’établir trois séries différentes.”
Suit une énumération de titres groupés, sous les numéros X, XI, XII, mais qui, souvent incomplète et inexacte, doit être remplacée par celle, suivie d’analyses, qu’on lira plus loin.
Toutes les pièces du recueil pourvues de titres gothiques et de marques d’imprimeur3 sont cependant sans lieu ni date. E. Droz croit pouvoir affirmer qu’elles ont été imprimées à Paris, vers 1540, mais, comme chacun sait, ceci ne préjuge en rien de leur date de composition et de représentation car, loin de périr au milieu du XVIème siècle, comme nos grands mystères, notre théâtre comique s’est assuré une longue survie, et certains recueils, tel celui de Copenhague, ont été réimprimés jusqu’au début du XVIIème siècle à une date aussi tardive que 1619 (Lyon).
Il convient donc de dépouiller les pièces de notre recueil sans préjugé et de tenter d’en établir successivement la date, la localisation et l’appartenance à divers groupes sociaux ou professionnels; mais avant cela il faut en dresser la liste dans l’ordre tout fortuit où elles se présentent en faisant suivre les titres, qui sont ceux de l’imprimeur ou de l’éditeur ancien, d’une brève analyse. Tout en me servant de ces désignations, j’ai renoncé à classer les pièces en farces, sotties et moralités, parce qu’il est difficile de faire une discrimination assez nette entre les divers genres de notre théâtre profane. C’est ainsi que le recueil débute par une sottie.
Sauf indication contraire, elles sont inédites.
I (Sottie). Farce nouvelle fort joyeuse à trois personnages, c’est à savoir: le prince, le premier sot, le second sot.
Sorte de sottie — parade: les deux sots ne reconnaissent pas tout de suite leur Prince parce qu’il a, par dessus son costume de sot, revêtu une robe de cour, mais, l’ayant dépouillé, ils échangent avec lui des propos décousus, satiriques et incongrus.4
II.5 Farce nouvelle de celuy qui se confesse à sa voisine qui est habillée en habit de prestre qui est le Ribault marié, ou Maugré jalousie à troys personnages: c’est à savoir le mary, la femme, la voysine.
Le résultat de cette pseudo-confession est que la voisine apprend que le mari infidèle a dépucelé la fille du faux prêtre. En pénitence, femme et voisine s’unissent pour battre le mari.
III. Farce6 nouvelle des Esbahis à quatre personnages c’est à savoir: le premier, le second, le tiers esbahi et la justice qui les adresse.
Contre l’abus des bénéfices distribués à “Gens qui n’y sont pas propices” et autres abus, etc.
IV. Farce nouvelle à cinq personnaiges de Maistre Mymin qui va à la guerre à tout sa grant escriptoire pour mettre en escript tous ceulx qu’il y tuera. maistre mymin, le capitaine, lubine, le souldart, le seigneur.7
V. Farce nouvelle à quatre personnages, très bonne et très joyeuse de Thevot qui vient de Naples et amaine un Turc prisonnier c’est à savoir: colin, la femme, le pelerin, thevot.
Déjà connue, publiée et republiée en 1542 chez Barnabé Chaussart, sous le nom de: Colin, fils de Thevot le Maire. Répertoire, 121; Choix de farces par Mabille, II, 5, 33.
VI. Farce8 nouvelle très bonne et fort joyeuse des Queues troussées à cinq personnaiges c’est à savoir: macé, lanternier, michault, savetier, la premiere femme, la seconde, maistre aliborum, les queues troussees.
Les deux femmes ont des robes à queues, ridiculement longues. Maître Aliboron, qu’elles vont consulter, les leur trousse et y met un miroir où se mirent leurs maris; après avoir ôté le chaperon, ils s’aperçoivent qu’ils ont des oreilles de veau. Le second conclut: “sont veaux et si n’en sçavent rien.”
VII. Farce nouvelle à six personnages c’est à savoir: regnault qui se marie à lavollée, godin fallot, franc arbitre, lavollée, messire jehan et son clerc.
Abandonnant Godin Fallot, joyeux compère, et Franc Arbitre et malgré les avertissements qu’on lui prodigue, Regnault épouse Lavollée, ce qui fait supposer qu’il sera battu et . . . cocu. La pièce est assez plaisante et émaillée de chansons.
VIII. Farce nouvelle de trois amoureux de la Croix à quatre personnages c’est à savoir: martin, gaultier, guillaume et l’amoureuse.
Une femme mariée, beatrix (?), donne rendez-vous à trois amoureux après avoir reçu de chacun d’eux dix écus; l’un à dix heures, l’autre à onze heures, le troisième à minuit, au pied d’une grande croix. Le premier doit se déguiser en prêtre, le second en mort, le troisième en diable. Ils se rencontrent et sont très effrayés, mais bientôt ils se démasquent et reconnaissent qu’ils sont dupes de la même coquette.
IX. Farce nouvelle très bonne et fort joyeuse des amoureux qui ont les botines Gaultier à quatre personnages ç’est assavoir: rousine, gaultier, le premier gallant, le deuxieme gallant.
Les deux Gallants font la cour à Rosine qui leur donne un rendez-vous et, comme gage à chacun séparément, une des bottines que son mari lui a donné à porter au cordonnier. Ainsi que dans la pièce précédente, ils s’avouent l’un à l’autre qu’ils ont été dupés.
X. Farce nouvelle à deux personnages c’est à savoir: le brigant et le curé.
Un curé est arrêté en allant à son Eglise par un brigand, qui veut le détrousser, mais qui finit par se confesser. Fade, sans intérêt, quelques mots incompréhensibles.
XI. Farce nouvelle du Clerc qui fut refusé à estre prestre pour ce qu’il ne sçavoit dire qui estoit le père des quatre Filz Haymon. A quatre personnages, c’est à savoir: le maistre, jenin clerc, l’official.
N’ayant pu répondre à l’Official qui était le père des quatre fils Aymon, Jenin le clerc revient vers son maître, qui lui reproche sa bêtise lui remontrant que la réponse était aussi simple que: qui est le père de Colart le Fèvre. Jenin retourne à l’official et déclare que le père des quatre fils Aymon c’est Colart le Fèvre. Il est définitivement repoussé.
XII. Farce (en réalité moralité) nouvelle à troys personnages c’est assavoir: cautelleux, barat9 et le villain.
Cautelleux et Barat s’allient pour tromper le vilain. Barat lui dérobe son âne tandis que Cautelleux contrefait cet âne allant au paradis et en profite pour lui dérober demi-écu; Cautelleux ensuite lui marchande deux pots et les casse en apprenant de Barat la mort de son père; puis Cautelleux met Barat dans un sac sous prétexte de le mener faire abbé; il en sort. Le vilain prend sa place et est battu par les deux coquins.
XIII. Farce nouvelle à trois personnages fort joyeuse. C’est assavoir: tarabin, tarabas, triboulle mesnage.
Tarabin, la mal mariée, se plaint de la tête de son mari, qui lui se plaint du cul de sa femme. Triboulle Mesnage les accommode puis emporte les ustensiles souillés et les ordures de la maison. L’auteur s’excuse lui-même in fine d’une farce “ung bien petit grace” (grasse).
XIV. Farce nouvelle très bonne et fort joyeuse des deux frans archiers qui vont à Naples. A deux personnaiges, c’est assavoir: le premier franc archier, le deuxieme franc archier.
Deux bravaches se menacent l’un l’autre, le second, plus couard encore que l’autre, s’enfuit.
XV. Farce nouvelle très bonne et fort joyeuse des femmes qui font accroire à leurs maris de vecies que ce sont lanternes. A cinq personnages. C’est assavoir jenin, grant gosier, la première harangière, la seconde harengière, la vieille.
Les deux harengères s’injurient, s’accusant l’une l’autre de vendre du poisson avarié et de tromper leurs maris. Ceux-ci Jenin Marion et Grantgosier les entendent. Mais comme ce sont deux ivrognes, la vieille Typhaine conseille aux deux harengères de leur faire accroire que des vessies sont des lanternes. Ils se laissent persuader et désormais accepteront tout. C’est ici la première apparition de Grantgosier (le grandgousier des grandes et inestimables chroniques) qui là non plus n’a aucun des traits qui caractérisent le père de Gargantua, si ce n’est qu’il aime à boire.10
XVI. Farce nouvelle des femmes qui se font passer Maistresses. A cinq personnaiges. C’est assavoir: le maistre, le fol, alison, la commere, le mari.
Maistre Regnault apporte aux deux femmes, la Commère et Alison, une bulle du pape qui les fait maîtresses, leur confère le bonnet rond, et leur donne droit de planter là leur mari, ce qu’elles font pour Martin, afin de faire un exemple.
XVII. Farce nouvelle des femmes qui apprennent à parler latin. A six personnages. C’est assavoir: le principal, le provincial, robinet, guillemette, alison, barbette.
Le Principal et le Provincial apprennent à trois Parisiennes, dont ils veulent faire des “Artiennes,” un latin de fantaisie. La pièce, assez fade, appartient au milieu universitaire de la Montagne Sainte Geneviève, à laquelle il est fait allusion.
XVIII. Farce nouvelle et fort joyeuse de Resjouy d’Amours qui révèle son secret à Gaultier Guillome, dont il est mis ou sac aux lettres de peur d’estre bruslay. A trois personnages, ç’est assavoir: resjouy d’amours, gaultier guillome, tendrette femme de Gaultier.
Tendrette est courtisée par Resjouy d’Amours qui, par indiscrétion et bêtise, révèle au mari le lieu du rendez-vous et la personne. Il surprend les amoureux, mais Tendrette sauve, de la fureur de son mari, qui détruit le mobilier, le sac aux lettres dans lequel elle a caché son amoureux.
XIX. Farce nouvelle très bonne et fort joyeuse du Pasté, et est à trois personnages: c’est assavoir l’homme, la femme, le curé.
L’homme est un Jehan Jehennin, mari trompé par sa femme avec le curé Maistre Guillaume. Elle le force à l’inviter à souper et mange avec le curé le pâté qu’elle a préparé, tandis que lui fait chauffer la cire
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pour estouper le cuvier à laver les mains. A la fin mari et femme se réconcilient sur le dos de leur hôte qu’ils battent. Sans doute mise à la scène d’un proverbe de celui qui fait chauffer la cire. La farce, qui semble parisienne, est assez fade et de peu de force comique.11 Aucun rapport avec le Pâté et la Tarte (Répertoire, p. 190).
XX. Farce nouvelle très bonne des drois de la Porte Bodès et de fermer l’huis. A trois personnages: le savetier, sa femme, le juge.
Le mari savetier et la femme se battent au sujet d’une porte, que ni l’un ni l’autre ne consentent à fermer. Le fera celui qui, le premier, rompra le silence: c’est la femme, qui, entreprise par le juge, s’irrite de l’indifférence de son mari. Néanmoins, comme elle refuse de s’exécuter, ils décident de porter leur différent devant le juge où elle invoque toutes les besognes du ménage. On reconnaît la double influence de la Farce du Chaudronnier (pari du silence) et de la Farce du Cuvier.12
XXI. Farce nouvelle de Celuy qui garde les patins. A trois personnages: le patinier, le savetier (jacquet) et sa femme.
Le savetier surprend sa femme avec son amant le patinier. Celui-ci envoie le mari garder les patins pendant qu’il courtise celle-ci, promettant de siffler pour lui donner occasion de prendre sa femme en flagrant délit. Toutefois il oublie de siffler. Le mari impatient les surprend néanmoins ensemble et les bat plus sérieusement que n’attendait le patinier. Version brève, 310 vers. Cf. XXXV.
XXII. Farce nouvelle du Mince de Quaire, à trois personnages, c’est assavoir: bietrix, mince de quaire, fricquette.
Mince de Quaire fait la cour à deux filles qui sont à la fontaine. Il donne à Biétrix un écu pour avoir ses faveurs. Fricquette en réclamant la moitié, elles se disputent. Mince de Quaire les entend et ayant perdu toute estime pour elles, veut le leur retirer. Fricquette arrose d’eau Mince de Quaire qui cède la place, et Bietrix, pour la remercier, lui abandonne la moitié de l’écu.13
XXIII. Farce de la femme qui fut desrobée à son mari en sa hote et mise une pierre en son lieu. A quatre personnages, c’est assavoir: le laboureur, (jehan des prés), la femme (jeannette), frere frappart, le clerc.
La femme se plaint d’être impotente et de ne pouvoir aller aux champs. Jaloux, le Laboureur (jehan des prés) l’emmène dans une hotte. Frère Frappart l’amuse de vaines paroles, tandis que le Clerc y substitue, dans la hotte, une pierre. Il fait d’elle son plaisir tandis que le Laboureur se lamente. Frère Frappart, revenu, l’exhorte à bien prier Dieu et ramène ensuite la femme au lieu de la pierre. Le Laboureur est satisfait. La pièce contient bon nombre de rondeaux, comme les grands mystères.
XXIV. Farce nouvelle très bonne et fort joyeuse du Dorellot aux Femmes qui en a la Chemise Bertrand. A quatre personnaiges ç’est assavoir: bertrand, sadinette, le dorelot, faicte au mestier.
Incitée par l’entremetteuse, Sadinette trompe l’amant, le Dorelot, lui arrache des promesses de robe et, pour le faire échapper à la colère du mari, le revêt d’une vieille chemise de celui-ci: “la chemise Bertrand.14
XXV. Farce nouvelle de Legier d’Argent à quatre personnages, c’est assavoir: jacquet, legier d’argent, la vieille, et le paige.
Legier d’Argent, vantard et besogneux, que raille son page Jacquet, prête sa femme à qui la veut pour en tirer quelque pécune.
XXVI. Farce nouvelle du Faulconnier de ville qui emmaine la beste privée, tandis que le faulconnier champestre et le Gentilhomme sont bendez pour la cuider prendre à tastons. A quatre personnages, c’est assavoir: faulconnier de ville, faulconnier champestre, et le gentilhomme (plus la fille, personnage muet).
Les deux faulconniers vantent leur métier, mais celui de la ville c’est la fille qu’il chasse. Survient un gentilhomme pour prendre part à leur débat et une fille (personnage muet) que le faulconnier de ville ne tarde pas à capturer. Les deux autres réclament leur part, mais se laissent bander les yeux pour qu’on la joue à Colin-Maillart. Faulconnier de ville s’enfuit, emmenant la fille et laissant les autres s’efforcer de l’atteindre à tâtons.
XXVII. Farce des Enfans de Bagneux à deux personnages, c’est assavoir: guillot tabouret, tybault chenevote.
Deux paysans de Bagneux aux environs de Paris discutent de leurs amours, préférant leurs bergères aux citadines et concluent: “Il n’est amours que de village.” C’est la tradition pastorale d’Adam le Bossu dans le Jeu de Robin et Marion vers 1283.15
XXVIII. Farce nouvelle très bonne et fort joyeuse d’une femme à qui son voisin baille ung clistoire. A trois personnages, c’est assavoir: trubert chagrinas, frigalette sa femme, doublet son voisin.
Doublet, médecin, vante sa marchandise. Trubert Chagrinas tance sa femme à qui il commande toute besogne, mais à qui il donne peu de plaisir. Elle s’en plaint à son voisin, qui lui suggère la manière de se plaindre et de se porter malade. Elle suit le conseil, fait appeler Doublet par son mari, qui la lui laisse emmener. Inquiet il surprend le rendez-vous qu’ils se donnent, bat sa femme et la ramène chez lui.
XXIX. Farce nouvelle des femmes qui font baster leurs maris aux corneilles. A cinq personnages, c’est assavoir: guillemette, phelipote, pierre tinette, dando, l’amoureux.
Guillemette envoie son mari Pierre Tinette cueillir avec les dents dans le jardin du curé de Charonne une herbe et sa racine qui guériront son mal de dents, tandis que Phelipote, en lui disant d’observer le vol des corneilles pour la pluie, écarte son mari aussi pour faire place à son amant. Tous deux reviennent en leur hôtel, entendent leurs épouses se vanter de leur stratagème et les battent. Le personnage de Dando [mareschal] est un “emploi” qui nous est connu par le Recueil Trepperel IX, page 185: Le magister sentencieux qu’on berne.
XXX. Farce nouvelle du Ramonneur de Cheminées fort joyeuse, nouvellement imprimée. A quatre personnages: le ramoneur, le varlet, la femme, et la voysine.
Consiste surtout en un dialogue plein d’équivoques grossières entre le ramoneur et son valet, qui le force à assurer même à la femme et à la voisine amoureuse de Jean du Houn qu’il n’a plus la force de “ramoner.” Cf. Le ramoneur de cheminées, dans Répertoire, p. 225. Ancien théâtre français, t. II, pp. 189-206.
XXXI. Farce nouvelle de l’ordre de Mariage et de Prebstrise très honneste et joyeuse pour joer à toutes nopces, et est à quatre personnages. C’est assavoir: l’homme marié, l’ecclésiastique, le gallant qui se marie, la fille estant pres la tour de mariage.
Le Marié et l’Ecclésiastique exposent chacun les avantages de leur état et cherchent à y gagner le Gallant. Mais celui-ci accepte de la Fille, qui survient, le chapeau de fleurs. Ils iront ensemble à la Tour de Mariage, ayant entre eux la Paix. Il y a là une de ces farces de noces telle que Malostru en offre à Teste Creuse dans la sottie VIII des Coppieurs et Lardeurs. (Page 164 du Recueil Trepperel.)
XXXII. Farce nouvelle à quatre personnages du Mariage Robin Mouton: la mere, robin mouton, sebille, peu subtille.
La mère marie son fils Robin Mouton avec la fille de Sebille, Peu Subtille. (Lacune importante, folios 191 et 192, doubles des folios 237 et 238 où ils sont à leur place.) Une allusion à la fin à Sainte Gervaise. Il est question chez Rabelais de Robin Mouton dans la fameuse scène des Moutons de Panurge.
XXXIII. Farce nouvelle à quatre personnages, c’est assavoir: le savetier, le moyne, la femme, le portier.16
Le savetier vante au moine les charmes de sa femme, mais celle-ci survient qui bat et tance son mari. Le moine s’offre à la mener à résipiscence par confession, mais c’est pour faire d’elle à son plaisir. Le mari prend les vêtements de sa femme et bat le moine ainsi que le portier complice.
XXXIV. Farce nouvelle à trois personnaiges des Esveilleurs du chat qui dort, dont ils s’en prennent par le nez et sont farcez.
Les deux éveilleurs s’en prennent à un chat qui dort et les égratigne aux mains et au nez et le Fol les raille. (Sottie?)
XXXV. Farce nouvelle du patinier à troys personnages. C’est assavoir le patinier, le savetier, la savetière.
Le Patinier aime la Savetière que son mari soupçonne d’être infidèle. Le Patinier lui propose d’éprouver la vertu de sa femme en lui faisant la cour, tandis que le mari gardera les patins. Le patinier sifflera au bon moment, mais il oublie cette convention et tous deux sont surpris par le mari qui les roue de coups tous les deux. Version longue (531 vers) de XXI (310 vers).
XXXVI. Farce nouvelle à quatre personnages des femmes qui font renbourer leur bas. C’est assavoir la première femme, la seconde femme, espoir, de mieulx.
Farce qui n’est qu’un tissu d’équivoques grossières sur l’expression mentionnée dans le titre. Le plus singulier y est la dissociation en deux d’un personnage allégorique de Moralité, si l’on peut dire: Espoir de Mieulx.
XXXVII. Farce nouvelle à quatre personnaiges du Savetier qui ne respont que chansons. C’est assavoir: le savetier, sa femme, son varlet, la voisine.
Sandrin avec son valet Naudet répond par des chansons à toutes les requêtes de sa femme Claudine, secondée par la voisine Ysabeau, tendant à l’acquisition d’une nouvelle robe.
XXXVIII. Farce nouvelle des femmes qui vendent amourettes en gros et en détail, mais l’esgard du marché les met à pris. A quatre personnages, c’est assavoir: finette, fierette, adam, mal pascience.
Finette et Fierette vont au marché vendre leurs amourettes. L’Esgard du Marché en fixe le prix. Villoire, Sotereau de village, qui y est venu vendre ses oisons, veut leur en acheter et ne reçoit que des coups. Dans l’intervalle de ces deux scènes a éclaté une dispute entre Adam et Mal Pascience qu’essaie d’apaiser leur voisin Enguerrant.
XXXIX. Farce nouvelle de Mahuet qui donne ses oeufs au pris du marché et est à quatre personnaiges, c’est assavoir: mahuet, la mère, gaultier, la femme.
Mahuet, qui est un type de badin et de niais, a reçu l’ordre de sa mère d’aller vendre ses oeufs à Paris au prix du marché qu’il prend pour un personnage. Il les refuse donc à une femme, mais les accorde à Gualtier, qui se donne pour tel, puis celle-là le barbouille de noir sous prétexte de le laver. Toutefois le sot se venge en lui brisant sur la tête un pot où sa main est restée prise. Au retour sa mère se refuse à reconnaître en ce barbouillé son fils Mahuet.
XL. Farce nouvelle à quatre personnages des trois nouveaux martirs. C’est assavoir: martir marié, martir en procès, martir en mesnaige et la fin.
Les trois personnages se plaignent entre eux d’abord, puis devant la Fin, du martyre qu’ils ont connu l’un en mariage, le deuxième en procès, le troisième en ménage, et celle-ci, convaincue, les couronne martyrs avec palme et auréole. (Moralité.)
XLI. Farce nouvelle à troys personnages c’est assavoir: martin de cambray, guillemette sa femme et le curé.
Martin le savetier se dispute avec sa femme Guillemette et, jaloux, l’enferme avant d’aller au marché, vendre des vieux souliers et houseaux. Le curé qui est amoureux d’elle essaie en vain de pénétrer dans la place, mais elle lui conseille de se déguiser en diable et de l’emporter au moment où son mari, lassé par trop de plaintes, dira: “le Diable l’emporte!” Ainsi dit, ainsi fait. Le mari rentre, nouvelle dispute, Martin prononce le mot fatidique, faisant apparaître le faux diable, qui emporte la femme sur son épaule. Il reparaît ensuite en curé pour entendre le récit du mari affolé auquel il essaie en vain de persuader qu’il s’agit d’un mauvais plaisant. Mais le voici de nouveau qui, déguisé en diable, rapporte la femme qui raconte à Martin apeuré qu’elle a vu en enfer toute une fournée de jaloux. Il reçoit d’elle une ceinture qui le fait Martin de Cambrai (?) et lui remet les clés de la maison dont elle usera librement. C’est une des pièces les plus plaisantes du recueil.
XLII. Farce nouvelle des maraux enchesnez à trois personnages, c’est assavoir: justice, soudouvrer, coquillon.
Deux marauds, prisonniers et enchaînés par Justice, Soudouvrer et Coquillon, font mille projets de vie libre et belle et évoquent leurs exploits passés, démesurément grossis.
XLIII. Farce nouvelle de Digeste vieille et Digeste neufve ou deux escoliers estudient lesquels ne peuvent trouver moyen d’avoir argent si n’est par coustume et loix. A cinq personnages, c’est assavoir: le premier, le second, digeste vielle, digeste neufve, coustume.
Il y en a même deux le plus, le tiers et le quart, qui apparaissent à la fin. Digeste vieille et Digeste neufve discutent de leurs mérites réciproques qu’elles content au premier et au second étudiant en droit. L’un et l’autre se donnent à Coustume, qui a pour eux plus de charme, et se conduiront désormais “Par droit, par coustumes des lois.” Evidemment pièce destinée à des étudiants en droit ou à des Clercs de la Basoche.
XLIV. Farce nouvelle — à trois personnages, c’est assavoir: richard, gaultier, tierry: Le Pourpoint retrechy.
Richard et Gaultier compagnons de débauche de Tierry en rétrécissant son pourpoint lui font croire qu’il est enflé d’hydropisie et mourant. Gaultier, déguisé en prêtre, le confesse et apprend ainsi qu’il l’a fait cocu en courtisant Alison et qu’il a battu un soir Richard. Tous deux s’en vengent et l’emportent pour le jeter à l’eau sous prétexte de le guérir en lui faisant changer d’air.
XLV. Farce nouvelle à trois personnages, c’est assavoir: L’aveugle, sa chamberiere et son varlet — nommée la Farce du Goguelu.
La chambrière propose à l’aveugle de jouer au jeu de broche en cul: occasion de le her et de le faire battre par Goguelu, le valet, qui change de voix pour faire le sergent. Ils s’en vont en chantant à trois une chanson en s’accompagnant de la vielle. Ce jeu est aussi proposé par Sauldret à son maître, dans un Mystère de la Résurrection.17
XLVI. Farce nouvelle excellentement bonne de quatre femmes, c’est assavoir: la bragarde, la gorière, la bigotte, et la théologienne.
La Théologienne, venue de Rome avec une bulle, recueille les confessions successivement de la Bragarde, la Gorrière, la Bigotte, puis les congédie sans leur donner provisoirement l’absolution.
XLVII. Farce nouvelle à cinq personnages, c’est assavoir: faulte d’argent, bon temps, et les troys gallans.
Les trois gallants “sans souci” se plaignent de l’absence de Bon Temps que Faulte d’Argent bride et tient étroitement prisonnier. Elle le reprend après qu’il s’est échappé pour se plaindre à eux des misères du temps présent.18
XLVIII. Farce nouvelle à deux personnages, c’est assavoir: rifflart et finette, la mauvaistié des femmes.
Rifflart achève une cage où il veut mettre une pie, mais elle préfère un coucou. Ils se disputent et se battent jusqu’à ce que l’obstination féminine triomphe. C’est un coucou qu’ils rapporteront bientôt du marché.
XLIX. Farce nouvelle — du Capitaine Mal en Point, à cinq personnages, c’est assavoir: briffault, paillart, mal en point capitaine, près tondu, maulpensé, capitaine des Mauhaictiés.
Mal en Point, capitaine, prétend avoir sous ses ordres Briffault et Paillart comme anciens archers. Maulpensé, capitaine, les fait inviter par son garçon Près Tondu à un festin qui reste imaginaire, ce dont ils sont fort morfondus.
L. Farce nouvelle — de la Résurrection Jenin à Paulme, à cinq personnaiges, c’est assavoir: jenyn a paulme, la soeur a jenyn, joachim, thoynon et caillette.
La soeur de Jenyn à Paulme se lamente en présence de Joachim de l’avoir perdu, mais voici qu’il apparaît
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revenu des enfers. En son honneur et avec Thoynon et Caillette, survenues sur ces entrefaites, sera fondée sous le vocable de Saint Baboyn, l’abbaye des ressuscités. L’argot picard rend cette pièce souvent difficile à comprendre.19
LI. Farce nouvelle des Chambrières à quatre personnages, c’est assavoir: guillemette, marguerite, debat et le cordelier.
Deux chambrières à la fontaine médisent de leurs maîtres. Débat s’amuse à les exciter l’une contre l’autre. Tandis qu’elles se disputent, survient le Cordelier qui les réconcilie.20
LII. Farce nouvelle de la trippière à trois personnages c’est assavoir: rolhiart, male fin, la trippière.
Rolhiart demande à la tripière de lui faire l’aumône; elle refuse. Male Fin se présente à son tour sous un déguisement sur les conseils de Rolhiart, qui feint de se prendre de querelle avec lui et de lui asséner sur la tête le pot à tripes avec lequel il s’enfuit, tandis que la tripière est aveuglée par le brouet qu’il lui jette à la tête. Ils se gobergent ensuite ensemble, tandis que la tripière se plaint à Rolhiart de nouveau déguisé, puis toute seule.
LIII. Farce nouvelle des Coquins à cinq personnages, c’est assavoir: maulevault, pain perdu, pou d’acquest, le tavernier et le clerc.
Les trois coquins ou truands parlent de choses et de pays fantastiques, se reprochant à chacun leur saleté, puis, buvant et mangeant au Château, content leurs exploits imaginaires, après quoi successivement ils se sauvent pour ne pas payer l’écot. Farce d’écoliers de l’Université de Paris, contemporains et émules, au talent près, de François Villon. Cf. Droz, p. 96. Dans la Sottie VIII des Coppieurs et Lardeurs (avant 1488) Malostru offre à Testecreuse: “J’ay la Farce des troys coquins.” C’est sans doute celle des “Sots guerdonnez,” VI du Recueil Trepperel (antérieur à 1488).
J’ai dit au début de cette introduction que, selon l’opinion d’E.Droz, la plupart des pièces de notre recueil avaient été imprimées vers 1540, mais en même temps que ceci ne préjugeait en rien de leur date. Celle-ci doit être, autant que possible, établie, pour chacune, par des éléments intrinsèques, surtout allusions à des événements et à des personnages assez rapprochés de celle de la représentation pour pouvoir être comprises du public et lui être par conséquent plaisantes. Déjà la seule analyse des pièces XXXI et LIII nous a conduits vers les années 80 du XVe siècle. Dans cette dernière, LIII (p. 442), Maulevault, parlant des gueux qu’il a connus, articule:
Dictes moy n’ouïstes vous oncque
Parler des beaux faits de la Hire. . . .
Qui fust si vaillant homme de guerre?
La Hire, né en 1390, mourut en 1443, mais a pu rester célèbre, comme le Chevalier Bayart, longtemps après. 1443 est donc ici plutôt un terminus a quo, un point de départ (car il est donné comme mort) qu’un terminus ad quem qu’on ne pourrait dépasser. Si l’on admet pour Pathelin la date de 1464 que Holbrook et Cons21 ont rendue vraisemblable et qui en tout cas se situe avant 1470, date du document officiel reproduit par Petit de Julleville, (Répertoire, p. 197), XLIV est postérieur, à cause de l’allusion de Gautier aux divers langages, quand, faux prêtre, il recueille la confession de Thierry (p. 250):
Si tu veulx et si parleré
Breton ou picard.
Cette conclusion est confirmée par la mention d’un épouvantail de chenevière (p. 351) qui ne peut
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se référer qu’au Franc Archer de Bagnolet, monologue également postérieur d’un peu à 1470 (cf. Répertoire, p. 269):
Sembles dea, tu me sembles estre
Ung espouvantail de chenevière. . . .
Les beaux pathelins (trompeurs)
Pour venir aux fins . . .
Se maistre Henry ne fust mort,
Nous fussions picça despechiés.
Dieu luy pardoint ce pechez.
Helas! c’estoit nostre bon père.
Nous étions la meilleure paire
De pigeons de son colombier.
Point de doute qu’il ne s’agisse de Henry Cousin, bourreau de Paris entre 1457 et 147922 dont les deux personnages sont le gibier d’élection. XLII est donc postérieur à 1479.
Un terminus ad quem nous est donné au moins pour XXXVII (p. 293), par une allusion à l’expédition de Charles VIII en Italie (septembre, 1494-octobre 1495) et peut-être à la réunion de la Bretagne et de la France par le mariage d’Anne avec celui-là (1491).
Il nous faut aller à la guerre
Par le sang bieu de là les mons.
Si le roy nous y a semons
C’est grant folye de tant attendre.
Prenés le temps, Breton de Nantes,
Prenez le temps comme il viendra!
Il n’en est pas trois aussi seurs
Que nous d’icy jusqu’à Pavie.
Bien entendu, il ne s’agit pas ici de la défaite de François Ier à Pavie (1525).
L’évocation du Mal de Naples et le jeu de mots sur Surie (la suerie de la vérole) peut se rapporter aussi à la conquête du Royaume de Naples par Charles VIII (XLVI, p. 376):
Fustes-vous oncques à Naples?
Sy ay! Sy ai! G’y ay esté!
Et en Surie?
Voyre, par Saincte Marie,
Au plus parfond du païs
Et fus logée à la roupie,
Le premier coup que g’y allis.
Mais voici qui est plus précis, comme allusion à la fois à l’expédition de Charles VIII à Naples (1494-5) et à la bataille de Montlhery, que le Comte de Charolais (plus tard Charles le Téméraire) y livra, à la tête de la Ligue du Bien Public, le 16 Juillet 1465, à Louis XI, qu’il ne put empêcher d’entrer dans Paris, XIV. Les deux Francs Archiers, qui vont à Naples, devisent:
(p. 103)
Pensez qu’il en fist plusieurs rendre
La journée Mont le Héry.
Les Francs Archers, supprimés par Louis XI en 1480, furent rétablis par François Ier en 1520; mais dans l’intervalle, s’ils ont quitté le théâtre de la guerre, ils n’ont pas quitté la scène. Il ne faut donc retenir ici que le terminus a quo de 1465, rejoignant celui que fournissent les allusions patelinesques. Toutefois cette pièce XIV est farcie d’allusions au plaisant Franc Archer de Bagnolet23 qui est de la décade de 80.
(p. 103)
Ha! je ne crains pas une maille
Homme, s’il n’a plus de dix ans.
(Celui de Bagnolet ne craint page “s’il n’a point plus de quatorze ans.”)
Je ne crains rien, fors les gendarmes!
(imité de son “Je ne craignois que les dangiers,” repris par Panurge).
“Mais que de fouir j’aye espace” emprunté à l’épitaphe du même, imitée encore. Si l’on ajoute le “Vela mon gantelet pour gaige” de la page 104, on verra que l’imitation confine au plagiat. Dans la même pièce des Francs Archiers à Naples, le dialogue: (p. 105)
Vive saint Yves
Vive le quoy?
Dites et puis je le diray.
s’inspire de la Sotie des Trois Galants et Flipot (Recueil général des Sotties, Paris, 1922, éd. Em. Picot, t. III p. 169-204). Au contraire XLV connaît le Mystère de la Résurrection attribué erronément à Jean Michel et il a eu en main ou a entendu la version du Manuscrit de la Bibliothèque Nationale, que j’ai utilisée moi-même dans mon étude sur La Scène de l’Aveugle et de son Valet (Romania, 1912). Goguelu parle du Jeu de broche en cul qui est celui par lequel Saudret, le garçon d’aveugle, dupe son maître, et la même farce connaît aussi l’effet du changement de voix, dont j’ai pu établir la tradition depuis le Babio du XIIème jusqu’aux Fourberies de Scapin de Molière, en passant par le dit Mystère de la Résurrection.
(p. 365)
Et estes vous icy, gallans,
Avecques la mille duquoys (sic)24
Les références à d’autres pièces de théâtre comme les allusions historiques nous ramènent donc elles aussi à la décade 1480-1490. Certaines allusions mythologiques dans XVII peuvent être inspirées de la Passion de Jean Michel jouée à Angers en 1486, de même celles de la Farce III (p. 21): Jason, Médée, Phébus, Phaéton, Phèdre, Saphire (Sapho?) et dans la Sottie I (p. 4) l’évocation de trois philosophes, d’ailleurs connus dans l’Ecole:
Quel Socrates! Quel Pithagoras! Quel Platon!
Tous ces éléments “antiques” se rapportent fort bien à la Prérenaissance de 1475 à 1490, où écrit Robert Gaguin et où l’on commence à enseigner le grec à Paris.25
Enfin des mentions de types d’acteurs ou de personnages connus par le Recueil Trepperel tel Dando Maréchal et sur lesquels nous aurons à revenir nous mènent à la même période.
XXVIII p. 224:
Et certes je suis bien Dando
Dando, mais plus que Dandinastre.
Or ce Dando est avec Maître Aliboron, qui appartient aussi à notre recueil, le héros de la Sottie des Sots qui corrigent le Magnificat (Recueil Trepperel, p. 165) antérieure à 1488. La sottie fait allusion au personnage bien connu de Roger Bontemps, p. 3:
Roger le sait, Bon Temps le voit.
Mais la plus surprenante des apparitions de type est celle de celui qui sera si célèbre au XVIIème siècle parmi les grands Farceurs: Gautier Garguille.
(V. p. 40)
Marier et à quelle fille?
A la fille Gaultier Garguille27
La mention des Gallants sans Soucy et des Gaudisseurs dans IX (p. 77) est trop vague pour qu’on en puisse tirer des conclusions chronologiques.
En l’absence d’un répertoire complet des chansons du XVème siècle et d’indications sur la date de leur première apparition, il est impossible d’utiliser celles auxquelles il est fait allusion dans nos pièces et qui sont nombreuses.
J’ai essayé de la datation par les costumes, mais ces recherches, par exemple, sur les vêtements courts ou les pantoufles des gorriers (élégants) ou les queues longues et troussées des robes de femme n’ont pas donné des résultats assez précis pour valoir d’être consignés ici. De même pour les monnaies, désignation et valeur.28
En conclusion, il semble bien que pour toutes les pièces de notre recueil sur lesquelles on peut étayer des inductions précises, c’est la décade de 1480 à 1492 qui s’impose. Ceci est d’autant plus intéressant que les conclusions d’E.Droz pour le Recueil Trepperel sont sensiblement les mêmes.
Il y aurait donc eu à Paris, dans cette période de paix relative entre la fin des guerres civiles et le commencement de l’expédition d’Italie, une remarquable efflorescence de notre théâtre comique.
Le principe de la localisation, en matière théâtrale, est celui-ci: le public se plaît à entendre l’acteur se référer aux lieux qui sont les plus familiers à l’un comme à l’autre, ce qui diminue la
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part de la convention théâtrale et les rapproche de la réalité quotidienne. Ceci ne peut être le fait naturellement que du théâtre comique, le théâtre tragique nous éloignant au contraire de celle-ci encore que les Mystères nous y plongent à l’occasion, mais surtout — il est vrai — dans leurs scènes plaisantes. L’allusion n’est pas seulement aux lieux, elle est à la corporation, dont les acteurs font partie et qui est familière au public: Collège, Université, Basoche29 c’est-à-dire l’ordre universitaire et judiciaire.
Irons-nous sur Navarriens? demande-t-on en IV, p. 3130 et ce terme doit désigner le Collège de Navarre dans la bouche des étudiants. Ces derniers sont aussi familiers avec la “librairie du Couvent des Grands Augustins” près de la Seine (IX, p. 72).31 Mais l’exemple le plus caractéristique tant pour la localisation que pour la spécialisation universitaire est dans LIII:
. . . . . . . . . . . . . . . . . . se l’aventure(p. 433)
M’avenoit et mon ancestrure
Seroit du tout renouvellée
Et seroit Grève relevée,
Saint Innoscent et Petit Pont.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
D’où je vien? Je vien d’Avignon.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Or devisons mes mignons
Qu’on dit de beau parmy Paris
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
On le* vent à chariotées(p. 434)
En Grève et aussi aux Halles . .
Et je vy passer ung bateau
Auprès de l’ille Nostre Dame.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Car la maindre est com je suppose(p. 436)
Beaucoup plus grosse qu’ung groseil
Ne la pierre de Mauconseil32
Ou du Palays lyez ensemble.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ou en chascune a ung clocher,
Grant comme les tours (de) Nostre Dame.
Où trouverons-nous? Au Chasteau?(p. 438)
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Y a il ame?
Je cuyde que lui (le clerc) et la dame
Comptent ensemble du Chasteau
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tu ne dis pas se les sergens
Passent par cy qu’ilz nous trouvassent
J’auroye grant peur qu’ilz nous menassent
En Chastellet sans arrester.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Or ne te chault se je te treuve(p. 439)
De cest an ne de l’autre en Greve33
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Cuide-tu estre bourgoys de la Cité(p. 443)
Ou escollier de l’Université?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Je vous feray par les sergens(p. 446)
Au Chastellet mener tout droit
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nous sommes d’une nation
Tous trois et si me font cecy!
Ce pourrait être une exception, mais la pièce précédente, la LIIe nous ramène aussi au centre de Paris.
Je te jure par sainct Martin(p. 424)
Que aujourd’hui à ce matin
Allé m’en suis à la Grant Sale
Du grant Palais et puis aux Halles,
Vu que trouver ne te povoye
Et en passant parmi la voye,
Arté me suis emmy la place
Icy tout droit dessus ma masse
Querant pour povre loqueteux
Et que tu es la plus infame
Qui soit à Paris chambrière.
Si L (p. 406, 409) parle deux fois d’Arras et du Bourg l’Abbé il nous ramène aussitôt à Paris en évoquant le cabaret célèbre de la Pomme de Pin au cloître Saint Benoit34 fréquenté déjà par Villon et que Rabelais connaîtra aussi: (p. 409)
Regardez icy quel loppin
On m’a donné à la Ruppée.
La toponymie parisienne connaît encore un quai de la Rapée, mais il s’agit d’un commissaire de troupes et Ruppée m’est inconnu. Champ Gaillard de L (p. 411) où doit être fondée l’Abbaye des Ressuscités de St Babouyn reste à identifier. C’est certainement un lieu-dit parisien qu’évoque cette résurrection Joachim puisqu’il est question des enfants de Beauvais, c’est-à-dire du Collège, et de la prison du Châtelet.35 La précédente, XLIX (p. 402 et 404), parle de la table de marbre du Palais Royal de la Cité, familière au lecteur de Notre-Dame de Paris, sur laquelle les clercs de la Basoche érigeaient les tréteaux de leurs farces. Dans le même texte “pont à baillon” est une mauvaise graphie de “pont à billon,” nom familier du Pont au Change, qui existe encore et conduit du Palais au Châtelet.
De quoy est la table de Marbre?(p. 402)
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Où nous sommes,
Nous sommes tristes et pensifs,
A la Table de Marbre assis,
Couvers chascun d’ung vieil haillon
Et gardons le Pont à Baillon
Tous prestz pour couldre et pas tailler.
Ailleurs, le même texte parle de Paris, de la Halle, près de laquelle naîtra Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, et des Quinze Vingtz, l’hôpital fondé par Saint Louis et qui existe encore dans la Cité. XLII est de nouveau aussi précis que possible:
Et moy j’estoie encore à jeun(p. 330)
Au matin, ainsi qu’on se liève,
Entre le Port-au-Fain36 et Grève,
Entre ses chantiers de busches,
Trois sergens estoient en embusches
Qui m’empoignèrent au collet
Et me menèrent au Chastellet
Velà comme je fus prins.
XLVIII mentionne Notre-Dame de Boulogne, pélerinage célèbre sous Paris, et dans XLVII Bontemps dit: (p. 382)
Et c’est pourquoy je me chemine
Parmy Paris puis aulcun temps.
En XLVI, La Bragarde affirme qu’on l’appelle ainsi dans Paris et qu’elle a été à Bagnolet (sous Paris)
J’ay été à Baignollet(p. 370)
Ouyr le rossignollet
tandis que la Théologienne évoque à fois Montmartre, Saint-Maur sur la Marne, Saint-Germain-des-Prés, Saint-Merry qui figurent dans la liste des pélerinages parisiens dressée par le regretté Paul Perdrizet dans son Calendrier parisien, p. 205:
Avez vous point souvent amors
D’aller jouer à Montmartre
Au pellerinage de Saint-Mors
Pour visiter les saincts corps
Des moynes pour vous esbatre?
J’ay esté des foys plus de quatre
Là à Saint-Germain-des-Prés
P. 374, elle parle encore de Saint-Merry que nous connaissons tous, et de l’Hotel Dieu (p. 376). Par contre, j’ignore ce que sont les Brières de la p. 377.
En XLV, (p. 361), allusion à Paris mais vague, tandis qu’elle est bien plus précise dans la précédente XLIV, p. 342.
Et y en a jà sur les haulx lieux37
Comme sur les tours Nostre-Dame.
Et par le peril de mon ame
C’est si bien dit qu’il n’y fault rien,
Au tertre de Mont-Valérien
Sont ja montés sur l’Ermitaige.
L’Ermitage du Mont Valérien était un lieu de grande dévotion parisienne.38 Par une de ces continuités magnifiques qui sont le secret de notre histoire, il est aujourd’hui consacré à nos Martyrs de la Résistance, torturés et fusillés à Paris par les Allemands de 1940 à 1944. La suite n’est pas moins décisive où il est question de la Seine, des Quinze-Vingts, du Président du Parlement, de l’Eglise Saint-Mathurin — celle où la bande de Villon avait essayé de voler — de Notre-Dame de Boulogne et de Saint-Mor déjà mentionnés.
XLIII mentionne la coutume de Paris (p. 338) et Coquillon en XLII (p. 328) dit qu’il ira à pied en trois jours à Tours, tandis qu’un autre personnage invoque la même Notre Dame de Boulogne. Que XXXIX soit une pièce parisienne ne saurait être mis en question, car la mère y envoie Mahuet au marché à Paris vendre ses oeufs (p. 303, 304). Il jure par Notre Dame de Boulogne comme fait Malle Pacience au XXXVIII. Villoire, sautereau de village, y admire l’encombrement de Paris en chevaux, gens et maisons (p. 300). J’ignore si la rue Faucheron de XXXVII (p. 292) est réelle ou imaginaire. Dans XXXIII le Moine fait allusion au célèbre Petit Pont, qui existe encore et conduit au Parvis Notre-Dame.
Guillemette en XXIX envoie son mari (p. 230) chez le curé de Charonne. Qui ne connaît la rue de Charonne?39 Dans la même pièce, on jure par Notre-Dame de Boulogne et Saint-Mor. XXVII parle de Bagneux, de Bagnolet, de Clamart, de Gentilly, de Meudon, tous ces villages de la banlieue Sud, où, le dimanche, allaient souvent les Parisiens.
La Farce des Faulconniers (XXVI) se réfère sans cesse à Paris, tandis que XXV (p. 198) évoque Saint-Innocent, c’est-à-dire le Cimetière sur les murs duquel est peinte la Danse Macabré (des Macchabées) devenue dans la langue populaire la Danse Macabre.40 En XXII (p. 173) Biétrix dit à Fricquette:
Veulx tu point venir au Palais
Et puis sur le Pont Notre Dame,
Si elle invoque Saint-Germain d’Arras (p. 174), Biétrix parle de Guillaume du Port de Nuilly (Neuilly-sur-Seine, sous Paris). Moins de doute encore pour XX où la femme invoque devant le juge l’ordonnance du prévôt de la porte Bodés, prescrivant que le mari obéisse à sa femme, ordonnance imaginaire naturellement, car il s’agit du “Heaume de la Porte Baudet” (Baudoyer)
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auberge célèbre dont il est question dans les comptes de la Sainte-Chapelle.41 Seul, un public parisien peut saisir.
En XIX, l’homme faisant reproche à sa femme dit (p. 147):
Vous estiez devant Saint Maurice
A genoulx ou à Nostre-Dame
tandis que, dans XVII, p. 123, le principal proclame:42
Robin, vien ça mon amy
Va-t-en vistement attacher
Au Palais et là environ
Et aux Eglises ce papier
Et n’oublie pas à décliner
En plus de cent lieux en Paris
Que le Provincial dès hier
Est descendu en son logis
Et aux Parisiennes dis ....
Que j’ay voué et entreprins
Leur apprendre un nouveau langaige.
..............................
Je vais donc aux Carmes premier
Attacher le petit brevet.
A coup, de là, sans tarder
A la Montaigne43
........................
Soulz l’ombre de pelerinage(p. 125)
Jusques à Nostre Dame des Champs
Nous yrons.
Avant Alison avait évoqué les plus célèbres collèges de l’Université de Paris, XVI (p. 115) et la Faculté des Arts:
Car j’avons esté longuement
Estudier aux Jacobins44
Aux Carmes et aux Augustins
Es Mathurins et es Cordeliers
Et dessoubz plusieurs seculiers.
De plus (p. 113) la Commère parle de celui du Cardinal Le Moyne, rue Saint-Victor, et fondé par lui en 1302, dont une rue de notre Montagne sainte du Savoir porte encore le nom. XLVI (p. 378) évoque les “grans grammairiens de Narbonne,” c’est-à-dire, du collège de Narbonne, fondé en 1316 par Bernard de Farges. Dans L, (p. 411) Joachin dit: “Vive les enfants de Beauvais.” Il s’agit des élèves du collège de ce nom, fondé en 1370 par Jean de Dormans, évêque de Beauvais, entre les rues des Carmes et Jean-de-Beauvais, et le Bourg l’Abbé (p. 409) est un bourg franc dépendant de St-Magloire (IIIe arr.)45 La même pièce connaît (p. 411) Champ Gaillart, rue mal fréquentée du Ve arrondissement, allant de la rue du Cardinal Le Moine à la rue Descartes.46
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J’ignore si “aux Pourcelets” mentionnés dans XV (p. 108) est une taverne parisienne, je le suppose parce que plus loin il est affirmé (p. 112):
Par Dieu, il n’y a en Paris
Plus prudes femmes que nous sommes
et à la fin de la pièce:
Et sur ce point nous concluons
Que plusieurs femmes de Paris
Font acroire telles façons
Le plus souvent à leurs maris.
Au reste, p. 109, il est fait mention des Cordeliers, nommés plus haut et des “coquins de Saint Innocent” (p. 108).
L’official en XI dit au clerc jenin: (p. 84)
Dont es tu? de Saint Gervoys?
célèbre paroisse parisienne aujourd’hui encore.
Si la farce VI a une insignifiante référence à Orléans, IV invoque Nostre-Dame de Montfort (je suppose de Montfort-l’Amaury au delà de Versailles) tandis que III (p. 23) nous ramène au Petit Pont, II p. 13 à Charolles (?) et I, p. 6, au clocher de Saint-Germain.
Ainsi sur 53 pièces, 28 — c’est-à-dire plus de la moitié — nous conduisent à Paris par les allusions les plus précises, à notre glorieuse Montagne-Sainte-Geneviève et à ses collèges universitaires, au Palais, à la Cité, à la Seine qui l’enserre, aux Ponts qui permettent de la franchir.
Comme par ailleurs rien dans le langage ou les allusions que j’ai soigneusement relevées ne s’oppose à ce que les autres pièces, dépourvues de références à l’inclyte Lutèce, n’y aient été représentées, il est légitime d’attribuer l’ensemble de ce recueil à Paris et à la région parisienne, c’est-à-dire à la patrie de Molière et ceci ne saurait être indifférent à l’histoire de la littérature.
En localisant les pièces, nous avons été frappés du nombre d’allusions à l’Université de Paris et aux Collèges de la Montagne-Sainte-Geneviève. Ceci apporte un témoignage intéressant sur le rôle des étudiants dans le développement du théâtre comique.
Je l’avais mis en évidence pour le XIIème siècle et la région d’Orléans en publiant avec mes élèves le Corpus de la Comédie Latine en France au XIIème Siècle (Paris, les Belles-Lettres, 1931) 2 vol. in-12, donnés sous les auspices de l’Association Guillaume Budé; je l’avais souligné pour le XVIème Siècle et la naissance de la tragédie classique dans mon Ronsard, sa vie, son oeuvre (Paris, Boivin, nouvelles éditions, 1932 et 1946), mais je n’avais point eu encore l’occasion de le démontrer pour le XVème siècle. Sans doute la pièce LIII dont je viens de faire une longue citation contient des allusions au Palais et par conséquent à sa Basoche, ainsi qu’à la prison du Châtelet, mais les mots de
Nous sommes d’une nation
Tous trois
ne peuvent se rapporter qu’à l’une des quatre Nations composant l’Université de Paris. L fait allusion aux enfants de Beauvais, donc au Collège de ce nom. En XVI Alison déclare avoir étudié aux Jacobins, aux Carmes, aux Augustins, aux Mathurins et aux Cordeliers et évoque le Collège du Cardinal Lemoine. Cependant c’est là une exception et une minorité.
De même les pièces se référant au Palais et que j’attribuerais aux Clercs de la Basoche, comme XLIX qui se joue sur la Table de Marbre, XX, parodie de procès; mais combien plus remarquables sont les autres farces en ce qu’elles se rapportent à des types comiques, à des personnages, à des
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“caractères,” comme on dirait en anglais, chers au public et qui semblent ressortir au théâtre professionnel et à des troupes permanentes, analogues à celles des Italiens. Ceci me paraît un aspect tout à fait nouveau du théâtre comique du XVème siècle qui pouvait déjà s’induire du Recueil Trepperel, mais qui éclate ici avec une évidence plus grande encore, surtout par l’apparentement avec celui-ci. Plus remarquable que la ressemblance avec la Commedia dell’arte est le fait que certains des types rencontrés ici anticipent sur ceux du XVIIème siècle, tels Turlupin47 et Gautier Garguille. La continuité de notre théâtre, manifestant simplement la continuité française, s’avère une fois de plus.
A tout seigneur tout honneur. Voici deux allusions dans I à Maistre Mouche et à Triboullet
p. 4:Esse point Maistre Mouche?
p. 5:J’ai beu une quarte d’ung traict
Aussi bien que fist Triboullet.
L’allusion aux Vigiles Triboullet du Recueil Trepperel (p. 217) est évidente. Le Triboulet connu par Le Roi s’amuse est en fait un nom traditionnel de fou passé de la Cour, où il est porté par celui de René d’Anjou et de Louis XI, à la scène. Le nôtre qui y fleurit entre 1470 et 1490, semble avoir été un personnage aussi considérable que nos grands farceurs du XVIIème siècle: Turlupin, Gros Guillaume ou Gautier Garguille, dont les noms de guerre masquent l’état civil véritable.
Ce qui est plus curieux c’est que, comme Molière, dont il est une ébauche mal dégrossie, un premier essai du Fabricateur souverain, il est d’abord un grand acteur, ayant joué et peut-être créé le rôle de Pathelin.48 Parfois, il s’élève jusqu’à une récitation plus noble, dans la Belle Dame sans Mercy d’Alain Chartier. Tel Jean-Baptiste Poquelin il est appelé en cour pour jouer au Palais Royal à la Fête des Rois. Auteur, il n’a pas composé moins de 400 moralités (v. 226), autant de farces, dont on a fait l’inventaire et de sotties grand foison.
Car c’est un sot, comme le sera au début du XVIème siècle Pierre Gringoire. C’est dans une sottie qu’il apparaît ici aussi. Mais en cette fonction il est en ordre subalterne comme le “mignonnet” et “le lieutenant de Maistre Mouche” (Recueil Trepperel, p. 229, v. 131). N’est-il pas curieux que Maistre Mouche et Triboullet soient ici aussi rapprochés dans la pièce I de notre Recueil que j’ai qualifiée sottie? Ce qui achève la ressemblance, c’est que le sot est cité comme un maitre biberon:
J’ay beu une quarte d’ung traict
Aussi bien que fist Triboullet49
Autre type d’ivrogne qui fait sa première apparition dans le champ de l’histoire littéraire, c’est Grant Gosier, aussi buveur, comme son nom l’indique, que Triboullet. Il est dans XV, p. 108 où il croque la pie, hume le piot, selon les expressions argotiques qui peignent l’acte du buveur.50
Un autre type sur lequel nous avons moins de précision est celui de Dando Mareschal, que, en XXIX, p. 327, sa femme envoie épier le vol des corneilles pour savoir quand il pleuvra. Il se retrouve dans la farce IX du Recueil Trepperel, des Sots qui corrigent le Magnificat (p. 185-186) où il apparaît magister sentencieux et berné. En XXVIII Trubert, le mari trompé dit:
Et certes je suis bien Dando
Dando mais plus que Dandinastre.
Dès lors il ne semble pas douteux que nous ayons ici le prototype de Georges Dandin. Molière a bien plus puisé aux sources indigènes qui affleuraient au Petit Pont, ou sur les tréteaux du Pont Neuf et de Saint-Eustache, qu’on ne l’a cru jusqu’à présent.
Je ne sais qui est Jenin des Paulmes mentionné dans la même pièce. Il peut être identique à cet “écumeur de latin” Jehan Jenin dont la Farce fera partie du T.II du Recucil Trepperel, mais je n’ai nulle peine à identifier “le Cycle du povre Jouan,” représenté par la Farce du pauvre Jouhan, (VII du Recueil Trepperel, avant 1488), type du mari berné. D’après la Sottie de ceux qui corrigent le Magnificat elle est déjà démodée à cette date. Il y a aussi un Jenin Patin (XXV, v. 133) que je ne puis non plus identifier. Jenin est synonyme de niais dans XII. Il est un clerc, ce qui ne l’empêche pas d’être stupide dans X. Parfois il est Jehan-Jehan, mari trompé par le curé (en XVIII) ce qui amène sa femme à lui dire (p. 147): Jehan-Jehenin, et lui même se présente (p. 156):
Je suis Jehan qui chauffe la cire,
et il le fait littéralement tandis que femme et curé mangent son pâté.
J’ignore ce que représente Gaultier de Cambray, dont il est question dans VIII, ou Godin-Falot (VII), autre type de niais, ou Gamache (LII) ou Goguelu (XLV).
Maistre Aliborum est encore “emploi,” comme nous disons en argot de théâtre, de la scène comique de la seconde moitié du XVème siècle. La Fontaine le tient de la tradition scolastique. Son nom, a démontré mon bon maître Antoine Thomas, est une personnification de l’ellébore qui guérit la folie.51 Il figure dans la Sottie des Sots qui corrigent le Magnificat.52 C’est l’imbécile qui vient faire le savant, et il est probable que ce rôle incombait à un acteur favori du public, puisqu’on possède un monologue écrit après 1445, Ditz de Me Aliboron qui de tout se mesle et sçait faire tous mestiers et de tout rien. C’est le “Jack of all trades and master of none” des Anglais. Notre Farce VI, p. 47-48, a deux allusions à Maître Aliboron, ce qui achève de la situer dans la période de 1488 à 1490 où ce personnage fut particulièrement en vogue.
Si notre Recueil, à la différence du Trepperel, ignore l’Escumeur de latin et le Coppicur ou Blasonneur, par contre Maistre Mymin, pédant à la fois et bravache, figure dans IV (p. 39 ss). Il est parfaitement connu par la Farce de Maistre Mymin étudiant (1480-1490) qu’a excellemment rééditée Emmanuel Philipot.53 Maistre Gonin, deuxième pédant, figure encore dans le deuxième dialogue du Cymbalum Mundi de Bonaventure Des Périers.
Maistre Regnault est un autre Magister de XVI, et l’on peut voir dans cette multiplication du Pedante, comme dit Montaigne, une preuve de la part prise par les étudiants, en tant qu’acteurs, auteurs et spectateurs, dans le développement de la farce.
Dans la faveur du public, le fanfaron, hérité du Miles Gloriosus de l’Antiquité et que connaît déjà notre Comédie Latine du XIIème siècle, le dispute au pédant.
IV évoque Thevot, sorte de bravache dont il est question dans le Répertoire, p. 35; Colin, fils de Thevot le Maire, qui vient de Naples et amène un Turc prisonnier. A la fin, Colin annonce qu’il veut se marier (p. 40).
A la fille Gaultier Garguille
ancêtre du célèbre farceur du XVIIème siècle.
XXV (p. 199) fait une autre allusion à thevot:
Vecy par le sang Antecrist
Encore plus meschant esprit
Que jamais si ne fut Thevot.
Alison est bien connu comme emploi incarné aussi par un acteur favori en travesti dans la première moitié du XVIIème siècle. Il joue son rôle ici dans XVI (p. 113 et suivantes). A la même famille ressortissent encore, dans IV, le Capitaine de sot Vouloir ou encore les Francs
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Archiers, apparentés à celui de Bagnolet et de Cherré dont les monologues sont bien connus et ont été évoqués plus haut.
Ainsi le buveur, le cocu, le benêt qui souvent est tout un, le pédant, le bravache constituent les principaux emplois, mais il faut insister sur les types qui anticipent ceux du XVIIème siècle, les annoncent et probablement les engendrent en une succession de générations à travers le XVIème siècle.
Tandis que Maistre Aliborum, le Franc Archer, Roger Bontemps, jusqu’à un certain point Dando Mareschal (encore que je le retrouve en Georges Dandin), l’Escumeur de Latin, Pathelin, renouvelé dans Panurge, Grandgousier, Jehan, Jehan, Maistre Mymin ne dépasseront guère le XVIème siècle, Turlupin, Gaultier Garguille, Alison, franchiront la limite séculaire pour servir de masque comique à de grands farceurs de la première moitié du XVIIème siècle, prédécesseurs et inspirateurs de Molière.54
Il paraît probable, et déjà cette idée a été formulée par Eugénie Droz55 que, transportée dans les bagages de l’armée d’Italie au delà des Monts, la farce française, avec ses types caractéristiques à transformation de costumes et de métiers, a pu influencer la farce Italienne et son Herlequin-Arlequin.
Il y aurait bien d’autres constatations à tirer de cet important recueil, mais la stricte économie qu’impose en temps de guerre la générosité américaine elle-même, me force à formuler ici un simple programme.
Beaucoup de nos farces sont émaillées de chansons, qui en faisaient des vaux-de-ville ou encore des opérettes, sans que malheureusement la notation musicle nous en soit transmise avec le texte. Il y avait certainement une clef du Caveau, comme on a dit à la fin du XVIIIème siècle, qui est perdue. Preuve cet incipit de la Farce du Goguelu: “Ils chantent tous ensemble en chantant la chanson qui s’ensuit sur le chant” de: “Bon temps reviendras-tu, etc.” La plupart sont très gaies et rappellent par leur texte les plus spirituelles de nos chansons de café-concert:
VII (p. 53)
Et qui qu’en soit le père
Tu seras le papa.
Tu t’en repentiras, Regnault.
Elles pratiquent la répétition qui les rend si plaisantes, même si les mots n’ont point de sens.
VI (p. 44)
Baille luy, baille, baille luy belle,
Baille luy, baille, baille luy beau.
Tarabin, tarabas, tarabinette
Tarabin, tarabas, tarabineau.
Ce Tarabin Tarabas est connu de Rabelais qui le cite dans le chapitre XII de Pantagruel. Et puisque j’évoque Rabelais, citons la chanson de Grant Gosier, XV, p. 108
Comment le buvrays-je
Ce vin qui est si bon, don, don?
Il faut en rapprocher XXII, p. 171
La tricoton, coton, la tricotée,
La belle et jolie tricotée
Je n’y entens ne fa ne my.
Beaucoup de chansons, comme il convient, concernent la femme.
VII p. 52
Si tu prens vieille femme
p. 51Elle te rechinera.
Regnault si tu prens femme
Garde que tu feras.
ou p. 52 car la farce VII est la plus farcie, si l’on peut dire, de chansons:
Les aultres en chantant
Si tu prens jeune femme,
Cocu tu en seras,
Tu t’en repentiras . . . .
Le couplet sentimental, comme on l’attend au siècle de la délicieuse Passerose, ne manque pas non plus:
IX, p. 76:
et, p. 57:Dieu doint très bon soir à m’amye
MARTIN, premier amoureux, commence en chantant
J’ayme mieux mourir bref que languir . . .
On trouvera les autres par ma table des Incipit de chansons destinée à ce Corpus des chansons du XVème siècle que nous promet la Vicomtesse de Chambure.
Malgré l’indigence des rubriques, nos pièces fourniraient une contribution importante à cette Histoire de la Mise en scène du théâtre comique au Moyen-Age, qui n’est pas encore faite et que donnera j’espère un jour, en parallèle à mon Histoire de la Mise en scène, mon disciple Pierre Sadron.
Par exemple en VIII (p. 63) l’usage des masques (visaigières ou testières) bien plus répandu qu’on ne le croit, (témoin la miniature du Fauvel, reproduite dans mon Théâtre profane pll. XVIII et XIX), mais qui n’a peut-être pas atteint la généralisation qu’ils ont connue en Italie. Ces masques sont nécessaires à trois travestis: Martin, en prêtre, Gaultier, en mort, Guillaume, en diable et l’un d’eux dit (p. 64): Je osteray du chef ma testière. En XII, Cautelleux est déguisé en Martinâne. Le prince dans I commence estant habillé en longue robe et dessoubs est habillé en sot. (p. 3) La Farce IV (p. 28) nous fournit le costume du badin (sot, pédant): Maistre Mymin, habillé en badin d’une longue jacquette et en béguine, ayant une grande escriptoire. (p. 421). Une rubrique en latin, singulière survivance du théâtre religieux dont le exit (sortie) des Américains apporte la trace jusque dans la vie quotidienne, rappelle le discursum faciant per plateam des diables dans le Jeu d’Adam (XIIe siècle):
III (p. 1239) “Tunc faciat unum (discursum) per plateam et post dicat ante tripperiam.” Pour la première fois je me demande si notre plateau (scène) ne serait pas lui aussi une survivance de platea.
Le décor de XXXI (p. 244) est plus élaboré que ne le comporte la tradition banale du Théâtre comique: “Voilà qu’alors il aperçoit une belle tour qui illec doit estre, qui s’appelle la tour de mariage et la regardant (le Gallant) dit ainsi.” La suite (p. 247) montre cette tour pourvue d’un huis (porte) s’ouvrant et fermant à clef.
La mise en scène de XXI (p. 166) comporte des maisons, l’échoppe du savetier et du patinier:
Je m’en vois musser çà derrière,
Il est jà à l’huis de devant,
et à la fin d’un autre Jeu (XXII, p. 170), atteste que la salle est pourvue de gradins,
Adieu toute la compaignie
Trestous de degré en degré.
J’ai déjà parlé du costume, mais je dois encore mentionner le bonnet du sot à oreilles de veaux. Sont-elles identiques aux coquilles de la cape des sots telle qu’on l’aperçoit sur beaucoup de marques d’imprimeurs? Il s’agit de la rubrique de VI, p. 43: nota: que les deux hommes (macé et michault) doivent avoir soubz leurs chapeaux, chacun ung bonnet à oreilles de veau. michault en ostant son chapeau de la teste dit en soy mirant, etc. . . .
Il convient d’insister parce que, dans la seconde moitié du XVIème siècle encore, la Tresorière et les Esbahis, comédie de Jacques Grevin56 furent représentés à Paris, “après la satire qu’on appelle communément les Veaux,” dont la nôtre serait le plus ancien exemple, le Manuscrit La Vallière connaissant La Farce des Veaux jouée devant le Roy en son entrée à Rome,57 qui doit être du début du XVIème siècle. Pour la première fois on apporte ici des précisions sur le genre.
Ce n’est là qu’un exemple de plus des innombrables enseignements et renseignements qu’on peut tirer de notre inépuisable recueil qui fournira, je le gage, matière à bien des thèses et des études de détail.
Je ne nourris pas la sotte illusion de croire que cette Introduction épuise les données apportées par ce riche recueil de farces inédites. Il faudrait parler de la langue qui est celle de la seconde moitié du XVème siécle, et non de la date de publication, où le si conditionnel coexiste avec le si de coordination, où subsistent des expressions archaïques comme “Faictes que sage,” “envys” (à contre-coeur), “adans” et où se rencontrent bien des expressions du langage jobelin (argot) ou simplement familier que, seule, une étude linguistique comparative de tout le théâtre comique, restant à faire, pourra éclairer.
La versification aussi mériterait une étude, même dans ses incorrections, l’octosyllabe de base se privant d’une syllabe voire de deux ou bien en ajoutant une ou deux, ce qui, à l’audition, ne s’aperçoit pas. Les formes plus élaborées du rondel ou de la ballade (cf. III) s’y montrent, comme dans les mystères auxquels est emprunté aussi le vers léger de cinq syllabes (Cf. II, p. 9, XXVI, p. 203, etc. . . .)
La satire politique, religieuse, scolaire et sociale, dûment scrutée, apporterait une valable contribution à la connaissance des moeurs du temps, mais surtout les sources et la nature du comique mériteraient une étude. Qu’elle est plaisante, par exemple, en II, la confession du mari à la voisine déguisée en prêtre et qui répète bêtement les phrases de celle-ci!
Ce comique il est souvent brutal en ce qu’il recourt à la bastonnade que ne dédaigneront ni les Italiens ni Molière, et grossier, parce que l’obscénité et la scatologie en sont la base, mais il ne faut point négliger ces frustes manifestations de l’esprit gaulois, car elles sont le terreau et parfois le fumier sur lequel fleuriront et d’où naîtront ces géants du rire, dont la France a fait à l’humanité le don royal et unique: Rabelais et Molière.
[1] Mystères et Moralités du Manuscrit 617 de Chantilly (Paris, Champion, 1920) in-quarto.
[2] Paris, Droz, 1935, in-octavo, pp. LVII-LVIII.
[3] J’ai retrouvé un film de tous les titres et marques d’imprimeur mais j’ai perdu la trace de l’amateur qui a bien voulu me confier le recueil et celle de son détenteur actuel.
[4] Cf. Droz, page LXIX, note 3.
[5] Ces chiffres sont introduits par moi. Les pages sont celles de la présente édition.
[6] Farce, mais aussi Moralité.
[7] Page 29, allusion au père de Maistre Mymin, Raoullet, qui figure aussi, de même que sa mère Lubine, dans Maistre Mymin estudiant. Cf. Petit de Julleville, Répertoire du Théâtre comique (Paris, Cerf, 1886), in-quarto, désormais désigné par Répertoire, pages 156-7. Cette plaisante farce a été rééditée par Emmanuel Philipot dans Trois Farces du Recueil de Londres, Rennes, Phhon, 1931, in-octavo.
[8] Cf. aussi Droz, page 213.
[9] Cf. barat, ap. Droz 118, 124.
[10] Cf. Gargantua, ch. III, p. 37, éd. Abel Lefranc, n. 2.
[11] On a joué à Saint-Omer une farce du Pasté. Cf. Justin de Pas, Mystères et Jeux Scéniques à Saint-Omer au XVème siècle, p. 28.
[12] Sur la porte Bodès, voir plus loin: localisation.
[13] Cf. Droz, page 253. Le quibus, l’aubert et le caire sont mots d’argot qui signifient l’argent, comme aujourd’hui le pèze et le fric.
[14] Cf. Droz p. 215: Doreslot, Dorenlot est très commun chez les écrivains de la 2ème moitié du XVème siècle. (Rabelais, Tiers Livre, ch. XIV). Panurge s’imaginant marié dit que sa femme l’entretient “comme un petit Dorelot.” On le rencontre déjà dans des chansons du XIIIème siècle.
[15] Cf. mon introduction à la transposition publiée à Paris chez Delagrave, 1935, in-12.
[16] E. Droz signale, p. LIV, Farce d’un savetier à trois personnages s.d. Lyon, de 1532 à 1536. Cf. Répertoire, p. 232.
[17] Cf. G. Cohen: “La scène de l’Aveugle et son valet,” Romania, 1912.
[18] Bon Temps se trouve dans un Jeu de Johan d’Estrées joué “la Nuict des Roys,” 1472, à Amiens. Cf. Rép. p. 251, et dans la satire que Roger de Collerye écrivit en 1530 pour les habitants d’Auxerre (Recueil, II, p. 347).
[19] Cf. “Résurrection de Jenin Landore,” Ancien Théâtre Français, II, p. 21-34; Rép. p. 226.
[20] Cf. Rép. p. 118. Les chambrières très différentes.
[21] XXXIII “Je luy feray manger de l’oue” (de l’oie) peut se rapporter à Pathelin mais le proverbe peut être antérieur à cette comédie. Autre allusion probable, II (p. 28): “L’habit t’est fait comme de cire.”
[22] Cf Pierre Champion, François Villon, Paris, Champion, t. II, p. 339.
[23] J’avais fait de cette pièce une adaptation que mon metteur en scène Etienne Frois — trois fois prisonnier, trois fois évadé en cette guerre de 1940, puis limogé — a jouée au Théâtre de la Cité Universitaire au printemps 1938 avec un énorme succès.
[24] J’ignore le sens de cette expression.
[25] Cf. Delaruelle, L’étude du grec à Paris de 1514 à 1530 dans la Revue du XVIème Siècle, 1922.
[26] Influence lointaine possible de la Farce d’Eustache Deschamps (2ème partie du XIVe Siècle) Trubert et Antrognart, cf. G. Cohen: Le Théâtre profane, Paris, Rieder, 1931, in 8°, p. 50.
[27] Cf. Le Choix de Farces de Mabille T. II, p. 31.
[28] Etudiées notamment dans Dieudonné, Les monnaies françaises (Paris 1923) et dans H. Hauser, Recherches et documents sur l’Histoire des prix en France de 1500-1800 (Paris, 1936).
[29] Cf. Howard Graham Harvey, The Theater of the Basoche (Cambridge, Harvard University Press, 1941 in 8).
[30] Je ne m’astreins pas à suivre l’ordre des pièces qui n’est qu’une fantaisie du relieur.
[31] Cf. Franklin, Les Anciennes Bibliothèques de Paris. Paris, 1867-1873, in-folio.
[*] le vin
[32] Il y a encore une rue Mauconseil, entre la rue Saint-Denis et la rue Montorgueil, mais la pierre reste à identifier.
[33] Chacun sait que la Grève est celle de la Seine à la place du Châtelet, et qu’on y trouvait les chômeurs, d’où le mot moderne, qui joue un si grand rôle dans notre vie sociale.
[34] Emile Colombey (pseudonyme d’Emile Laurent), Ruelles, salons, et cabarets (Paris, 1858), pp. 85-86.
[35] Cf. P. Champion, Fr. Villon, I, p. 266.
[36] Je rappelle que Malherbe voulait prendre ses modèles de langage chez les crocheteurs du Port au Foin.
[37] La partie surélevée de la scène représentant le Paradis.
[38] Piganiol de la Force, Description historique de la ville de Paris et de ses environs, nouvelle édition (Paris, 1765), t. IX, p. 306.
[39] Charonne est cité dès le Xème siècle, et dépendait de Saint-Magloire. Cf. Rochegude et Dumolin, Guide pratique à travers le vieux Paris, Paris, Champion, nouv. éd. 1923, p. 325 et s.
[40] Cf. P. Champion, Villon, t, I, p. 46.
[41] Bibl. Nat., fr. 22392: cité par Pierre Champion: François Villon I, p. 125, n. 5.
[42] L’italique est de mon fait.
[43] La Montagne-Sainte-Geneviève.
[44] Connu par l’enseignement qu’y donne Saint-Thomas au XIIIème siècle. Il est piquant de remarquer que de notre temps, il est plus fameux — de même que les Cordeliers — pour avoir abrité des clubs révolutionnaires.
[45] Marquis de Rochegude et Dumolin, op. cit., pp. 410 et 53.
[46] Ibid., p. 422.
[47] Dans le Dictionnaire étymologique de A. Dauzat (Larousse), on a donc tort de faire remonter le plus ancien exemple à Guez de Balzac (XVIIème).
[48] L’insistance des Vigiles à souligner son interprétation du rôle (p. 233) le ferait croire. J’en arrive même à me demander s’il n’en serait pas l’auteur?
[49] Cf. Recueil Trepperel, p. 229, v. 139:
Il buvait quarte toute pleine.
Il est mort en buvant dans la cave. Cette tradition d’un pays de vigneron sera reprise par Ronsard dans l’Epitaphe de Rabelais et se prolonge dans la Chanson des Compagnons de la Table Ronde que chantent encore nos étudiants et leurs camarades canadiens français.
[50] La note de la grande édition Lefranc du Gargantua, ch. III du t. I, p. 37, n. 8, ignore naturellement notre prototype du personnage rabelaisien.
[51] Maistre Aliboron, étude étymologique, 1919, in-4°.
[52] Pp. 185-215 du Recueil Trepperel.
[53] Dans Tro’s Farces du Recued de Londres, Rennes, Plihon, 1931, in-8°.
[54] Mon élève Louis Laurent, président des fameux Théophiliens qui, depuis 1933, restituèrent en Sorbonne aussi bien le Théâtre profane que le Théâtre religieux, avait présenté un beau Mémoire de diplôme en 1939 qui serait devenu une Thèse sur Caractères, Types et Emplois dans le Théâtre Comique du XVème siècle. Hélas! il s’est fait bravement tuer, aspirant de vingt ans, à la défense des Ponts de la Loire en juin 1940. Je lui ai dédié en hommage mes Lettres aux Américains, l’Arbre, Montréal, 1942, 2e éd., 1943.
[55] Recueil Trepperel: Introduction, p. LXIX: “Les personnages mis en scène, les procédés employés, le jeu à l’impromptu des Itahens sont si pareils à ceux de nos sottics qu’il semble invraisemblable et impossible qu’elles n’aient eu quelque influence sur les artistes de la Péninsule.”
[56] Cf. Oeuvres éd. Pinvert.
[57] Cf. Répertoire, pp. 252-254.
(vignette)
1 vo]Le Prince commence, estant habillé en
longue robe et desoubs est habillé en sot.—
Sotz estourdiz, sotz assotez,
Que faictes ce que vous voulez,
Eslevez vos oreilles!
A venir point ne demourez,
5Et icy, acourant, (a)courez:
Vecy l’an des merveilles.
Sotz ont le temps, quoy qu’il en soit,
Il est sot qui ne l’aperçoit
Quant folie se demaine;
10Roger le scet, Bon Temps le voit,
Ainsi soit, à tort ou à droit,
Il passe la sepmaine.
Chacun de vous si est sçavant,
Et se doit mectre à passer avant,[+1]
15Et passer en folie.
C’est celle qui doresnavant
Fait tourner le moulin à vent,
Car tousjours le fol lye:
Fol qui follie, il est follet.
20Ung saige ne scet que fol est,
Le premier ne l’espreuve.
Ung fol a toujours fol souhaict
Et vient à tout le monde à het,
Quelque part qu’il se treuve.
25S’il fait mal par trop folloyer,
Et puis on le veult affoler
Ou payer une amende,
Fol ne demande qu’à galler.
C’est un fol; laisse-le aller,
30Il ne sçait qui demande.
Qu’esse que je voy là venir?
Haro!
Qu’esse?
Il me fait fremier;
Je ne sçay, moy, que ce peult estre.
Est-il point escolier ou prestre,
35Pour ce qu’il a ceste grant robe?
Il ne hobe.†
Il vient.
Il reculle.
Il ne hobe.
Je ne me congnois à son fait.
Qu’il est maigre!
Qu’il est deffait!
40Quel Socrates!
Quel valeton!
Quel mignon!
Qu’il est molu![-1]
Mais regardez ce fol testu,
Comme il regarde çà et là!
45Regardez moy quel sot velu!
Sotin, approche sans demourance.[+1]
Quel museau!
Quel mine!
Quel trongne!
Hon, hon, quoy? Que diable esse cy?
Estoit ce tout et d’où vient cecy?[+1]
50Quand mes sotz trouve, qu’esse à dire,
Qu’ilz se gardent si bien de rire?
Jamais cestuy tort ne fut veu;
Sont-ils saiges depuis ung peu?
Quel diablerie, quel sinagogues!
55Si ne sont-ilz point en leurs jogues?
Avant, sotin, que faictes vous?
On leur a fait quelque courroux.
Sotibus!
Qu’esse qu’il dit?
Je n’y entens note.[+1]
Non.
60De par monsieur sainct Simon,[-1]
Si esse quelque teste sotte.
Sotin, sotin.
Il chante à note.
2 vo]C’est quelque prince capital.
De maistre Antitus qui se botte
65Pour remonstrer le cardinal.
Hau! mes suppostz!
Propos final,
Le sang bieu, c’est maistre couart!
Hau, notre prince original!
Honneur!
Gloire!
Magnificence!
70De nouveau.
Garre le penal.
Dont nous vient ceste ordonnance?[-1]
D’où venez-vous?
De veoir la dance,
L’estat et le train de la court.
Qu’avez veu?
Le vieille ballance
[[ Print Edition Page No. 5 ]]
75Où l’on pesoit les gens de court.
Qui bruit là?
Le Temps qui court,
Tout nouveau, tout nouvelles gens.
Ung chacun est dessus le bort,
Et si ne peut entrer dedans.
80Mais à vous demande present,
De quoy estes vous esbahis?
Esbahis?
Voire!
A mon advis
Je vous le diray maintenant:
Quant regarde presentement
85La contenance et la manière
Que tenez voz parolles chière,
Que ne soyez plus nostre maistre.
Par celuy Dieu qui me fist naistre
Je ne sçay pas que voullez dire.
3 ro]J’ay veu que vous souliez rire
Et folloyer en folloyant.
Est-il vray?
Et maintenant[-1]
Vous portez une longue robe.
Pour Dieu, que d’ilec on la hobe,
95Car je vous ay jà descongneu.
Ma foy, c’est qui m’a tant tenu
De parler à votre personne,
Mais premier que plus loing m’eslongne,
Si Nostre Dame vous doint joye,
100Despoullez-vous tost, que je voye
Si vous estes sotz soubz la robe.
Icy doivent despouller le Prince.
Vecy une chose enorme:[-1]
Je voy aussi, je congnois
Qu’on ne congnoist gens au maintien,
105Que à l’abit, soit long ou court.
C’est la coutume de la Court.
Mais qu’ung homme soit bien vestu,
Ung chacun si sera esmeu
De le vouloir entretenir.
110Dictes-moy, Prince, sans mentir,
Pourquoy n’y estes-vous encor?
Et je vous jure, par Sainct Mor,
Que j’ayme mieulx cy folloyer
Que d’estre plus en ce dangier.
115Vous voulez-vous dont reposer?
Plus ne vous en vueil exposer
Car vous avez trop sotes testes.
Or ça, recommancerons nos festes,[+1]
Puis que vous estes revenu;
120Je vous cuydoys avoir perdu,
Et que jamais je ne vous tinsse.
Faictes honneur à votre Prince
Et me dictes cy en present,
Sans rien laisser aucunement
125Comment vous avez folloyé?
Une fois, tant je m’enyvray
Que j’en avoye si grant ahan,
J’en beu une quarte d’ung traict,
130Aussi bien que fist Triboullet.
N’estoit-ce pas bien folloyé?
Je mengeays deux ou trois moyeux
D’auls et d’ongnons, sans pain ne sel.
Tu es un bon fol naturel;
Et que n’achetoye-tu du pain?
140Sur le clochier de Sainct-Germain,
Je laissay toute ma pecune.
Or, sus, c’est assez parler d’une,
Que ferons-nous?
Tousjours grant chère.
Je le veulx bien.
C’est la manière;
145Aucuneffois, je vous amyelle
Ma raye du cul si doulcement;
Grant n’est mousche jeune ne vieille
Que je ne happe incontinant.
Je veulx prescher tout maintenant
150Donnez-moi votre beneisson.
Qui esse là?
C’est ung sot.
C’est mon.[+1]
Que veult-il?
Vostre beneisson.
Jube domine benedicere.[[153]]
Amen!
Que Dieu te mecte en mal an![-1]
155Je suis prest d’evangeliser.
Ne vous sçavez-vous adviser
De parer autrement la chaire
Afin de me garder de braire?
Que Dieu en mal an si vous mecte,
160Et trestous ceulx qui font la beste,
Et qui meshuy en preschera,
Et puis se course qui vouldra,
Si ce fust Jacobin ou Carme!
4 ro]Je prens sur Dieu et sur mon âme,
165Qu’il fut tendu des huy matin,
Par Dieu, il coustera ung tatin,[+1]
A qui que soit, j’en ay juré.
Riez-vous, Monsieur le curé?
Gardez bien que ne vous empongne,
170J’avoye la meilleure besongne,
Et qui venoit tout à propos
Je l’eusse exposé en deux motz,
Et puis une petite fin.
175De vouloir prescher devant moy.
Et tais-toy, tays, sotin, tais-toy,
Je veulx chanter à contrepoint!
Vrayment cela ne me duit point,
Car j’ay trop grant mal en la teste.
180N’est il pas aujourduy la feste
Que nous devons tous folloyer?
Hau! Prince, je vous vueil compter
Ce que j’ay veu depuis deux jours.
Et je te supply par amours,
185Dy quelque chose de nouveau!
J’ay aujourduy veu ung thoreau
Plus petit que une souris.
C’est trop menty et je m’en ris,
As-tu tant songé à le dire?
190Prince, je m’en vois d’une tire
Veoir si j(e) aprendray quelque chose.
Par Dieu, d’icy bouger je n’ose.
Dictes pourquoy!
Je me repose.
Allons-nous en la taverne.[-1]
195Nous fault-il point une lanterne?
Nenny, non; c’est à saiges gens.
Allon!
Bonjour!
Devant.
Je le attens.[+1]
Prenez en gré, je vous en prie!
199A Dieu toute la compaignie!
FINIS
[4 verso blanc]
[I.] En réalité sottie, mais une sottie peut être une farce aussi bien qu’une moralité. Elle n’est en vérité caractérisée comme telle que par le costume particulier de ses acteurs, robe mi-partie, bonnet à coquille marotte, grelots, etc.
[5] ROGER et BON TEMPS ne sont qu’un et même personnage connu par la Satyre de Roger de Collerye (vers 1530) mais qui figure déjà dans un jeu joué à Amiens en 1472 dû à Jean Destrées (cf. Répertoire, pp. 251-252).
[14] [+1] Il serait facile de corriger ce vers. J’y renonce comme je ferai pour les autres, préférant laisser à ce texte ses imperfections métriques qui appartiennent au genre.
[18] Ces annominations, enseignées par l’Ecole, figurent déjà chez Rutebeuf.
[36] Vers de 5 syllabes.
[64] J’ignore qui est Maistre Antitus; peut-être un personnage de farce comme Maistre Aliborum ou Maistre Mimin. Le Cardinal peut viser le Collège du Cardinal Lemoyne.
[70] penal = pénalité?
[76] Le Temps qui court, personnage comique, par exemple dans la sottie III du Recueil Trepperel.
[130] Sur ce personnage, auteur, acteur et type, voir mon Introduction.
[153] Amen rime en an.
[†] Note sur la transcription: J’ai distingué u et v, i et j, ajouté les apostrophes, la ponctuation, et les accents sur les syllables accentuées. Les mentions [-1] ou [+1] se rapportent aux pieds manquant ou en excédent. Parfois j’ai remplacé des initiales minuscules par des majuscules. Toute lettre, syllabe, ou rubrique entre crochets a été ajoutées par moi. Toute lettre, syllabe ou mot entre parenthèses doit être considéré comme retranché. Dans les notes du bas des pages O représente l’original. La numérotation des pièces et celle des vers est aussi de mon fait. G. C.
[36,] O: vers incomplet.
[†] Réclame au bas de la page.
5Par Dieu, je vous feray
Doncques sembler sot et lourt.
Sang bieu, que tu me respons court.
Tu me viens tousjours contredire,
Au moins s’y m’eusse laissé tout dire.
10Sainct Jehan, je vous feray mauldire
La chanson, et qu’onques la chantastes,
Ains qu’il soit nuyt.
Se tu me hastes
Par Dieu, je recommanceray.
Bien par Dieu, je vous rendray
15Trestout au long la courtoisie,
Si je puis.
Maulgré jalousie,
Je vous serviray,
Ma dame et m’amye,
Tant que je vivray.
20Puis qu’avez amye,
Ung amy auray.
Par le sang bieu, je vous batray.
Venez-vous cy pour m’argüer?
A la mort, me veulx-tu tuer?
25Paillard, truant, meurtrier de femme,
Par Dieu, je te feray infame.
Voy-tu, tu n’y gaigneras rien.
A Dea, je me doubtoye bien
Que tu avoys fait une amye,
30Mais croy [ . . . ]
Tu as menty par ma vie,
Se je chante en moy esbatant,
Doy-tu penser en mal pourtant?
Entre-tu en tel frenaisie?
Et n’oseray pour jalousie
35Chanter, par Dieu je chanteray,
Et danseray et m’esbatray,
Par Dieu, la chanson vous cuyra.
Et elle fera ung estron.
40Il n’est pas gentil compaignon
Qui souvent ne se desduira.
Par Dieu, la chanson vous cuyra.
Pour ton parler ne caqueter,
Je ne lairray jà à chanter,
45Quant mon cueur se resjouira.
Par Dieu, la chan [son vous cuyra].
Tais-toy, tu ne scez que tu dis,
Pour une, j’en chanteray dix,
Puis verray qui m’en gardera.
50Par Dieu, la chanson vous cuyra.
Se tu me vas gueres argüant,
Et je me vois ung peu fumant,
L’ung de nous s’en repentira.
Par Dieu, la chanson vous cuyra,
55Je le dis encore une fois.
Nostre Dame, il m’a affollée.
Vostre cry a tres meschant son.
60Dieu mette en mal an la chanson,
Et qu’onques j’en ouy le chant.
Je vois parler à ung marchant,
Garde bien l’hostel hault et bas.
Que mau feu vous arde les bras,
65Et les mains tant les avez dures.
Qu’esse là que tu murmures
Et que vas ainsi flag[e]ollant?
Ne me va gueres grumellant
Que tu ne soyes dorelotée
70Au retour.
[Il sort]†
J’ay tres bien notée
La chanson et bien retenue.
Combien qu’aye esté batue?
Par Dieu, j’en feray tous les tours.
Il a fait dame par amours;
75Jamais ne le croire autrement.
Je m’en iray tout maintenant.
Pour moy, conseiller bonne alleure
Cheuz une bonne creature,
La mienne commère Colette.
[Elle entre chez la Voysine]†80Dieu vous gart! Estes-vous seulete
Ma commère, que faictes-vous?
Je filloye. Que voulez-vous?
Or sa, qui a-il de nouveau?
6 ro]Par ma foy, nostre damoiseau,
85Mon beau mary, est amoureulx.
Non est.
Si est, se m’aist Deux!
Je vueil qu’on me crève ung oeil,
S’il n’est vray.
Comment le sçavez-vous?
S’il vous plaist,
90La manière vous veulx compter:
Aujourd’huy ne fist que chanter
Ceste chanson, Dieu la mauldie,
Que la dicte: “Malgré jalousie,
Je vous serviray.”
Dictes, ma mye,
95Escoutez que je vous diray.
Pourtant, s’il est joyeulx et gay,
Et qu’il chante tost ou tard,
Cuidez-vous qu’il ayme autre part,
Espoir c’est par amour de vous.
100C’est bien soufflé; où sommes-nous?
Cuydez-vous que je n’y voye goutte?
Par ma foy, je n’en fais pas doubte,
S’il m’eust aymée, ne tant ne quant,
Il ne m’eust pas batue tant,
105Mais m’eust montré signe d’amour.
Vieulx-tu apprendre ung bon tour[-1]
Comme tu sçauras son courage?
Helas! ouy, car j’en enrage.[-1]
D’autre chose, se je le sceusse
110De tous point appaisée fusse,
Comment le pourra l’on sçavoir?
Très bien. Où est-il?
Il va voir
Aval ceste ville ou ès champs,
Pour trouver ne sçay quelz marchans,
115A qui il a à besongner.
Et quoy doncques?
Il conviendra
Que tu luy donnes à entendre,
120Qu’il est malade et, sans attendre,
Qu’il se confesse pour le mieulx;
Et luy dis qu’il pert à ces yeulx,
Qu’il ne vivra jamais deux heures.
Mais il fauldra que tu pleures[-1]
125Et contreface la marrye.
6 vo]Et puis quoy?
Par saincte Marie,
Voicy comment le ferons pestre;
Je me desguiseray en prestre,
Car j’ay l’abillement tout prest.
130Et puis que ferons-nous après?
Je luy diray par motz exprès
Qu’il est forcé qu’i ce confesse
Et pour riens qu’il dye, ne cesse
Jusques à ce qu’il le consente,
135Car pour venir à mon entente,
Tu me viendras icy querir,
Et de mort puissé-je mourir,
Se nous ne savons bien, ma seur,
Trestout ce qu’il a sur le cueur,
140Et s’il a fait amye ou non.
Ha! que c’est bien dit, mais ou nom
De Dieu, faitz si bien la besongne
Qu’il se confesse à ta trongne[[143]]†[-1]
A ta manière ou contenance.
145Je yray par si bonne ordonnance
Que tu ne vis oncques mieulx faire.
Je voys tendre à cest affaire,[-1]
Car il me touche. Apreste-toy!
Si ferai-je.
Ho! je le voy!
150Il me fauldra mon semblant faindre
Tantost, et souspirer et plaindre
Faignant d’avoir le cueur mary.
Pausa
Bien viengnes, mon amy!
Est le disner prest ou apresté?
155Dieu, benedicite,
Dont venez vous ainsi deffait?
D’où je vien[s]?
Voire.
Voir s’il ne plaist,
Je le te diray, et ne t’en chaille.[+1]
A Nostre-Dame, il fault que je aille
160Querir bien tost le medecin.
A quoy faire?
Car vostre fin
7 ro]S’aprouche; vous estes malade;
Oncques couleur ne fut plus palle
Ne plus morte que vous l’avez.
165Malade?
Voire; et vous sçavez
Que chacun doit penser de l’âme:
Il serait bon, par Nostre Dame,
De vous confesser ung petit.
Quel confesser? J’ay appetit
170De menger, non pas de cela.
Menger? Il ne vous tient pas là.
Jamais vous ne mengerez plus.
Ne feray?
Il en est conclus.
Il pert bien à vostre visaige.
175Las, doulente, et† que feray je?
Vous chantiez yer et estiez
Joyeulx, et si vous esbatiez.
Or est tournée en peu d’heure[-1]
La chanse; las! se je pleure,
180Je n’ay pas tort, povre doulente.
Il n’est douleur que je sente.[-1]
De quoy te vas-tu debatant?
185Le sang bieu, je n’en ay que faire,
Je suis aussi sain que tu es.
Et par mon serment, vous sués,
Tant estes mat et deffait.[-1]
Et par mon serment, vous sués,
190Je sue; fay-le-moy acroire.
Vous avez la face plus noire
Qu’oncques ne fut drap de brunette.
195Ha! Nostre Dame, je mouray
Avecques vous, mon doulx amy:
Plus n’avez vigueur ne demy
Tant est vostre cueur mat et vain.
Et je n’eus oncques plus grant fain!
200Que me vas-tu cy flageollant?
C’est doncques de la mort Rollant
Que je mourroye, car je bevroye
Moult voulentiers et mengeroye
Très bien, mais je n’ai de quoy,[-1]
205Dont me desplaist.
7 vo]Par ma foy,
Mon très beau mary, vous resvés,
Estre confès et repentans.
Par le sang bieu, il n’est pas temps.
210J’attendray bien jusque en Karesme,
Et je m’en raporte à vous-mesmes.
Ne sentés-vous pas grant douleur?
Nenny non.
Hélas! la couleur
De vostre visage le monstre.
215Hélas! se vous passiez oultre,
Sans confesser ne ordonner,
Dieu ne vous vouldroit pardonner
Voz faultes ne voz grans pechez,
Dont vous estes si entachez,
220Et pour ce, se faictes que saige,
Confessez-vous de bon courage,
Tandis qu’avez sens et advis.
Par bieu, je le fais bien envys,
Car je n’ay mal ne maladie
[[ Print Edition Page No. 13 ]]
225Du corps que je n’y remedie
Très bien, par boire ou par menger,
Et tu me fais cy enrager
De parler de confession.
En l’honneur de la Passion
230De Dieu, mettez-vous en estat
De grâce, sans faire debat;
Couchez-vous, vostre lict est prest.
Ha! dea, je vois bien que c’est!
Il fault dire, plaise ou non plaise,
235Que suis malade et à malaise,
Mais je ne sens rien quant à moy.
Ne tant, ne quant?
Non, par ma foy,
Tous mes membres en chacun lieu,
Sont en bon point.
Non sont, par bieu,
240On le voist à vostre parolle,
Car vous l’avez jà si très molle
Et foible que c’est grant pitié.
Et je parle mieulx la moitié
Que tu ne fais; vecy merveilles!
245Faulce mort tu faiz la vieilles,
Maintenant quant me vieulx oster,
Celuy qui me deust conforter
Et qui m’as tousjours fait du bien.
8 ro]Et par sainct Jehan, nous sommes bien.
250Garde que la mort ne te hape†
La première, car je n’ay garde.
Par mon âme, quant je regarde
Vostre viz ainsi mesh [a]ignez,
Je n’ay ne perdu ne gaingné.
255Ne vous confesserez-vous point?
Et puis que je suis en bon point
Pourquoy donc me confesseray-je?
Vous estes en bon point? Vecy rage.[+1]
Et cuidez-vous que je le disse?
260A dea, se je sentisse,
[-2]Aucun mal, je fusse content.
Il n’est pas saige qui attent
Tant qu’il soit de la mort surprins.
Et vien sa, vien; qui t’a aprins
265Si bien à prescher? C’est dommage
Que tu n’es prescheur de village.
On s’en passeroit au besoing.
De mon prescher, n’ayez jà soing.
Mettez seulement en memoire
270Ce que vous ay dit.
Encore![-1]
Tu es trop mollement devotte,
Je n’auray meshuy autre notte,
Je le voy bien; mais touteffois,
On dit qu’on doit aucuneffois
275Croire sa femme; si feray je!
Or donc me confesseray je.[-1]
M’amye, va querir le prestre.
[La Femme sort de chez elle et entre chez
la Voysine.]†
Au moins, l’ay-je fait pestre;
Tant l’ay-je abusé par parolles:
280A ce coup ira par Charolles;
Il passera ung mauvais pas.
Tost, tost! Voisine, n’es-tu pas
Encore vestue en chappelain?[+1]
Et comment va?
Pour certain[-1]
285Il le fault aller confesser;
Il luy a tant fallu prescher
Avant qu’i se soit consenty!
Touteffois, quant il a senty,
Que de si près, je le pressoye,
290Il m’a creue.
Metz-toi en voye
Et nous en allons vistement.
Suis-je bien?
8 vo]Par mon serment,
L’habit t’est fait comme de cire.
Mais comment te deveray-je dire,[+1]
295Ou appeler? Messire Jehan?
Et nenny, de par nostre Dame.
Comment doncques?
Par ma foy, il m’a procuré
300Mainte douleur, je vous affy.
Qui? le curé? deable!
Nenny,
Mais nostre vaillant mary.[-1]
Il semble qu’ung charivary
Nous allions faire entre nous deux.
305Doulx Dieu, que je suis ung hydeux
Confesseur, quant je me regarde.
Vien-t’en, vien-t’en, n’y prens point garde,
Mais sur tout, il ne fault point rire.
Mais vrayment, comment doit-on dire
310Quant on confesse une personne.
Benedicite.
Holà! ne sonne
Plus mot. Il m’est souvenu,[-1]
Puis que prestre suis devenu,
Auray [je] point de breviere?
315Nenny, mais muce-toi derière,
Que mon mary ne l’aperçoive.
Affin que mieulx je le deçoive,
Je luy couvreray le visaige.
Feras?
Ouy, car c’est l’usage[-1]
320Pour estre plus couvertement.
M’amye, je te prie cherement,
Si le enqueste bien de son fait.
Va devant, va; il sera fait.
Laisse-m’en du tout convenir.
[Elles sortent]
325Elle met assez à venir.
Ma femme, que Dieu y ait part,
E[s]t au prestre.
Il est tard,
9 ro]J’ay beaucoup demouré; n’ay mye?
Où est nostre curé, m’amye?
330Veez-le cy; il vient après moy.
Sainct Jehan, je suis en grant esmoy
Comment je me doy confesser.
Il vous sçaura bien adresser
Et monstrer ce que deverois dire.[+1]
335Fera?
Ouy.
Dieu soit ceans.[-1]
Que fait ce malade?[-3]
Petitement, car très malade.
Puis hyer au lict ne repouse.[-1]
De fièvre soit-elle espouse[-1]
340Qui ment, car j’ay très bien dormy.
Or ça, comment va mon amy?
Ayez en Dieu contriction,
Autrement à perdition
Tout droit vostre âme s’en yroit.
345Et quelqu’un la trouveroit[-1]
Où elle serait bien mucée.
Es saintz cieulx sera exaulcée†[[347]]
Avecques les anges, croyez de voir,[+1]
Se vous faictes vostre devoir
350De confesser tous voz pechez.
Je vous requiers, ne me preschez
Jusques à tant que j’ayes souppez.
Vous y pourriez estre trompez,
Mon très bel amy, car la mort
355Sy subitement point et mort.
Supposé que on y ait desir
De bien faire, on n’a pas loysir;
Pour ce, vueillez vous abreger.
Et soupperay-je point premier?
360J’en auray meilleure memoire.
Mon amy, pensez en la gloire
De paradis, amy courtoys.
365C’est très mal quant on estrive[-1]
Et on refuse à confesser.
à 9 vo]Hélas! et fault-il commencer,
Sans soupper?
Ouy, c’est le point.
Par Dieu, il me vient mal à point
370Et comment esse que je doy dire?[+1]
Dictes-le-moy.
Et dea, sire,
N’y sçavez-vous doncques autre chose?[+1]
Non vrayement, mais je supose
Que vous me devez enseigner.
375Or avant, vueillez vous seigner
Très bien d’ung cousté et d’autre.[-1]
De ceste main?
Non, mais de l’autre,
Oncques homme ne vy si maulduit,[+1]
Pour ce estes mal introduit.
380Dictes après moy, mon amy doulx,
Sire, je me confesse à vous.
Sire, je me confesse à vous.
De tous les pechez que j’ay faitz.
De tous les pechez que j’ay faitz.
385Or les nommez.
Or les nommez.
Mais vous mesmes.
Mais vous mesmes.
Me doy-je confesser à vous?
Me doy-je confesser à vous?
Ouy, vrayment
Ouy, vrayment.[-2]
390Où sommes-nous?
Où sommes-nous?
Vous estes foul et estourdy.
Vous estes foul et estourdy.
Ce n’est pas ce que je vous dy.
Ce n’est pas ce que je vous dy.
395Confessez-vous, se vous devez.
Confessez-vous, se vous devez.
Par sainct Jehan, vous refusez?
Par sainct Jehan, vous refusez?
Hé! Dea!
Hé! Dea![-2]
400Hé, vray Dieu! Quelle simplesse![-1]
Hé, vray Dieu! Quelle simplesse!
Dictes: je me confesse.[-2]
Dictes: je me confesse.[-2]
Adieu!
Dea, je ne m’en vois pas ainsi.
Pourtant, se adieu vous disoye.
Par le corps bieu, je le cuidoye:
410N’avez-vous pas presché assez?
Et vous n’estes pas confessé
Ce n’est que le commancement;
Or dictes.
Bon gré, mon serment,
D’ung maulgré jalousie[-2][[414]]
Par ma foy, ouy. Nenny, non.[-1]
420Où est nostre femme? Je la voy[-1]
Icy, m’est advis, de ce costé,[+1]
Faictes la reculler arrière.
Recullez-vous, ma mye chère,
Car il ne vous appartient pas
425Nous escouter. Or parlons bas,
Et me dictes vostre courage.
Avez-vous rompu mariage?
Il est vray que la plus gaillarde,
La plus gente, la plus abille
430Qui soit en toute ceste ville,
Si est ma dame par amours.B II.
10 vo]Pour tout certain.
N’a pas deux jours
Qu’avecques moy se rigoloit,
Et plus de cent fois m’acolloit,
435En la tenant entre mes bras.
Et sçavez-vous bien de quelz draps
Elle va tous les jours vestue;
Declairez tout d’une venue
Puis que la matière est ouverte.
440Elle porte une robe verte,
Aux festes, de couleur diverse.
Et les bons jours?
Une perse
Tres bien fourré de pane blanche.
Et les grans jours?
Comme au dymanche,
445Hopelande, belle saincture
De rouge, je vous asseure,
Et comment l’apelle-on?
Ouy, vrayement.[-1]
450Et congnoissez-vous bien son père?
Sainct Jehan, ouy?
Qui est sa mère?
Sang bieu, c’est nostre voysine.[-1]
Je m’acointé de la meschine,
En allant en pelerinage.
455Touttefois, semble-elle bien saige;
Chacun la tient pour pucelle.[-1]
Attendez-moy ung peu icy;
460Je reviendray sans contredit.
[Elle va vers la Femme]†Ha! Que de Dieu soit-il mauldit,
Voysine, tu ne scez comment
Le faulx traistre garnement
M’a fait grant honte et grant diffame.
465Comme cuide-tu estre femme
A ce faulx traitre desloyal?
Comment va-il de nostre faict?
Très mal[+2]
Que bon gré en ayt sainct Gille:[-1]
Il a despucellé ma fille!
470Ta fille? Tu me dis merveilles!
J’ay ouy de mes aureilles
Sa confession toute entière;
Il m’a dit toute la manière,
Et par quel moyen l’a deceue;
475Et ne m’en suis aperceue,[-1]
De quoy je suys plus esbahye.
Je sçavoye bien, par bieu, m’amye,
Comme s’il estoit veritable.
C’est mon, dame, de par le dyable!
480Vous n’estes pas la mieulx aymée;
Il a ma fille diffamée,
M’amye, a peu que je n’enrage.
Mais à moy, plus grans dommage[-1]
A fait qu’à toy, à parler vray.
485Et comment?
Je le te diray:
Tu sces que l’amoureux deduyt
Qu’il me devoit, et jour et nuyt,
Monstrer en signe d’amitié,
Je n’en ay pas eu la moytié:
490Il a à ta fille donné.
Par bieu, je ne luy en sçay gré,
Et j’en enrage toute vive.
Et par mon serment, tant qu’il vive,
Il ne luy en tiendra, ce croy-je.
495Par ma foy non, pour ce, disoye
Qu’on trouvast manière comment
Que jamais il n’en eust point.†[-1]
J’ay advisay ung autre point.
500Je iray vers luy sans plus actendre,
Et si luy feray entendre[-1]
Qu’il fault qu’il face penitance,
S’il veult avoir sa pardonnance
Du grant peché qu’il a congneu.
505Et que sera-ce?
Que tout nu
A jointes mains et à genoux
Te crira mercy et puis nous
Deux aurons chacun en noz mains
Ung bon baston ou au moins
510Unes verges tres bien poignantes.
11 vo]Depuis la teste jusques aux plantes[+1]
Des piedz sera tresbien gallé.
Par ma foy, tu as bien parlé,
Oncques femme ne parla mieulx.
515Y vas.
Ouy, ce m’aist Dieux!
Va querir les verges en tandis.[+1]
Le contraire je ne t’en dis
J’en trouveray avant que cesse.
Mon amy, quant on se confesse†,
520Pour descharger sa conscience,
On doit tout prendre en pacience
La penitance qu’on vous encharge.
Sainct Jehan, ce n’est pas ma charge,
Penitance, bon gré, ma vie.
525Voire, vous l’avez bien deservie[+1]
Bien terrible, mais touteffois,
Pour peu de chose ne vous chault;
Vous avez faict ung grant deffault
De rompre vostre mariage.
530Où sont les pièces?
Et que sçay-je?
Pour acquerir pardon à Dieu
Et eschever le puant lieu
D’enfer dont chacun doit ainsi,
Vous acomplirez, mon amy,
535Voulentiers ce que vous diray.
Ne ferez mye?
Je ne sçay.
Se c’est chose que puisse faire
Sans moy grever pour complaire,[-1]
Je le feray.
Or, escoutez,
540Il fault que vous desvestez[-1]
Tout nud pour acquerir mercy
A vostre femme que veez cy,
Et Dieu aura misericorde
Il fault qu’il se face[+1]
Pour avoir mercy et pardon.
Croyez qu’il aura son guerdon
De ces verges au long du dos.
550Qu’esse-là?
Rien, ce sont motz[-1]
Qui ne s’adressent point à vous.
Or vous avancez, amy doulx,
Car on ne peult plus humblement
Venir à mercy qu’en ce point.
555Touteffois, ne me trompez point,
Car g’y vois à la bonne foy.
Jamais! Tost, tost, avance-toy
Mais parlons bas, quoy qu’il avienne.
[à la FEMME]†Deschargeons sus!
Il vous souvienne
560Du tour que vous m’avez joué:
Vous m’aviez promis et voué
La loyauté de vostre corps.
Aussi vous fault estre recors
De ma fille qu’avez diffamée.[+1]
565Vostre fille? Bon gré sainct Estienne,[+1]
Qui estes-vous?
Par Nostre Dame,
Vous le sçaurez, ains que je fine.
Sang bieu, vous estes ma voysine,
Collette, qui parler vous entens.
Las, je me rens.
Sus, ma voysine!
Tenez, tenez![+1]
Las, je me rens, Colette.†
Sus ma voysine.
Je ne m’y fains point.
Bien m’en sens.
575Se tu as sens, si le retiens.†
Je suis tout cassé.
Vous y avez très bien chassé,
En tout, ma fille hault et bas,
Et avez fait voz choux bien gras
580Avecques elle, en malle santé.
Il n’y a pas pour neant esté,[+1]
Au moins il a esté froté
Et son dos est bien gallez.[-1]
Mal suis fortunez,
585Vous m’avez du nez
Bien tirez les vers.
Les propos ouvers
Et motz decouvers
Souventesffois nuysent.
590Ceulx qui se devisent
Et les motz n’avisent,
S’en treuvent deceuz.
Puis que née suis
Nouvelles je n’euz
595Si très desplaisantes.
Bien l’ay-je senty
Quant j’en suis batu
De verges poingnantes.
A quoy tient-il que tu ne chantes
600Maintenant, “Maulgré jalousie,”
Tu l’avois la belle jolye,
Or la voiz tout à ton ayse.[-1]
Pour Dieu, Voysine, qu’on s’en taise,
Je t’en requiers, ma doulce seur.
605Le Dyable ayt part au confesseur,
Car il m’a excommunié
Et asprement discipliné
De verges, il ne m’en dist rien;
Sang bieu, le cueur me disoit bien
610Qu’en la fin ainsi m’en prendroit.
[au Public]†Pour ce, vous tous, gardez-vous bien,
Quant parlerez n’en quel endroit.
Mais qui jamais ne mesprendroit
Aurait de sens trop largement.
615Seigneurs, vueillez pour orendroit
Prendre en gré nostre esbatement.
FINIS
[II.] Farce de celuy qui se confesse à sa voisine.1
[5-6] le premier vers de six syllabes, le second de sept montrent une fois de plus l’inutilité d’essayer de forcer le texte dans une métrique rigide.
[201] Cette allusion à la mort de Roland à qui Turpin apporte à boire dans la Chanson de Roland, est aussi curieuse qu’inattendue.
[207] desvez pour “devez.” La faute est attirée par resvés, dont le sens est aussi: vous êtes fou.
[235] à, peut-être à corriger en ai.
[245] corrompu.
[334] deverois, corr. “devrez”? quoique le changement de personne soit fréquent.
[389] corr. vrayment en vrayement.
[399] Je ne sais si les deux He! Dea forment un vers de 3 ou 4 syllabes.
[414] corrompu.
[†] Éd.: Cette abréviation désigne les rubriques ajoutées par moi.
[†] Éd.
[88:] La fin du vers manque pour rimer avec oeil.
[143.] O: ne.
[†] Éd.
[175,] O: que et. O = original.
[207,] O: desvez.
[208,] O: repantens.
[250,] O: manque un vers pour rimer avec celui-ci.
[†] Éd.
[347,] O: Et.
[†] Éd.
[†] Éd.
[498:] Après le vers “Et que jamais il n’en cust point,” rubrique “la voysine” que j’ai supprimée.
[519,] O: ce.
[544:] Vers incomplet. Manque une rime en orde.
[†] Éd.
[†] Éd.
[†] Lacune. Le compte des vers est impossible.
[†] Éd.
[1] Les titres sont ici abrégés et modernisés.
[vignette]
Je m’esbahis de plusieurs choses.
Je m’esbahis de lettres closes
Et de cent mille oppinions.
Je m’esbahis des oisillons,
5Menus pinchons et alouettes,
Linottes et bergeronnetes,
Qui se laissent prandre au fillé.
Je m’esbahis.
De quoy?
Dis-le.
Si feray-je en temps et en lieu.
10Je m’esbahis.
De quoy?
De Dieu,
Qui distribue benefices
A gens qui n’y sont pas propices.
N’est-ce pas esbahissement?
Je m’esbahis bien autrement
15Et de plus sauvaige façon.
Et de quoy?
Peut avoir la Toison dorée,
Luy fist menger ses deux enfans.
20Je m’esbahis depuis dix ans
Plus que jamais je n’avois fait.
Je m’esbahis de ce qu’on fait.
Je m’esbahis quant l’en fera.
Je m’esbahis quant ce fera
25Que d’envieux ne sera plus.
Qui presta ces quatre chevaux
A Phecton, qui fist tant de maux.
Je m’esbahis, à bref parler
30Où en fin l’en pourra aller,
Et que le monde deviendra.
Et m’esbahis de Phedre†,[[32]]
Qui fut si très fort amoureuse,
Que ce fut chose merveilleuse
Or ne nous esbahissons plus
De bien, de vertu ne de vice,
Tant que nous sachons à Justice
De quoy on se doit esbahir.
40Et nous ostera sans faillir
De tous nos esbahissements.
Du tout à Justice me rendz.
C’est celle qui fait la raison.
Allons vers elle, en sa maison.
[Ils entrent chez la Justice]45Veez-la là, l’espée en la main.[+1]
Dame, fille du hault roy souverain,[[46-75]]
Throsne d’honneur et de magnificence,
Tous esbahis de veoir le corps humain,
Nous presentons devant vostre presence,
50Vous suppliant nous donner congnoissance
Dont procèdent tant d’esbahissemens,
De fantasies et tant d’empeschemens,
Car vous estes nostre propre nourrice,
Ainsi qu’il gist à noz entendemans;
55Tout ira bien, s’il court bonne justice.
De toutes pars, fantasies nous sourdant
On ne voy onc riens securité;[-1]
Les ungz pleurent, les autres bouheurdent,
D’anfans chantans, menans jocundité,
60Les ungs règnent en grant felicité;
L’un gist en bien, l’autre en mal et en vice,
Mais nonobstant par vous bien medité,
Tout yra bien, s’il court bonne justice.
Imbeciles par qualités obices,
65Moitié obscurs et moitié interestres,
Tous obfusquez par vertueuses bestes,
Lours, ineptes ainsi que povres aestes,
De Cerberes évacues les testes,
De faulx felix tout comble de malice,
70Mais nonobstant broulemens et molestes,
Tout ira bien, s’il court bonne justice.
Princesse, en qui gist tout nostre esperance,
Chacun de nous s’en tient vostre novice,
Car nous avons sur ce ferme creance,
75Tout ira bien, s’il court bonne justice.
14 vo]Enfans, qui vous est propice[-1]
Qui tant de beaux motz blasonnez,
Vous me semblez tous estonnez,
Et gens fort merencolieux.
80Moitié tristes, moitié joyeux,
Non pas estonnez proprement,
Mais ravis d’esbahissement
Et de petites fantaisies.
Ce vous vient de merencolies.
85Et vostre non?
Les Esbahis.
Les Esbahis, mais quelz devis,
Les Esbahis à quel propos?
Et estes qui?
Vos vrays suppotz,
Vos petits clercs et serviteurs.
90Et puis, enfans, que dient les cueurs?[+1]
Vous me semblez esbahis tous.
Pardieu, dame, si sommes-nous.
Esbahis, il court si bon temps,
Et n’estes vous pas bien contens?
95Craignés-vous à mourir de fain,
Si bon marché avez de pain,
Et aussi avez-vous de vin?
Et prince tant doulx et begnin,
Il n’y a de tel dessoubz les cieulx,[+1]
100Et puis Paix. Que vous fault mieux?[-1]
Nous avons ce que nous avons,
Les bledz sont beaux et les vins bons.
N’est-ce pas donc bonne police?
Vous n’estes pas par tout, Justice.
105Que sçavez-vous s’en ung tonneau,
On met le vieil et le nouveau?
Que sçavez-vous se boullengiers
Ont bledz puans en leurs guerniers?
Que sçavez-vous se les sergens
Sont bons larrons ou bons marchans?
Que sçavez-vous se chicaneurs
Desrobent l’argent à plusieurs?
115Que sçavez-vous se medecins
Parviennent tousjours à leurs fins?
Que sçavez-vous si une† nonnain[+1]
Peult bien avoir le ventre plain?
Que sçavez-vous [se] une abesse
120Se desjune sans ouyr messe?
Que sçavez-vous si ung gendarme
S’enfuit bien quant on crie alarme?
Que sçavez-vous quant une femme
Si est putain ou preude femme?
125Que sçavez-vous si à Paris
Vous estes gens bien esbahis
Et de diverses oppinions.
A tant de proposicions
130Respondre ne m’est propice.[-1]
Et pourquoy donc, dame Justice,
N’en avés-vous pas la puissance?
Tout ne vient pas à congnoissance,
Car il y a mainte matière,
135Que plusieurs larrons par derrière,
Desrobent pour vous dire à tous.
Pourtant nous esbaïssons-nous!
Plusieurs besongnes sont brassées,
Tant en ait en dit que en penscée
140Dont je ne sçais rien bien souvent.
C’est dont vient l’esbahissement.
De tout ce que je puis congnoitre,
Je y vueil bonne justice mettre,
Mais il est trop de fines gens.
145C’est dont vient l’esbahissement.
Quant ung larron est attrappé,
Le sergent qui l’aura happé
Le laira, mais qu’il ait argent.
C’est dont vient l’esbahissement.
150On m’a bien donné à entendreA III.
15 vo]Qu’on en a fait noyer ou pendre
Plusieurs sans mon consentement.
C’est dont vient l’esbahissement.
Je m’esbahis des gens de court
155Qui ont tant broué sur le gourt
Et puis après les vis deffaire.
J’y estois moy; je le fis faire.
Je m’esbahis d’ung coup de main
D’une espée donné soudain,
160Donc noble teste cheut à bas.
D’Orbatus je m’esbahis fort,
Qui son nepveu dompta à mort
Estant en son lict mortuaire.
165Je y estois moy: je le fis faire.
Que par la femme de Urie qu’il veit
Le fist mourir: c’est pit[e]ux cas.
Par ma foy, je n’y estois pas.
170Aussi de Aman suis esperdu,
Qui devant son huis fut pendu
Au propre gibet qu’il fist faire.
Je y estois moy; je le fis faire
Pour monstrer qu’il vouloit trahir.
175Assez ne me puis esbahir
De la tromperie et finesse
D’aucuns prestres qui chantent messe
Après qu’ils ont mengé et beu.
Mais par ta foy, en as-tu veu?
180Je m’esbahis quant adviendra
Le temps que plus il ne viendra,
A mon huis, un tas de merdailles
Pour demander l’argent des tailles;
N’est-ce pas l’esbahissement?
185Et moy, je m’esbahis comment
Vivront ces gendarmes cassez.
Je m’esbahis des trespassez
Que l’en ne prie Dieu pour eulx.
Je m’esbahis de malheureux
190Qui sont boutés ès gras offices
Je m’esbahis de benefices
Que l’en vend à deniers comptant.
Ne vous esbaïssés plus tant.
Tant que soyés à ma maison
195Je vous feray droit et raison,
Mais il convient estudier,
A Dieu servir et le prier
Et puis craindre et aymer Justice,
Tant comme il vous sera propice,
200Saurés bien comme je presupose.[+1]
Mais vous obliés une chose
De quoy vous deussez esbahir.
De quoy?
De ce qu’il fault mourir.
Vous en esbahissez-vous point?
205Nenny, pas moy.
Ne moy.
Ung point.
Aussi fault passer ce passage,
A toutes gens, si n’est pas saige,
Qui n’y sçait mettre son penser.
Toutes gens fault par là passer,
210Mais puis qu’on ne peult mort fuir,
De quoy se doit-on esbahir
Ne entrer en si grant esmoy?
Voullés-vous demourer o moy?
Certes ouy, Dame Justice,[-1]
215Tous humbles soubz vostre service
Esperans avoir de vous biens
Sans envers vous faillir de riens.
Mes enfens, donc je vous retiens,†[[218]]
Car loyaument vous apprendray,
220Et garderay et deffendray
De tous oultrage et villennye.
Adieu, toute la compaignie!
FINIS
[16 verso blanc]
[III.] Farce des Esbahis. Il y a une pièce de Grévin, toute différente, qui porte le même titre. Celle-ci est une sottie.
[28] Le mètre empêche de corriger Phaéton.
[35] Saphire, altération de Sapho, la poétesse grecque.
[46-75] ballade.
[162] D’Orbatus, je n’ai pu résoudre cette énigme historique.
[vignette]
Quel dommaige qu’ung grant couraige
Comme moy n’a point l’avantaige
Des ennemys, j’entens la proye.
Je les tueroye, j’en abatroye,
De mourir si soubdainement;
La chose qu’il aimoit le mieulx,
Me laissa en son testament,
C’est sa lance; j’en suis plus fier,
10Se trouvasse où l’employer.[-1]
Et vecy bien pour enraiger
Que je n’ay pas ung blanc vailant,
15Toutes victoires estoient siennes;
Au moins en avoit-il le los
En toutes guerres terriennes,
Tant chrestiennes que payennes;
Il despescheoit tout à deulx motz.
20Vecy droictement à propos;
J’aperçoy delà gens mouvoir.
Capitaine de Sot Voulloir,
Honneur; je vous cherche par tout.
Mettons-nous dessus le beau bout,
25Ce sera une belle bende
De racompter nostre legende,
Pour nostre bruit espouventable.
Tout est venu; mettés la table,
Tout beau car je suis estonné,
30Si suis-je bien embastonné.
J’ay l’arc, Dieu en pardoint à l’âme,
Du franc Archer du Boys Guillaume,
Sa salade et ganteletz,[-1]
Dague pour ferir aux pouletz,
35Deux flèches bruslés par le bout.
Et puis comment se porte tout,
Fait-on plus nulz coups dangereux?
Sot Vouloir, homme oultraigeux,[-1]
Vous vous faictes par tout sercher.
40Sus gallans, sus! il fault marcher
Fierement en toutes rencontres.
Capitaine, sans faire monstres,
J’ay ataché ung escripteau
18 ro]Icy près, contre ung posteau,[-1]
45Que gens fors et aventureux
Viennent et ilz seront receuz
Soubz nous troys.
C’est fait d’un grant sens.
Et que ceulx seront innocens
Qui se trouveront en ma voye.
50La char bieu, nous crirons Montjoye,
Si j’en trouvons ung à l’escart.
Quel lance!
Quel arc!
Quant est à moy, je les pourfendz.
Je les fais trembler sur les rencz.
55N’ay-je point baillé sur les dens
A d’aucuns, et tomber adans
De mes mains, mais ils sont cassez.
Dieu ait l’âme des trepassez
En son seculorum, amen.
60Mais en beau sang de crestien,
Je me suis autres foys disnay.
Et moi que je me suis baigné
Comme en eaue de belle fontaine.
J’ay veu autrefois capitaine
65Les mains plus rouges que crevisses.
On en eust bien fait des saucisses,
Tant l’eusse depecé menu.
Ce qui est fait, est advenu.
Il faut penser doresnavant
70A faire plus fort que devant
Et chascun se face valoir.
Capitaine de Sot Vouloir,
Vous ne serez pas escondit,
Il souldra sur nostre edit
75Qui est là endroit attaché
Quelque huron enharnasché.[[76]]
Chantons. Je m’en voys le ton prendre.
Adonc ilz chantent tous troys ensemble
ce qui s’ensuit:Nous en irons sans plus attendre
80Les Bourguignons nous attendons
Marchons ung grant pas fierement.
Maistre MYMIN, hasbillé en Badin, d’une
longue jacquette, et en beguyne, d’un
beguin, ayant une grande escriptoire,
en chantant:Et comment, comment et comment?
Sont pelerins si bonnes gens?
En advisant l’escriptoire dit:Ha! Ha! Qu’esse-là voirement?
85Qui a là mis cette cedulle?
Mais seroit-ce point une bulle,
Ou quelque lettre d’une cure?
Lire la vois à l’adventure:
P. trenchié: par; s.i. si.
90Par cy, ha dea, quesse? et quesse cy
Au cul couppeau d’ongnons?[-1]
Hen! “S’il est aucuns compaignons,
Soient de ville ou de villaiges,[-1]
Qui veullent avoir bons gaiges[-1]
95Du Capitaine Sot Voulloir,
Du Seigneur de Petit Povoir
Et le Soudart de Froit Hamel
Qui a cy mis son escriptel.”
La mort me vienne bientost querre,
100Se je ne m’en voys à la guerre.
Ma mère, hau!
Je voys, je voys,
Tu as encore belle voix!
Que Dieu la te vueille saulver,
Mais tu la pourrois bien grever.
105Certes, je m’en vois à la guerre.
Qui l’a dit?
On m’est venu querre,
Je dy, j’ay leu ung escriptel
Où il met: s’il est quel ne tel,
Qui vueille recepvoir bons gaiges
110Pour les chevaulx et pour les paiges,
Vienne.
Est ce qui te amaine?†
Je m’en vays veoir le capitaine,
Car je porteray sa devise.
Que feras-tu de ta clergise?
115C’est pour messire Bavotier,
19 ro]Le curé de nostre moustier,
Se je demeure en chemin.[-1]
Et revien-t’en, Maistre Mimin!
Per deum sanctum, non feray.
120Par mon serment doncques g’iray,
Et me deussiés-vous tous destruire,
Je pleure et si me fais rire.[-1]
Tu as tousjours ton saoul de beurre,
Couché en ung lit plain de feurre
125Aussi molet que le beau lin.
Que veulx-tu plus?
Boire du vin
Ainsi comme on a beu les nostres.
Garde tousjours noz patenostres,
Comment qu’il soit! Hee! Mère Dieu!
130Et où veulx-tu aller?
Au lieu
Où sont les vaillans capitaines.
De sanglante fièvre quartaines
Soient-ilz saisis pour leur payement;
Or vrayment, g’iray veoir comment,
135Ils te gouverneront.
Venez.
Je les voy là, tenez; tenez.
Compter les vays: empru, deux, trois,
Du Boys Guillaume fust avecques.
140Et puis que faictes-vous illecques,
Font-ils du raminagrosbis?
Sang bieu, quel gardeur de brebis!
Mes amys, je vous crie mercy,
C’est pour mon enfant que vecy,
145Qui veult devenir gens de guerre.
C’est ung beau gallant par saint gris,
Mais qu’il soit hardy en courage.
Per animam canis, j’enrage
Que je ne treuve à batailler.
150Il est ferme comme ung pillier;
Tenez zac!
Il a forte eschine.
Qui ne le verroit qu’à la mine,
On le jugeroit fol ou fort.
155Il m’a tant cousté à nourir,
Et je voy qu’il s’en va mourir
Il n’en a honte ne demie.
Or ne vous courcés point, m’amie,
Nous l’armerons si bien en point
160Qu’on ne sauroit trouver en point
A luy faire mal d’une eguille.
Il est mouvant comme une anguille,
S’il n’eut été si frenatique,
Nous l’eussons fait homme d’église,
165Moy et son père, Raoullet.
M’amie, il est bien où il est.
Qu’il pourra avoir tel butin
Qu’il s’en sentira à jamais.
170Dictes-vous?
Ouy, je vous prometz ainsi.
On a souvent telle adventure.
Las! Où s’en va ma nouriture,
Maistre Mimin, tu demoureras.[+1]
Or fais du mieux que tu pourras.
175S’il vous plaist, vous le conduirés;
Mon filz, ce que vous gaignerés,
Raportez-le à la maison.
Si feray-je.
C’est bien raison;
Il vous en envoira de beaux.
180Je vous recommende noz veaux.
Qu’on maine les cochons au boys!
Donnés à mon chien turquoys
Mon desjuner et mon soupper.
Veulx tu plus rien?
185Qu’il preigne garde à ses bestes,
Et qu’il me garde mes sonnettes,
Avecques mon moustier d’ymaiges
Aux enseignes de six fourmaiges
190Ton père ne dois oublier;
Ce n’est pas bien fait, mon varlet.
Retournés-vous-ent,
Car plus y serés longuement,
195Et plus de mal vous en feroit.
Messeigneurs, gardés-luy son droit,
Je le vous recommant, et Adieu.[+1]
Que de babil, par le sang bieu!
Il fault armer maistre Mimin,
200Et puis empoigner le chemin,
Ma foy, je n’ay point peur de dyable,
Je suis clerc et maistre passé.
Qui vouldra cantemus basse,
205Et puis nous irons nous combatre.
C’est bien dit; il est bon follastre.
Sus, qui sçaura rien, si le monstre,
Chantons et je feray le contre.
Adonc ilz chantent tous ensemble
ce qui s’ensuit:“Ilz s’en vont trestous en la guerre,
210Maintenant les bons compaignons,
La renommée court grant erre,
Que dagues ont sur les rongnons.”
Ha! Mère Dieu! Quant je m’avise,
Mimin, tu pers bien ta clergise,
215Tu me donnes bien du courroux.
Gens d’armes, maulditz soiés-vous,
Par la croix bieu de paradis!
Je verray comment sont hardis,
Et si sera tout à ceste heure.
220Que maistre Mimin leur demeure,
Mon fiz, mon enfant, ma figure,
Vrayment g’y bouteray remède,
Et si n’y demande point d’aide.
Adonc ilz chantent ensemble
ce qui s’ensuit:225Aux armes, aux armes, aux armes!
Maistre Mimin, tiens bons termes.
Qu’esse-cy?
20 vo]Ces brigandinas.
Oste ce latin, poitrinas,
Crie en tout lieu qu’on arrive
230Fierement: “Qui vive?”
Qui vive?
Mais il vault mieulx que je l’escripve.
A mort!
A mort! fuyons-nous-en!
Ha! Velà bon commencement,
Tien, vestz ce jacques, tu te haulse.
235Ainsi en fait-on en Beaulse,[-1]
Pour gueter beste à l’acul.[-1]
Comment t’armes-tu sur le cul?
Encor j’ay peur d’estre fessé.
Velà gentement commencé.
240J’en ay veu d’autres, ne vous chaille,
Or sus! irons-nous en bataille,
Et n’auray-je rien sur ma teste?
Tien cecy.
Hé! Qu’il est honneste,
Celle capeline de fer,
245Or vienne le dyable d’Enfer,
A sçavoir se je ne le tue,
Qu’auray-je puis?
Cette massue
Pour jouer à double ou à quitte.
Tout le monde mettray en fuite,
250Puis que m’y metz propos final,
Mais qui nous pourroit faire mal?
Et nenny non; cela n’est riens.
Sur leurs voysins au pis finer.
255Ce n’est pas pour ung desjeuner
De tous ces folz baragouins.
Mimin s’en va frapper dedens!
21 ro]Capitaine, soyés marchans
260Après moy.
As-tu peur, ribault?
Si nous sommes prins [e]n sursault,
Frapperay-je par sur le nez?
Affin que vous y aprenez,
Au hault du manoir tout ainsi.
265Et voire ent. Dea, et qu’esse cy,
Qui te pend?
C’est mon escriptoire
Pour mettre trestout en memoire,
Ceulx que nous y assommerons.
C’est bien dit. Or nous en allons.
270Au col ton baston ne desbauche.
A Dieu, me comment à la gauche,
C’est cy grant empeschement[-1]
Se je meurs, par mon testament,
Je n’ay peur signon de mon col,
275Je laisse mon habit au fol,
Dieu pardoint, à Raolet, mon père,
Et tous beguins, et à ma mère,
Et se je meurs en cette guerre,
Pour ceulx qui me mettront en terre,
280Je diray ung de profundis.
Devant qu’aller en paradis.
Truc, truc, prenez-les, prenez-les!
Et si n’en faictes nul relais,
Nomplus qu’on feroit d’une autrusse.
285Je ne sçay par où je me musse,
Capitaine de Sot Vouloir,
Le Seigneur de Petit Povoir,
Me laisserés-vous?
Paix, bourrell
290Parle bas, tu nous feras prendre!
S’on estoit quitte pour se rendre,
Mais nenny, ilz sont plus que nous.
Et où grant deable courés-vous,
Me laisserés-vous tout seullet?
295Ilz approchent!
Gardons les coups!
Et où grant dyable, courés-vous?
Qu’estrangler vous puissent les loups!
Ha! que ce jeu me semble laid.
Et où grant dyable, courez-vous,
300Me laisserez-vous tout seulet?
A eulx tost, arrive, arrive,[-1]
Qui vive, qui vive, qui vive,
Mais où gibet sont-ilz allez?
Où sont ces grans vanteurs coulés,
305Qui contrefaisoient les vaillans?
Ilz s’en sont fouys les vaillans,
Ilz s’en sont fouys les gallans.
Maistre Mymin, Maistre Mymin!
Ha! par mon serment, je t’ay ouy,
Encore a le plus grant honneur.
Ce ne suis-je pas, mon seigneur.
De frayeur le cueur me fremie.
315Je l’os bien.
Ce ne suis je mye,
Par ma foy.
Vien ce, s’il te plaist.
Et qui t’a mis icy derrière?
Qui estes-vous?
Je suis ta mère.[[319-326]]
320De ce dire avez beau precher,
Car ma mère n’est pas vachère,
Qui estes-vous?
Je suis ta mère.
Vous seriés plustost mon père,
Qui cy viendroit pour moy sercher.
325Qui estes-vous?
Je suis ta mère.
De ce dire avez beau prescher.
Pour cause que je t’ay si cher,
Je me suis en cest estat mis.
On doit radresser ses amis
330Le mieux qu’on peult, sans aucun blasme.
Il n’est finesse que de femme,
Quant elle veult appliquer son sens.[+1]
Vien-t’en, mon doulx enfant.[-1]
Au monde n’est chose si chère.
335Touteffois estes-vous ma mère?
Ma mère avoit si grans dens:[-1]
Ouvrez que je voye dedens.
Je les voy, ma mère Lubine.
Quel adventure de cuisine;
340Ilz sont partis couardement.
Ma mère, retournons-nous-en.
Trois jours a que je ne souppay.
Je sçay bien que je te donneray![+1]
Mais par le vray doulx Roy celeste,
345Vous serez dedens trois jours prestre,
Ou jamais vous ne le serés.
Donques vous me desarmerés;
Je ne chanteray pas ainsi:
en chantant:Per omnia!
Partons d’icy.
350On dist bien vray, c’est chose clere:
Il n’est vraye amour que de mère.
Pourtant vueillés nous pardonner,
Seigneurs et dames, hault et bas.
Ce lieu voulons habandonner.
355Prenés en gré tous noz esbatz!
FINIS
[22 verso blanc]
[IV.] Farce de Maistre Mimin qui va a la guerre. Sur MAISTRE MYMIN et ses parents, LUBINE et RAOULLET voir mon introduction.
[5] O, Thenot . . . crueux.
[33] Le Franc Archer de Bagnolet et celui de Cherré sont bien connus (cf. Introduction) mais non celui du Boys-Guillaume.
[56] Adans = adents, face contre terre.
[76] edit, c’est l’escripteau du v. 92.
[97] Le Soudart de Froit Hamel m’est inconnu.
[138-139] Qu’est-ce que ces Genevois du Boys-Guillaume?
[265] ent à corriger: ens.
[266] qui = quoi.
[274] signon corr.: sinon.
[319-326,] rondel.
[331.] Dans Maistre Mimin estudiant, le MAGISTER dit: “Il n’est ouvrage que de femme” (Trois Farces du recueil de Londres, éd. P. Philipot, 1931, p. 161, v. 385).
[vignette]
23 vo]FARCE NOUVELLE DE COLIN, le FILS THEVOT, QUI REVIENT DE NAPLES ET AMAINE UNG TURC PRISONNIER
Vive monseigneur le maire[-1]
Et aussi mon grant filz Colin,
Pleust à Dieu qu’il peust tant faire[-1]
De mettre le grant Turc à fin!
5Il reviendra quelque matin;
Il y a tantost six moys passez
Qu’il partit sans point de procès.
S’une fois il a entreprins,
Rende-soy Naples, il est prins,
10Et se garde qui s’aymera,
Car jà homme n’eschappera,
Qui ne soit par luy prins ou mort,
Ou soit à droit ou soit à tort,
Tredame, il est fier comme ung lyon;
15Vous ne veytes onc tel champion,
Ne plus vaillant homme de guerre
Pour tost s’en retourner en guerre.
Mon grant-père, sa hardiesse
En cuidant acquerir noblesse,
20Pour ce qu’i se reculloit derrière,[+1]
Tumba dedans une carrière,
Et fut leans pour se retraire.
Dieu vous gard, Monseigneur le Maire,
Je vous viens demander justice.
25C’est grant fait que d’avoir office,
Et bien bien je la vous feray.
Ha! Monseigneur, je vous diray;
Il est venu ung gentillastre,
L’autre jour, jusques à mon astre,
30Après disner, la relevée,
Tuer ma poulle grivellée,
Celle qui ponnoit les gros oeufz.
Mais estoit-il tout seul ou deux?
Declairez moy bien vostre cas.
35Deux, nenny; il n’y estoient pas.
Il n’y avoit qu’ung grant testu,
Qui avoit ung jacques vestu
Qui mist ma geline affin.[-1]
Seroit-ce point mon filz Colin?
40Il frappe de taille et d’estoc.
24 ro]Monsieur, il tua mon coq,
Et si me fist de grans oultrages,
Encore print-il deux formaiges,[-1]
Ma foy, c’est ung mauvais garson.
45Il fault faire la formation,
Pour sçavoir lequel ce peut estre.
Encore mist-il sa jument paistre[+1]
En mon jardin pour me pis faire,
Il est vray, Monseigneur le mère,
50La verité sera trouvée.
Le dyable ayt part à l’armée,[-1]
Mon père, hau! je suis venu.
Colin, es-tu ja revenu?
Comment se porte la bataille?
55Vous n’avez garde que je y aille,
Tant que j’auray la vie au corps.
y en a-il eu guères de mors?
Racompte moy de tes nouvelles.
Et où sont Vicestre et Grenelles?
60Tu n’en fais point de mencion.
Je les laissé en ung buisson,
Où il se tindrent pour l’assault.
Ilz trembloient, et si faisoit chault,
Mais c’estoit de peur seullement.
65Mais dictes-moy, vostre jument,
Mon père est-elle venue?[-1]
La jument? Mais l’as-tu perdue?
Par ma foy, quelq’un la happa,
Car veez-vous, elle m’eschappa.[+1]
70Je ne sçay qui c’est qui la print;
Je luy avoys dit qu’elle s’en vint,[+1]
Par Dieu, et si luy en feis signe.
C’est vous qui tuastes ma gueline,
Je vous congnois bien maintenant.
75Et puis quant j’alay courant,[-1]
Quant nous fusmes par devers l’armée,[+1]
On dit qu’il y avoit journée,
Par ma foy, vous devés penser,
Qu’ilz estoient tous vestus de fer,
80Et j’avoye mon jacques de toille.
Ha! par ma foy vous la tuastes
D’une dague à large rouvelle.
85Trois jours devant je vous vis à elle,[+1]
Doys-je dire j’ouys† sonner
Clerons, et moy de retourner.
Il ne faisoyt pas bon au lieu.
Vous la printes, par le corps bieu,
90Alleluya a coquolicoq.
Et puis vous tuastes mon coq.
Monseigneur,† faistes m’en justice.[[92]]
Colin, ce fut à toy ung grant vice,[+1]
Se tu fis tout ce qu’elle dit.
95Cuidés-vous que j’eus grant despit,
Quant je perdis mon hault bonnet,[[96]]
La vielle me print au colet
Et me vint bailler sur le groing,
Par Dieu, cinq ou six coups de poing
100Et print mon bonnet sur ma teste.
Et comment estes-vous si beste
De te gouverner de tel sorte?
Le corps bieu! La vielle estoit forte!
Pensez; s’elle ne m’eust abatu,[+1]
105Ma foy, elle ne m’eust pas batu,
Mais touteffois j’en euz très bien.
Et dea! Colin, je t’avoye bien,
Par Dieu, racompté ta leçon;
Tu ne congnois pas la façon.
110Du temps qu’à la guerre j’estoye,
Sces-tu bien comme je fesoye:
Je tenoye tousjours pied à boulle.
Vous eustes mon coq et ma poulle;
Je vous supplie, despechez-moy.
115Colin, ce fut mal fait à toy
De perdre ton jacques en ce point.[+1]
Ne pensez vous pas que en pourpoint
On court mieux que tout vestu?[-1]
Ce fut à toy bien entendu;
120Tu as ung bel entendement.
Je le feis si secretement,
Que j’eschappay par devant tous.
25 ro]Et par ma foy, si fustes-vous
Qui montastes en ma chasière.
125J’estoys en nostre chennevière;
Il fault dire du bien le bien.
Monseigneur le Juge, de rien
Je ne vouldroye jamais mentir.
Mon père, pour vous advertir,
130Prenez que j’ay esté vaillant,
Combien que j’ay perdu comptant,
A l’erme mainte bonne bag[u]e.
Colin, et monstre ça ma dague;
Long temps a que ne l’ay tenue.
135A tredame, je l’ay perdue!
La vielle la print au fourreau.
Se n’eusse reculé tout beau,
Je cuide qu’elle m’eust frappé,
Mais touteffois j’en eschappé,
140Car, par ma foy, je m’en fouy.
Vous la printes dedans le ny,
Aussi tost que vous arrivastes,
Je sçay bien que vous la fourrastes
Incontinent en la besace.
145Quand nous fusmes devant la place,
Je ouys sonner drain, drain, drain,
Et moy de regarder le train;
L’ung crioyt: torche, frappe, tire!
Que scez-tu?
Je l’ay ouy dire.
150Quant j’ouys crier à l’enseigne,
Je vins derrière une montaigne
Et laissay tous mes compaignons.
Que venez nous icy bruiller?
Ha! tout beau, Colin,†[[158]]
Reculez-vous, il est hardy!
160Tout aussi vray comme je dy.
Ha! je vous ay bien advisé
Combien que soyés deguisé.
25 vo]Vous aviez ung hocqueton
Tant espés.
Nous en jugeron
165En temps et en lieu, ne vous chaille!
Vous la mengastes ma poullaille,†
Et aussi feistes-vous mon coq;
Faictes-moy justice, Thevot,
Se je dois dire, Mon Seigneur,
170Il me fist plus grant deshonneur,
Et je vous diray la manière:
Il empoingna ma chamberière,
N’estoit-il pas bien maucourtois?
Et si luy fist deux ou trois fois.
175Est-il vray?
Ouy, je les y trouvay,[+1]
Le cas est congnu et prouvé;
Il n’y convient pas d’autre preuve.
Mais cuidés-vous, quant on se treuve
Seulement à les veoir de loing,
180Il est bien de fouir besoing:
On y donne de mauvais coups.
Thevot, je vueil parler à vous!
Se vous n’en faictes autre chose
De ma cause, je m’y oppose,
185Et fornicallment j’en appelle,
Et s’il fault que je me rebelle,
Je mettray aligation
Sans vostre juridiction,
Et m’en croiray aux accidens.
Il me suffist: je m’en iray.
[Elle sort]†
Affin que plus on n’en devine,
Ce fut moy qui tuay la geline.
195Elle court et je faux acoup†
Atout ma dague et fais: “soup”.[-1]
Je la frappé en trahison.
Colin, la femme avoit raison;[[198]]
Mais escoute que je te dy,
200Et comment fus-tu si herdy,
Tu la fuyois jusques à la mort.[+1]
Mon père, j’ay bien fait plus fort,
Et pour cela, ne plus ne mains,
J’ay bien aultre chose entre mains,
205Que vous verrez tantost en place,
26 ro]Ce n’est pas comme de la vache,
Que vous emblastes une fois.
210Mon père, j’ay ung prisonnier,
Que j’ay attrappé en chemin.
Je croy que c’est un Sarazin,
Car il parle baragonnoys.
Je le prins au pié de la croix,
215En venant de Naples à Romme;
Vous ne veistes onc ung tel homme,
J’ay esté vaillant, Dieu mercy!
Colin, amaine-luy icy,
Velà bien besongné à toy.
220Venés donc avec moy,[-2]
Ou aultrement je le lairé:[-1]
Il porte ung grant baston ferré,
Par Nostre Dame, je le crains.
J’ay mon bon baston à deux mains.
225Où l’as tu bouté en prison?
S’il n’est bien [en] forte maison,
Je l’attrapperay, si je puis.
Je l’ay bouté derrière l’huys;
Il n’a garde d’en eschapper.
230Veez-le là.
[Il fait sortir le Pélerin de la maison]
Veult-il point frapper?
Regarde-le-moy à la trongne.
Ça, maistr[e], ça, je vous empoigne!
Regarde se je suis vaillant.
L’as-tu bien conquesté si grant?
235Colin, tu es vaillant homme![-1]
Et je le prins au premier somme,
Entandis qu’il dormoit,[-2]
Et j’escoutoye où il ronfloit,
Alors le couraige me crut.
240De peur qu’il ne t’aperceu[s]t,
Il estoit saison de le prendre.
[au Pelerin]Combien de rançon veux-tu rendre?
Mais que dyable esse qu’il demande!
Je n’entens point son jobelin.
Parle-il françois ou latin?
Je n’en sçais, sus ma conscience.
Filos meretrefalement.
Veult-il faire son testament?
Colin, demande luy cujus casus,[+1]
De ton latin en sces-tu plus?
255Tu as tant esté à l’escolle.
Sarderefore basterolle
Hoart zoart belle fredac.
Avoit-il rien en son bisac,
Quant tu le prins premierement?
260Tu le happas subtillement
Tu fus vaillant, il le failloit.
Et je le prins où il dormoit:
Je n’en fusse pas arrivé.
Haon mar god toul te rivé
Mais quelle lettre esse qu’il nous monstre?
Monstre-la ça, mon filz Colin,
Je cuyde qu’elle soit en latin.[+1]
Uni, uni, universis,
270Que je ne sçay où j’en suis:[-1]
Inspect, inspect, inspect . . .
Inspecturis[+2]
A tredame, tu l’as trouvé!
Ma foy, j’estoye fort troublé,
Je la lisoye à revers;
275Mais il est tant de mauvais clercs!
Pensez que vecy mal escript.
Je cuide que la lettre dit
Qu’il s’en va en pelerinage.
Ouel, ouel!
Il disoit bien au couraige,[[279]]
280Ma foy, qu’il estoit pelerin;
Je le congnois bien au latin.
Le dyable ait part en la prinse.
J’en eusse eu vie[le] robe grise,†[[283]]
Colin et ta mère de mesme.
285S’il eust esté de Sarazinesme,[+1]
27 ro]Il eust payé plus de six mille solz.[[286]]
Deslie tost, nous sommes foulz;
Tu n’as pas fait nouveaux esplaitz,
Il fault aller tenir noz plaitz,
290J’ay bien aultre chose affaire[-1]
Il s’en va firli firlibois,
Pardieu, à saincte Katherine,
295Colin, la lettre le decline.
Vous n’entendez pas la feçon;
C’est Nostre Dame de Cleron,
Par ma foy, je croy qu’il y va.
Par sainct Père, c’est donc cela!
300Je n’avoye pas bien extringué
Ou je cuide que le curé
Y mist de mauvais latinaige.
Quant je l’avisé au visaige,
Affin que bien je vous die[-1]
305Je cuidoye qu’il fust de Turquie,
Pour ce qu’il estoit si très grant.
Laissons cecy pour maintenant.
Qu’ay je fait de mon escriptoire?
Il me convient mettre en memoire
310Le cas de mes memoriaux.
Comment espeleray-je houseaux?
H. O. U. s. i. a. u. x. siaux.[+1]
Par saint Jacques, tu dis bien[-1]
Mais je ne sçay si je oublie rien;
315Il fault regarder hault et bas.
Et perdray-je l’oye et le jars,
La poulle et le coq ensemble?
Fault-il qu’on desrobe et emble
Aux povres gens ainsi le leur?
320Je m’en vois par devers Monseigneur,[+2]
Et luy porteray de mes pommes.
[à Thevot]Monseigneur, entre nous qui sommes
Subjectz dessoubs vostre justice,
Vous nous devez garder police.†
325Escoutez, car voicy pour vous,
Et pour dieu, que me soiez doulx!
Onc ne tatastes de telle pomme.[+1]
27 vo]Venez vous comparoir soulz l’orme!
Vous aurez expedition.
330Voicy encore en mon geron
Du frommaige ung bon quartier.
Il fait bon estre officier;
Ilz ont tousjours de grans prouffitz,
Colin, escoute ça, mon filz,
335Il est saison que on desplace.
Je vays mener paistre ma vache,†
Je reviendray incontinent,
Vous me trouverez seurement
Soubz l’orme, où vous m’avez dit.[-1]
340Colin, pardieu, j’ay grant despit
Qu’i me convient aller à pié![[341]]
Le grant diable en soit loué,
Quant tu perdis nostre jument.
Le dyable soit au perdement,
345Et quant onc je fus à la guerre,
Jamais ne partiray de ma terre,[+1]
Par le sang bieu, ne de mon pays.[+1]
Que feras-tu?
Ventre Saint Gris,
Tousjours me venez harier!
350Et bref je me veulx marier.
Marier, et à quelle fille?
A la fille Gaultier Gargille.
Je seray son mary, pardieu;
J’ay parlé à elle en ung lieu,
355Et si me dist à l’autre fois,
Quant nous escossions les poys,
Elle est assez belle fillette,
Se ne fust qu’elle est boiteuse.[-1]
360Ba, ba! elle est joyeuse![-2]
Or laissons icy ce procès,
Il nous fault aller tenir nos plès;[+1]
J’ay bien autre chose à faire.[-1]
Allons! demouras-tu derrière?
365Je vais après incontinent.
Or sus, allons vistement;[-1]
Il fault aller nos plaiz tenir.
Adieu, jusques au revenir.
FINIS
[V.] Farce de THEVOT qui vient de Naples. Celle-ci n’est pas inconnue (cf. Répertoire, 121, qui donne Thenot pour Thevot). Elle figure dans le Recueil du British Museum et a été réimprimée dans l’Ancien Théâtre Français de Viollet-le-Duc par A. de Montaiglon (t. II, pp. 388-405). Elle a survécu aussi dans le Recueil Rousset (1612); Colin, fils de Thenot le Maire (le doublet Thevot, Thenot s’explique par Thevenot, diminutif d’Etienne).
Notre texte, quoique différent dans le détail, est plus proche de B.M. (British Museum).
[1] B.M.: Thevot, Monsieur le Maire.
[14] B.M.: car il.
[17] B.M.: P. t. s’en r. grant erre (plus correct).
[18] B.M.: M g p. par h.
[20] B.M.: Pour ce qu’il reculoit derriere.
[22] Nic. R.: Où mourut sans qu’on l’en peust traire.
[24] B.M.: Je viens vous . . .
[33] B.M.: Estoit-il tout seullet, ou d . . .?
[38] B.M.:. . . ma grant jeline . . .
[41] B.M.: Monseigneur . . .
[42] B.M.: Et il
[45] B.M.: l’information
[47] B.M.: Encore mist s.j.p.
[51] B.M.: Le dyable y ayt . . . à l’année.
[57] B.M.: En y a il beaucoup de mortz?
[59] J’ignore qui sont ces personnages, portant des noms de lieux.
[66] B.M.: elle pas v.
[69] B.M.: V.u.
[73] B.M.: Vous avez tué ma geline . . .
[75] B.M.: Et que fusmes près de l’a.
[81] B.M.: Ne feistes v. p. d.r.
[82] B.M.: Quant à l’a. a.
[85] B.M.: je vins à e.
[89] B.M.: par la croix bieu.
[90] B.M.: A. coquelicoq
[92] B.M.: Monsieur
[93] B.M.: t. grant v.
[95] B.M.: j’ay
[96] B.M.: m. grant b.
[101] B.M.: Et c’estoys tu s.b.
[104] B.M.: P. c’elle m’eust batu.
N.R.: Si ne m’eust-elle pas battu —
Sans m’avoir premier abattu.
[112] pied à boulle. Je ne comprends pas l’expression. On dit dans le peuple: je ne peux y tenir pied; je ne puis y résister.
[115] Les 5 vers qui suivent sont remplacés dans le Rec. Nic. Rousset, par 11 vers que reproduit Montaiglon (A.Th.fr., t.II, p. 393, n.1).
[130] B.M.: Pensez . . .
[132] B.M.: A l’armée m. b. brague.
[145] B.M.: dedans. N.R.: devant.
[149] B.M.: Qu’en
[151] B.M.: Je vins
[154] N.R.: Ou seul ou avec vos supposts.
[155] B.M.: V. ne venez p. à p.
[157] B.M.: Q. v. vous icy brouiller?
[158] B.M.: Je regni
[166] B.M.: Vous la m.
[169] B.M.: Se doibtz je d., monsieur.
[170] B.M.: fait
[185] B.M.: F.
[186] B.M.: Aussi fault . . .
[190] B.M.: Par bieu e.
[191] B.M.: Meshuy rien je . . .
[195] B.M.: Elle couroit: je saulx a cop.
[198] B.M., après ce vers: De ce plaindre par devant moy.
[199] B.M.: M. e. q. te diray
[200] N.R.: Comment eus tu la hardiesse
De la poursuivre ainsi sans cesse
Tant que tu l’eusse mise à mort.
[207] N.R.: Que comme vaillant et non lasche
Nous amenastes une fois
[216] B.M.: Oncques ne vistes u t.h.
[220] B.M.: V. doncques avecques m.
[235] B.M.: C. tu estois
[237] B.M.: Cependant comme il d.
[238] B.M.: comme il r.
[244] B.M.: my. Le baragouin des Mystères est souvent de l’hébreu estropié. Cf. M. Schwab dans Revue des Etudes Juives, oct.-déc. 1902 et janvier-mars 1903 mais ici je ne vois point de quel langage récl il se rapproche. Got peut être de l’allemand. Jobclin indiquerait qu’il s’agit d’argot, mais ce n’est point celui de Villon en ses ballades.
[250] B.M.: O fillos aes dimplorare. Les deux premiers mots sont grecs: O philos.
[251] B.M.: meretre salment. Meretre = peut être latin meretrix.
[256] B.M.: Sardore, sore, b.
[257] B.M.: “Zohart,” qui pourrait être le livre de la kabale juive.
[264] B.M.: Aaou mac gos tu te rivé
[265] B.M.: Tison
[267] B.M.: M. la moy
[269] B.M., après universis a ce vers:
Les lettres sont si tres menues.
[279] B.M.: Ouel. ouel. peut-être l’anglais well.
[282] B.M.: Le d. y ait p. à la prise.
[283] B.M.: J’en e. en la r.g.
[286] B.M.: S’il le e.s.
[287] B.M.: D. le t.
[291] B.M.: Queste hore commil consere.
[292] B.M.: Il s’en va a Firlibois. Firlibois altération de Fierebois.
[293] Il s’agit de Sainte Katherine de Fierbois où Sainte Jeanne d’Arc prédit qu’on trouverait l’épée qui lui était destinée.
[297] Notre-Dame de Cléry, pélerinage favori de Louis XI.
[298] B.M.: il y a
[313] B.M.: Ha, par
[320] et 322 B.M.: Monsieur
[352] B.M.: Garguille. Cf. Introduction.
[355] B.M.: Et si el me dit l’autresfoys
[360] B.M.: C’est tout ung, en est plus j.
[361] B.M.: ce propos
[362] B.M.: Il fault aller [tenir] n p.
[366] B.M.: sus, sus
B.M. a ce colophon: Icy fine la farce de Thevot et Colin son filz. Imprimé nouvellement à Lyon en la maison de feu Barnabé Chaussard, près Notre Dame de Confort. Mille cinq cens quarante et deux, Le XX de juing.
[81,] O: fais.
[86,] O: je j’ouys.
[92,] O: Moaseinneur.
[154,] O: piros.
[155,] O: penez.
[158:] Manque un vers pour rimer avec celui-ci.
[166,] O: poullaige.
[†] Éd.
[195,] O: il je.
[208,] O: poins.
[243,] est incomplet.
[283,] O: vier ode grise.
[†] Éd.
[324,] O: prolice.
[336,] O: ma vache paistre.
[341,] O: dispit.
[vignette]
LES QUEUES TROUSSEES
“Oncques depuis mon cueur n’eut joye
Que fuz marié de nouveau.”
He! que vecy mauvaise soye;
Elle vient d’ung mauvais pourceau.
5Qu’esse si, bon gré sainct Marceau,
Comment se paillart s’il se lie?
Ha! j’entens bien; c’est cuir de veau;
C’est la cause qui ce amolie,
Et vecy terrible folie
10Sesi ne vault pas ung denier.
Voysin?
Que te fault-il, Gaultier?
Et je ne sçais, par Nostre Dame,
15Si sois; dy-moy, je te requier,
Se tu sces où est allée ma femme.[+1]
Ta femme? Nenny, par mon âme,
Je croy bien qu’elle se devise
Et qu’elle estudie la legende
20Avec les clercs de nostre eglise.
Elle leur fait une chemise
Ou des mouchoirs en leur maison.
Mais qu’il est nouvelle prise[-1]
Se leur est fresche venoison?
25Et la tienne?
En toute saison,
A l’hostel. Où pourroit-elle estre?
Elle est par bieu, en garnison,
En la chambre de quelque prestre
Et on ne la sçauroit mieulx mectre.[[29-34]]
30Mais la tienne; tu n’en dis blasme;
Elle fait le lit de son maistre;
Elle n’y peult avoir nul blasme;
C’est ce qui la fait preude femme;
Elle va jouer. Que veulx tu?
35Foy que doy vertu mon âme,[-1]
30 ro]Si ne fus-je jamais coqu!
He dea! Comment tu es testu!
Et puis?
N’es-tu pas bien rebelle?
Il semble que tout soit perdu,
40Aussi tost qu’on te parle d’elle.
Que maudicte soit la femelle!
Ce n’est que meschant cuir de veau.
Je frappe ung coup de marteau[-1]
Par trop, je ne sçay que je brouille.
Vecy de la soye de pourceau
50Aussi molle comme ma couille.
Que cecy est dur!
Si le mouille.
La 1. femme, ayant la queue de sa robe
longue et trainant à terre qu’il auront
levée:Macé!
Qui est là?
Vous vous faignez.
La [seconde] femme ayant queue pareille
que la première et levée:Vous aurez ung coup de quenoille
Aussi, se vous ne besongnez.
55Mais vous tousjours vous pignez
Ou voz saintures vous saignez;
Mais ce ne sont pas beaux mestiers.
Ma femme, aussi vous groignez,[-1]
L’on m’a bien dit que vous baignés
60Avec d’autres que mes commères.
On fait souvent de bonnes chères,
Mais c’est sans pencer à malice,
Quant on est avec ses compères.A II.
Que vous estes bonnes à l’office![+1]
65Ne vous chaille, c’est ung novice;
Au monde n’est rien plus rebelle!
Se j’estoye vostre nourrice
Je vous froteroye bien soubz l’elle.
Je m’en raporte bien à elle,
70Mais je sçay bien ce qu’on m’a dit.
Le jeu ne vault pas la chandelle.
Or n’en parlons plus; il suffist.
Le grant monsieur qui nous fist
L’autre jour si bonne chère[-1]
75Si m’a mandé par son petit
Gars, que nous ne demourions guière.
Et de partir, par quel manière?
Par quelque excusance legiere
80En fauldra trouver le moyen.
Pensez que nous y ferons bien
Ennuyt la compaignie françoise.
Estront de chien!
Voulez-vous pas bien que je voise
85Ung petit sur une bourgeoise,
Tandis qu’il ne fait pas trop let?
Affin que n’aye point de noise
Par Dieu, allez où vous vouldrez.
C’est pour luy tailler ung collet
90Pour ce que le sien est trop hault.
Fust pour luy couper le sifflet,
Par mon serment, il ne m’en chault.
Mon amy, tandis qu’il fait chault,
Et qu’i ne fait pas trop croté,
95Il me fault, mon mary Michault,
Aller jusques à la cité.
31 ro]Qui vous a si tost invité?
Le macquereau, ouy, par ma foy.
C’est une dame, en verité,
100Laquelle suyt la Cour du Roy.
Voire, mais tous les jours je voy
Par quoy j’ay grant peur par ma foy
Qu’il y ait de la tromperie.
105N’allez pas donc en riblerie.
Que cela je vous feisse acroire
Et c’est, par la Vierge Marie,
Pour enfiller des parlettes.
Voire.[+1]
Je vous en croy; il est notoire
110Que se mot-là j’avoys songé.
[Il rentre chez lui]†
J’ay esté en grant accessoire†
Avant que aye peu avoir congié,
Mais à la fin je l’ay rangé,
En luy faisant acroire songes
115Je cuide que luy ay songé
Plus de cinq cens milles mensonges.
Nous les ferons doulx comme esponges
120Quant les voulons humilier.
Pensons au prouffit singulier
Pour tenir au plus rusez serre.
De nos queues nous fault traigner
Et les abaisser jusqu’à terre.
125Nous envoirons noz mariz braire.
Par bieu, nous les ferons infames!
Allons nous en voir ces gens de guerre[+1]
Qui contentent si bien leurs dames.
[Elles sortent]
Michault.
Macé?
Disons noz games
130Et puis chantons et ferons raige.A III.
Je suis si aise que noz dames
Sont allées en pelerinage.
Ils sont allées en garçonage;
Cuides-tu qu’ilz soient à l’eglise?
135Nous sommes vostre malle rage,
Ort vilain paillart lanternier.
Et fault-il pour ung souffletier,
Veu que mal jamais ne nous vit,
Et aussi pour ung savetier,
140Que nous ayons tant de despit,
Et en parlez-vous, il suffist,
Me faictes-vous si très grant blasme?
Et vrayement je ne l’ay pas dit;
S’a esté Macé, par mon âme,
145Qui m’a dit que par Nostre Dame
Vous estiez toutes deux à la forge.[+1]
Croiez-vous ce paillart infame,
Il a menty parmy la gorge.
Mais qu’esse cy, bon gré sainct George,
150Que vecy longue trainée![-1]
Elles sont propres comme un grain d’orge![+1]
C’est la façon de ceste année.
Vous estes bien habandonnée
D’une si longue queue prendre.
155Qui a la façon amenée?
Je prie à Dieu qu’on le[s] puist pendre.
Voisin, scez-tu où veulx pretendre
A quel fin et à quel moyen.
Coupons ces queues pour les vendre,
160Car cest estat-cy ne vault rien.
Vous, coquin, bourreau, ruffien,
Dictes-vous que les comperés.[-1]
Ha! nous vous en garderons bien,
Par sainct Jacques, vous mantirés.
165Et par Dieu, dont vous sortirés
32 ro]Plus viste que vent de Janvier.
Ma voisine, il nous est mestier
170De trouver qui y remedira.[+1]
Charchons quelque bon savetier,
Je ne sçay moy que ce sera.
Nous irons voir qui m’en croira,
Maistre Aliborum, ung petit.
175Incontinent il nous dira
Ce que nous ferons.
C’est bien dit.
N’en parlons plus il souffist,[-1]
Il nous ostera hors d’esmoy.
[Elles vont chez MAISTRE ALIBORUM]†
Si fois-je moy.
Velà monsieur que je voy.[-1]
Allons compter nostre moyen.
Je suis aise quant je boy.[-1]
Voire et qu’i ne te couste rien.
[Les Femmes arrivent chez maître Ali-
borum qui paraît]†
185Monsieur, devers vous je vien,
Car mon mary m’a voulu batre.
Et c’est trop compté sans rabatre,
190Ilz sont trop aises seurement,
S’il fault que leur baille une emplastre,
Ilz en maudiront l’ongnement,
Et fault-il tant de hongnement;
Les fièvres les espouseront.
Il me semble de ces lucarnes
Qui sont au faiste de ces maisons.[+1]
Ilz nous ont juré grans sermens,
200Quant au regard des chapperons,
C’est la maniere de maintenant,[+1]
Que noz queues ilz coupperont.
Taisez-vous; taisez; non feront.
Faictes-les don tenir en paix.
205Plus longues encores y seront[+1]
Et plus larges, se je m’y metz.
Pour ce qu’ilz ne finent jamais.
On ne peult faire bonne chere,
Je leur serviray d’ung tel metz
210De quoy on ne se doubte guère,
Macé a bonne femme entière,
Et belle; qu’esse qu’il luy fault?
Il m’appelle vieille trippière.
Voire, vostre mary Michault?
215Noz mariz chantant aussi hault . . .
Je les feray chanter plus bas.
Mais de cela, il ne m’en chault,
S’il ne m’apeloit vieil cabas.
Ne vous couroucez pour tous debas[+1]
220Puis que n’estez point affollées;
Vrayement ilz jouront au rabas,
Ilz ne jouront plus à la vollée.[+1]
Mon mary m’a tousjours foullée;
De Dieu puist-il estre mauldit!
225Vous aurez la queue troussée
En despit de ce qu’ilz ont dit.
Incessamment le mien mesdit
Sur moy; ay-je tort, se m’en course?
Oncques depuis qu’il se sentit
230Avoir deux blans dedans sa bourse,
Je n’euz bien à luy.
Pourquoy?
Pour ce.
Dont vient cela qu’i n’est plus doulx?
Vous luy faictes trop la rebource,
Quant il se vient jouer à vous.
235Sauf vostre grace, il est jaloux
Et si est plus despit qu’ung chien.
Et aussi vous le faictes coux.
Dea, voire! mais il n’en scet rien.
Saint Jehan, vous serés tantost bien.
240Si bien qu’il n’y aura que redire.[+1]
Ce mirouer si sera moyen
De faire vostre queue reluire;
J’ay bien besongné d’une tire,
Il est plus cler qu’une verrière;
[regardant par la fenêtre]†245Regardez! y a il que redire
Fait-il pas beau veoir leur derrière?
Ceste corne fut entière;[-1]
J’auroye ung couraige de poix.
Que ma queue seroit belle trainant.
250J’ay la plus belle d’Orléans.
Ha, ha, ha, ha, Macé, je me ris
De noz femmes qui sont sy bestes.
Retournez devers voz maris
Et parlez bien à leurs barrettes;
255Voz queues sont assez honnestes;
Depechez-vous a’vous ouÿ?
Dieu mercy vous avez deux . . .[-1]
Testes de femmes n’avez pas.
Ouy.
Nous avons cy trop rouy![-1]
260Adieu!
Adieu, gentes galoises!
[Elles sortent]†
Je puisse estre vif enfouy,
Se ne revecy noz bourgeoises.
33 vo]Ce ne sera pas dont sans noises.
Je croy que ce ne sera mon.
265Elles sont par Dieu aussi courtoises[+1]
Comme une ortie ou ung chardon.
Ma queue, mon chaperon[-1]
Est fait à la façon qui court.
Il y fault du parchemin pour
270Le faire tenir debout.[-1]
Macé, nous venons du pardon.
Du pardon? ha! ne mentez point!
Et d’avec Maistre Aliborum
D’apprendre nostre contrepoint.
275Et quoy faire?
Il nous a recourt
Ung petit nos queues plus hault.
Il nous a mis pour faire ung sault
280La queue de bonne manière.
Et esse pour avoir plus chault
Qu’il a descouvert le derrière?
Vous a-il lavées à la rivière,[+2]
Vous a-il menées à l’abrevouer?[+2]
285C’est une chose singulière
Des biens qu’i nous a fait avoir.
Et dea, je vouldroye bien sçavoir
Une chose que vous voys dire,
Mais dequoy sert ce mirouer?
290Pour faire nostre queue reluire.
Ha! ma femme que je me mire,
Ou par Dieu, je n’en feray rien.
Aprochez-vous; vecy pour rire!
Mirez-vous fort, je le veulx bien.
295Je me mire par bon moyen
Mais par bieu, je ne suis pas beau.
Vous estes plus lourt qu’ung boureau.
NOTA: que les deux hommes doivent
avoir soubz leurs chappeaux chacun ung
bonnet à oreiles de veau. MICHAULT
en ostant son chapeau de la teste dit en
soy mirant:Quoy! se je n’ouste mon chappeau,
300Je ne me puis mirer icy?
Pour ce qu’ilz ont teste de veau
Ilz n’entendent pas bien cecy.
Michault, je suis en grant soucy
De ce miroer; je y voy merveilles!
305Au miroer, ma femme, vecy
Une teste à deux grans oreilles,
Serrée comme raisins en treilles;
Que puisse estre? je y pers mon sens!
Il me souvient de ces bouteilles,
310Quant je me mire icy dedans.
Pour faire noz maris contens
Nous les faisons bien follier.
Si sont-ilz veaux, maugré leurs dens,
Ilz ne le sçauroient regnier.
315De la queue que portiés hier,
Par ma foy, je n’en auroys cure.
Ilz servoient pour baloyer
De la terre toute l’ordure.
Noz mariz pour toute adventure,
320Laissons-les songer le moron,
Et se contre nous l’on murmure,
Allons veoir Maistre Aliborum.
Venoit, ne soions rebelles,
325Car il donra ung chapperon,
Puis que les queues sont si belles.
Il nous fault sçavoir des nouvelles
Entre nous, mignonnes, pour rire.
Jamais je ne vy queues telles
330Que ceulx-ci ne si bien reluire.
Je suis joyeulx quant je me mirre,
En ung miroer qui est si beau,
Je ne scet moy que c’est à dire.
Je y voy deux oreilles de veau,
335N’esse pas ung miroer nouveau?
Puis doit remectre son chappeau sur sa
teste en soy mirant comme tout esbahy,
et dit:Mais je n’entens rien au surplus,
Pour ce qu’ay mis mon grant chapeau,
Ses deux oreilles n’y sont plus.
Et je m’en voys comme reclus,
340Aussi par bien mectre le mien.
Lors doit mectre son chappeau dessus sa
teste en soy mirant:Par ce miroer, je conclus
Que je n’entens point le moyen.
Et quoy? vecy chose de bien,
Que sont-ilz si tost devenus?
345Des oreilles, je n’en voy rien;
Je croy moy qu’elles sont perdues.
Tousjours seront entretenues
Noz queues, car elles sont honnestes.
Quant noz maris les ont tenues,
350Ilz s’i sont mirez comme bestes!
Si en fera bien ses grans festes,
Encores quelque homme de bien.
Mais en despit de leurs testes
Sont veaulx et si n’en sçavent rien;
355Nous retourons après les festes.
Adieu, Messeigneurs!
Adieu vous command.
EXPLICIT
[VI.] Farce des Queues troussées.
[29-34] L’absence de liaison des répliques par la rime révèle une altération du texte.
[56] saignez. = ceignez.
[71] le jeu ne vaut pas la chandelle. Cette expression vient du théâtre et doit donc être soulignée ici.
[196] qu’i. i pour elles appartient encore à la région parisienne.
[256-259] Texte que des lacunes qu’on appelle en argot de typographe un mastic rendent incompréhensible. Peut être un mot incongru de trois lettres est-il omis à la fin du v. 257.
Nota: etc. Cette Farce est donc une Farce des Veaux, telle qu’on en joua une encore en 1560 après Jules César de Grévin. Ces oreilles rappellent d’ailleurs le bonnet à coquilles des fous.
[vignette]
à six personnages
“Chascun m’y crye: marie toy, marie,[+1]
Hélas! je n’ose tant suis bon compaignon.”[+1]
Mais veult-on plus joyeuse vie
Qu’avoir sa plaisance assouvie
5Et rustrer avec les mignons.
Fy de dueil et de fantaisie,
D’aucun y a qui se soucye;
Ne suyvez plus telz compaignies.
Alègres!
Preux.
Droitz comme joncz.
10Prestz à gauldir et tard et tost.
Voicy mignons hardis et promptz
Pour faire departir ung ost.
Regnault, qu’as tu, tu ne dis mot?
Je songe, je pense.†[[14]]
15Ma foy, tousjours seray Godin Falot,
Hante qui vouldra avec moy!
Une fois fault penser de soy,
Je l’ay leu en aucun chapitre.
Et donques à ce que je voy,
20Tu veulx laisser ton franc arbitre.
Brief, je me mectray au registre
Des mariez, car il le fault.
25Sces-tu bien comment tu seras,
Se tu te metz en mariage?
Nenny, par ma foy![-3]†
Sçavoir vueil que c’est de mesnaige
30Car aucuns m’ont dit que c’est blasme.
En chantant:36 ro]“Regnault, se tu prens femme
Garde que tu feras.”
Je seray refait gros et gras,
Comme on m’a donné à congnoistre.
35Et voire mais tu dineras
Souvent à la table ton maistre.
Avec Franc Arbitre veulx estre.
On fait bien gens mariez paistre.
40Pour pain blanc mengüent de la miche.
Je me mectré en ung lieu riche;
Ne vous chaille, j’entens ma game!
Chantant:“Se tu prens jeune femme,
Elle te reprochera, Regnault,
45Tu t’en repentiras.”
Veulx-tu laisser jeulx et esbatz,
Pour t’aller bouter en tutelle,
Et t’asubjecter à ung bas
Pour voulloir chevaucher sans selle?
50C’est une plaisance immortelle,
Quant on a une femme saige.
Tousjours est jallouse et rebelle
Quant elle vient ung peu à l’aage.
Marier me vueil, voicy raige,
55Car je ne puis acquerir blasme.
Chantant:“Se tu prens vieille femme,
Et bien on en demandera
Une jeune joyeuse et frisque.
60Par ce point on t’apellera
Jaloux, tu seras fantastique.
J’auray une belle relique
Que je baiseray de jour et de nuyt;
Brief c’est une chose angelique
65Qu’estre marié.
36 vo]Cela nuist.
C’est soulas, c’est plaisir, c’est bruit,
Quant on a jeune femme et belle,
Car quant on s’esveille à minuit,
On peult besongner sans chandelle.
70Jeune femme tient en tutelle
Son mary.
Jeune femme auray.
Tu l’auras telle quelle.
En effait, je me marieray;
Avec elle temps passeray,
75Voire sans faire tort à âme.
“Se tu prens jeune femme,
Cocu tu en seras;
Tu t’en repentiras.”
A! par le corps bieu, non seray,
80Doulcement je la traicteray,
Et useray de beau langaige.
Jamais ne te conseilleray
Te marier.
Tu seras donc foul.
Mais saige,
Je merray ma femme en voiage,
85Et puis en l’ombre d’une haye,
Nous ferons nostre tripotaige;
Brief il est bien temps que j’aye
Une femme qui soit de mise.
En chantant:“Quant ira à l’eglise,
90Le prestre la verra.”
Et puis il luy conseillera
Son salut; cecy sans† broquarder;[[92]]
Par Dieu, pas ne la mengera;
Les yeulx sont faictz pour regarder.
95Quant Venus vieult dame happer,
Regnault, de cecy remembre!
De prestre ne peult eschapper
Nomplus que le festu à l’embre.
Chantant:“La merra en sa chambre,
100Ung enfant luy fera, Regnault,
Tu t’en repentiras, Regnault.”
Godin Falot, tu en diras
Ce que tu vouldras, mais je me vante,
Que comme moy tu ne seras
105Clos ne couvert au feu la plante.
En chantant:Et quiconques chante, tu respondras.
Il fault que ta femme soit sainte,
Vestue, preparée et coincte,
Que tu souffriras paine amère.
110Se ma femme est grosse et ensaincte
Je feray bonne chère mainte,
Et auré compère et commère.
chantant:“Et qui qu’en soit le père,
Tu seras le papa,
115Tu t’en repentiras, Regnault,
[Tu t’en repentiras].”
Soy marier, c’est grant folie.
Comme quoy?
L’homme franc se lie
Du lien cruel et sauvaige.
120Mais est hors de melencolie.
Regnault, par Dieu, je le vous nye,
Point ne passeray ce passaige.
Se tu te boutes en mesnaige,
Tu ne fis onc tel mesprison.
125Te sera-il pas bien sauvage
Garder desormais la maison.
Nenny.
Pourquoy?†
Le beau blason
De ma femme et le doulx caquet
130De bien brief faire mon pacquet.†
S’elle va en quelque banquet
Où plusieurs sont escornifflées,
La où maint mignon perruquet
135Quant on a les torches soufflées.
Femmes qui sont bien renommées,
N’aquièrent jamais mauvais bruit
37 vo]Et ne doyvent estre blasmé[e]s.
Raison?
Ilz ont leur saufconduit.
140Tu ne viendras plus au deduit.
Ne m’en chault; j’auray mon pain cuit,
Plus ne conteray mon escot.
Pren congié de Godin Falot.
Franc Arbitre tu laisseras.
145De te marier si tost,
Par bieu, tu t’en repentiras.
Or sa, Regnault, quant tu viendras
En ta maison, gay et joyeulx,
Tes petits enfans trouveras
150Tous breneux, tu les torcheras;
Ce n’est pas tout fait, si m’aist Dieulx.
Tu te trouves en plusieurs lieux,
Où tu n’oseras plus aller.
Merier me vueil pour le mieulx;
155Vous perdez temps de m’en parler.
Ainsi tu n’iras plus galler
Avec Godin Falot. Regnault,
Je t’ay veu si bien avaller
Ung beau petit paté tout chault.
160Uneffois retirer se fault,
Gens mariés sont resolus.
Je sçay bien dont vient le deffault:
Tu n’as pas leu Matheolus.
Jeulx de bateaux, harpes et lucz,
165Dances, esbatz, as tant aimés.
Je n’en veulx plus.
Pourquoy?
Ce ne sont qu’abus.
Regnault, tu entens mal ton cas.
En mesnaige sont tous debatz,
170Femmes ne sont point sans riotes.
Tousjours sourdent noises et desbatz
Et est on plus subget au bas,
Que sotz ne sont à leurs marottes.
Femmes demandent robes, cotes,
175Sainctures, tissus, demy sainctz,
Les aucunes font des bigotes,
Et si font plaisir aux humains;
Mariez sont-ilz point contrains
180De fournir à l’apointement?
Je me marie, car je crains
Estre oingt de cet oignement.
Considerés premierement
Qu’il fault varletz et chamberières,
185Et qui feront secretement
A tes despens de bonnes chères.
Item, provisions sont chières,
Pense ung petit en ton oultrage,
Et que testes sottes legières
190Te veullent mettre en mariage.
Se tu as mauvais voisinnage,
Et avec toy on hante ung peu:
Conclusion, non en eschappe,
Non plus qu’on fait du mau saint Leu.
195Il est certain.
Velà le neu!
Faire cecy on n’oseroit,
J’en bouteray mon doy au feu.
Et par mon âme, il bruleroit.
Qui les enormes maulx diroit
200Qu’on a trouvé en mariage,
Jamais on ne se mariroit.
Esse une chose si sauvaige?
Exemples en avés maintenant
D’ung homme de laische couraige,
205Qui a baillé sa femme en gaige,
Trois mois pour trente frans contant.
Cil qui a fait est consentant
D’estre cocu et ne luy chault
Lequel bout en voise devant.
210Garde d’estre en ce point, Regnault.
J’auray plus cher prendre un fer chault
Aux dens, que faire telle chose.
Qui se veult marier il ne fault
Que veoir le Rommant de la Rose.
215Tousjours ung sot sotie expose
Et esmeut discordz, debatz, noises.
L’homme marié ne repose
Jamais avecques les galoises.
Vray est que d’aucunes bourgeoises
220De saint Fiacre reviennent,
Qui estoient doulces et courtoises,
Leurs prochains voisins les menant.
Touteffois ainsi qu’elz estoient
En chemin, affin qu’on le notte,
225Toutes assez bon cueur avoyent
Si ce ne fut une bigotte
Qui print à delaisser sa rotte,
Et fist si bien pour faire fin
230Seulette avec ung sien voisin.
Regnault, retiens cela affin
De changer ung pou ton couraige,
Car certes il n’y a si fin
Qui ne soit trompé au mesnage.
235Ce que dittes n’est que bagaige,
Marié seray, quoy qu’on die.
Je suis marry de ton dommaige,
Mais à te nuyre estudye.
“C’est ung mauvais mal que de jalousie,
240C’est ung mauvais mal à qui l’a.”
Qu’esse cy?
Qui est cest[e]-là?
Comme elle entre en soursault!
Bonjour! Dieu vous gard! Me velà!
Où vas tu?
Qu’esse qu’il te fault?
245Je viens revisiter Regnault.
Par Dieu, vous serés accollée!
Qu’esse que tu feras, lourdault?
Elle sera par moy consollée.
[Il embrasse Lavolée]
A! il ne m’a pas affolée!
250Regnault, foy que doy Nostre Dame,
Se marier à Lavollée!
Ce feray mon, ce sera ma femme!
Te marier, bon gré mon âme,
A Lavollée!
255Que je te baise, belle dame!
Il est fol naturel.
C’est mon.
Homme qui deust avoir regnon,
Prendre une femme desollée.
Regnault, baise-moy le menton!
260Velà Regnault qui se marie
A Lavollée!
Messire Jehan, la messe est sonnée!
Clerice, chanterons-nous hault?
Ouy, car à cest journée
265L’offrende tousjours beaucoup vault.
Messire Jehan, marier vous fault
Ces gens icy à la sellée!
Tu laisseras ton franc arbitre
270Puisque tu prens ceste mignonne.
Je le vois mettre en regist[r]e
Il est assez bonne personne.
Quoy? il est forcé qu’il luy donne
Congié; voire, si trestost.
275Ouy, et fault qu’il abandonne
39 vo]Ce doux mignon Godin Falot.
Que vous en semble?
C’est ung sot
Qui m’a sa voulenté selée!
Il paye assés souvent l’escot
280Qui se marie à Lavolée!
Regnault, tu es bien insencé!
Respons: qu’as-tu fait?
Je ne sçay!
Alon m’en coucher vistement!
Puis que Regnault a varié
Si tres fort qu’il est marié
Et qu’il est tant interessé
290Chantons: Requiescant in pace.
Regnault, par la main me prenés
Et honnestement me menés
Coucher dedans quelque beau lit,
Et là prendrez vostre delit
295En buvant ce qu’avés brassé,
Chantant requiescant in pace.
La substance soit recollée,
Que Regnault ainsi qu’ung vray sot
S’est marié à Lavolée,
300Habandonnant Godin Falot.
De s’estre marié si tost
Franc Arbitre a abandonné.
Chantant:Or prions tous de cueur dévot
A Dieu qu’il luy soit pardonné,
305Puis qu’ainsi comme ung idyot
A Lavolée s’est marié.
Exemple, mignons, y prenés
Car de luy comme d’ung trespassé
Chantons: Requiescant in pace.
310Derechef chantons ensemble:
Requiescant in pace.
Amen!
[VII.] Farce de REGNAULT qui se MARIE à LAVOLLÉE.
[163] Les Lamentations de Matheolus qu’a publiées van Hamel.
[214] Evidemment la suite écrite par Jehan de Meun vers 1276; on le lisait encore au XVe siècle où elle fut l’occasion d’une grande querelle entre le chancelier Gerson et Christine de Pisan.
[295,] O: ce queues.
[298] Que a comme dans l’ancienne langue le sens de car.
[14.] La fin manque sans doute.
[27,] O, vers tronqué me rimant pas.
[92,] O: c. tant b.
[†127-130,] O, dispositior, différente altérée.
Les troix Amoureux de la Croix
[vignette]
FARCE NOUVELLE DE TROIS AMOUREUX DE LA CROIX41 vo]
J’ayme mieux mourir, bref que languir;†[[1]]
Ce m’est douleur mendre!
Puis qu’aultrement ne puis guerir,
Me vienne donc la mort querir
5Sans plus attendre!
Je doy bien avoir recors,
D’aller au lieu où j’ay promis.
Je n’ay mais ung desir au corps,
Fors celle où j’ay mon cueur mis.
10Tenir dois bien donc le compromis[+1]
Que j’ay fait avec ma maitresse.
Il n’y fault pas estre endormis,
Se seroit à moy grant simplesse.
Qui est en l’amoureuse adresse
15D’estre en grace cy comme moy
Doit bien vivre en joye et lyesse
Pour oster soulcy et esmoy.
Qui se submet en celle foy,
Il pert monnoye et aloy,
20Et est de chacun debouté.
Non est, par Dieu.
C’est bien bouté;
Jouez tousjours de voz sornettes.
En ce temps de joyeux esté,
Vas-tu point veoir tes amourettes?
25Or nous dy: sont-ilz jolliettes?
Monstre-les-nous ung peu, de loing!
On n’a de tieux chalans besoing;
On ne vous y demande pas.
Et pourquoy?
Vous prendriez-vous pas?
30Il suffist bien de ma personne.
A Dieu vous dy!
Ho! je ne sonne plus mot;[+1]
Je m’en vais d’aultre part.
Que deviens-tu? [à Martin]†
Ains que plus tard,
Je laisseray la compaignie,
35Requerant que Dieu me mauldie
Se ne visite mes amours.
Que jeunes gens font de faulx tours
Pour parvenir à leur entente,
A bien jouir de leurs amours;
40Mais il n’ont pas plaisir de rente,
Car bien souvent on les contente
De promesses, sans le surplus.
Or ça, je suis bien près de l’hus.
Velà ma dame souveraine
45Pour qui je soutiens tant de paine.
Je la veux aller saluer.
[Il s’approche de la Dame]Dame, de mon povre pover,
Je vous salue très humblement,
Vous suppliant très doulcement
50Que je soye en vostre demaine,
Car vous estes la primeraine
Des dames, et plaisez à tous.
Bien venez puis que c’estes vous!
Quel vent vous maine?
Fin cueur doux,
55Je le vous diray, s’il vous plaist.
Sachez bien de certain qu’il m’est
Trop fort d’endurer mes douleurs,
Se par vous n’ay aucun secours,
Car je vous ay long temps clamée
60Plus que nulle femme et aymée.
Si vous requiers, ma doulce amie,
Que de tous poins ne perde mie
L’amour que j’ay de vous si grande.
Or ça, sire, je vous demande
65Estes-vous donc si fort espris
De mon amour?
Las! je suis prins et si hardement lié[+1]
De vostre amour. Si n’en suis delié
Bref, par vostre doulceur,
70Certainement je suis asseur
De mourir sans aucun secours!
Entre vous, galans, sçavés tours
Subtilz et faictes les semblans
D’estre malades et tremblans
75Tousjours, mais ce n’est que faintise.
Voire, gens plains de couvetise,
Qui vouldroient par leurs beaux yeux†[[77-175]]
43 ro]Qu’on les aimast; mais, se m’aist Dieux,
Mon or, mon argent n’est pas mien:†[[79-80]]
80Tout est vostre!
Vous parlés bien,
Mais ung amant qui veult aimer
Sa dame, doit bien espier
Le temps, la saison, aussi l’heure,
Et le lieu où elle demeure,
85Segretement, sans faire bruit.
Et pourquoy?
Vous serés destruit,
Se mon mary aucunement
Vous trouvoit tenant parlement
Avec moy; velà le cas![-1]
90Pour Dieu, prenés ces dix ducas
Je vous requiers, jusque au retour,
Mais je vous prie que le tour
D’aymer me vueillez ottroier;
Velà l’enseigne du bergier.
95Ce don n’est pas à refuser.
Grant mercy, je suis bien joyeuse
De vostre amour. Mal gracieuse
Seroit, qui vous refuseroit;
Mais je vous diray orendroit:
100Ne povés venir à l’hostel.
Et pourquoy, Dieux?
Le cas est tel:
Mon mari sans faillir,[-2]
Ne sçay s’il vous feroit saillir,
Car il est malement jaloux.
105Quel senglant gibet dictes-vous?
Où se fera donc l’assemblée?
Il fault donc que soit à l’emblée.
Je vous diray qu’il est de faire:
Allez tost en vostre repaire
110Vous vestir en guise de prestre,
Car autrement ne pourroit estre
Que d’aucun ne fussions congneus.
Il est vray.
43 ro]Or, soiés pourveu
D’ung livre ou d’ung breviaire,
115Pour mieux le prestre contrefaire.
Quant ainsi serés desguisé,
Comme je vous ay devisé,
42 vo]Tout fin droit vous vous en irez
A une croix qui est cy près.
120Là endroit, se rien ne me nuist,
A dix heures devant minuit,
Je iroy à vous, ce certainement.[+1]
Vous m’y trouverés seurement,
Mais n’y fallés pas!
Nenny, dea! [à part]†
125Par sainct Jehan, vous demeurerés,
Maistre, vous avez beau huer
Je vous feray ennuit suer
En chassant du nez la roupie;
M’aist Dieux, il a beau dire pie,
130Puis que j’ay de luy ceste prune,
Il gardera ennuyt la lune
A celle fin qu’on ne la desrobe.
Il me fault vestir ceste robe
Et la trousser dessubz mon bras.
135C’est fait, je m’en vois tout le pas
A la croix (à Dieu me command!)
Avec peine et tribulation
Pour faire la jubilation
Avec ma dame par amour.
140Ma d[a]me, Dieu vous doint bonjour,
Bonne santé et bonne estraine!
Vous ne sçavés pas qui me maine
Par devers vous?†[[143]]
Sans faulte non, vous me dirés vostre raison,[[144]]
145Et se je puis, g’y pourvoyray.†
Ha! Madame, je vous diray,
Nul n’y sauroit remède mettre
Que vous, car vous estes le maistre
Et l’euvre de ma maladie.
150Que voulés-vous que je vous die?
Je seuffre tel paine et douleur
Pour vous, que se vostre doulceur
Ne consent à moy secourir,
Force me sera de mourir
155Du mal que j’ay et du martire.
Et que vous ay-je fait, beau sire,
Par quoy devez recevoir mort?
Advis m’est que vous avez tort
De proposer telle matière,
160Car bien seroye rude et fière
S(i) ung amoureux mouroit pour moy!
Touteffois je meurs par ma foy
S’il ne vous plaist par amytié
Avoir de mon grant mal pitié.
165Si vous requiers que de present,
Prenez en gré cestui present
Que je vous fais, courtoise et sage,
En ottroyant de humble couraige
Vostre amour que tant je desire!
170Je ne vueil rien du vostre, sire,
Si vous prie, ne m’en parlés plus.
Pour Dieu, prenés ces dix escuz,
Je vous requier, ma dame chière,
Sans me vouloir vendre si chière
175La douleur que pour vous je porte.
Or ça, ça, affin que je supporte[+1]
La m[a]l que vous voy recevoir,†
Contente suis de les avoir;
[[ Print Edition Page No. 60 ]]
Mais sçavez-vous qu’il est de faire?
180Allez tost en vostre repaire,
Vous vestir en guise d’ung mort,
Et puis après cheminez fort
Tant que soiés à moy exprès,
A une croix qui est cy près.
185Là endroit, se rien ne me nuist,
A unze heures devant minuit,
G’iray à vous sans nulle doubte.
Ha! que c’est bien dit, somme toute!
Je m’en vais tantost apprester,
190Mais ne vueillés point arrester.
Non feray-ge, saincte Marie,
Je y seray aussi toust que vous.
Adieu vous dis, mon fin cueur doulx;
Tenez ce que m’avez promis!
195A dieu soiés, mon doulx amy![Exit]
Ainsi s’en doit-on despecher;
Toute nuit me venoit prier
En faisant piteulx clamours,[-1]
Que je l’aimasse par amours;
200Je ne sçay s’il avoit par nom
Gaultier, mais il changera nom.
Car en cest heure tout pour vray
Il en sera par l’amour prins.[[204]]
205Dieu qui tout bien en terre a mis44 ro]
Vous ottroie s’amour et sa grace![+1]
Garde soit de vous, beaux amys,
Dieu qui tout bien en terre a mys.
Amours m’a devers vous transmis.
210Le dites-vous point par falace?
Dieu qui tout bien en terre a mys
Vous ottroie s’amour et se grace!
Je vous diray sans plus d’espace
Mon cas et le concluray bref;
215Je sens au cueur mal si très grief
Que ne doubte, à tout comprendre,
Que l’ame ne me faille rendre
Se bresvement n’ay de vous secours.[+1]
Helas! ce sont des communs tours;
220Vous m’aimés dea, voire de beaux.
Pour Dieu, prenés ces dix royaulx
En tant moins pour commencement,
Mais je vous prie cherement
Que je soie vostre servant
225Et loyal amy.
Or, avant,
Puis qu’ainsi est, j’en suis contente.
Sçavés-vous comment vous ferés?
Prestement vous desguiserés
Et puis vous verrés bonne fable.
230Et comment?
En guise de dyable[[231]]
Vous mettrés,
Au mieux que faire ce pourra.
Mauldit soit-il qui en fauldra!
Je le feray; soiés certaine.
Or prenés quelque grosse chaine,
235Et après vous la trainerés,
Et puis attendre m’en irés,
Oyés-vous? mais qu’il n’y ait faulte,
A une croix qui est si haulte!
Là endroit pour prendre deduit,
240A doze heures devant minuit,
Je iray à vous sans nul delay.
Aussi serai-ge; croiez lay,
Quoy qu’après en doibve advenir.
Or ne faillés pas à venir,
245Car je me rendray en la place.
Ha, ma dame, jà Dieu ne sache
Que je y falle, par sainct Symon,
Et par tous les saints de renom;
Aussi venés tost après moy;
250Je m’en voy bouter en arroy
Secretement, sans sejourner.
Alés! adieu, sans sejourner!
[Exit Guillaume]†Dieu sçait quel gracieulx deduyt:
Ilz auront tous troys malle nuyt.
255De cela, je n’en doubte point.
[Elle s’en va]†
Je croy que je suis bien en point;
Je ressemble (à) ung mort proprement.
Je m’en voys tout secretement
A la croix; je y vois sans repit.
260Le sang beau, velà grant depit,
Velà à la croix aucun âme;
C’est ung prestre, par Notre Dame,
Qui prie pour les trepassés.
Da, bon grebieu, pr[e]stre, passez,
265Vous me rompez mon entreprise.
Je vouldroye qu’il fût en Frise,
Foy que je doy à Saint Amant.
Si ma dame vient maintenant,
Tout nostre fait rompu sera,
270Ce prestre nous emcusera.
Haro! je voy en ceste voye
Ung homme mort, se m’est advis.
Beau sire Dieu de Paradis,
Vueillez moy de mal huy deffendre!
275Je requier à Dieu qu’on puist pendre
Ce prestre qui est cy venu.
Helas! il m’est mal advenu.
Je voy bien que peché me nuyt.
Mourir me fauldra ceste nuyt,
280Car j’en suis en grant adventure.
Retourne à ta sepulture.[-1]
Requiem eternam cunctis,
Pro fidelibus defunctis.
Or, meschant fol tres oultrageux,
285J’estoye venu faire mes jeulx
Devant ceste croix precieuse,
Où Dieu souffrit mort angoisseuse,
C’est bien droit que Dieu m’en chastie.
De goutte, de mal et chassye
290Et du mal du saint de Baieux
Ait ce prestre crevé les yeulx.
45 vo]Dit-il tant de ses patenostres
Que de tous les douze apostres,[-1]
Soit maudit et confundu[-1]
295Et par le col soit-il pendu,
Tant me fait-il de desplaisir.
Se madame vient, quel plaisir!
Ce sera bien pour enrager.
Me vecy prest sans plus targer,
300Vers la croix vois sans faire noise
Car Madame doulce et courtoise
Le m’a en ce point ordonné.
Qui m’auroit cent mars d’or donné
Pas ne seroye si joieulx,
305Que je seray ainsi m’aist Dieux,
Quant entre mes bras la tendray;
Elle doibvra tantost venir.
Las! je ne sçay que devenir
Se mort de moy trop près s’aproche.
310Malle mort te puisse tenir!
Las, je ne sçay que devenir,
Bien voy qu’il me fauldra fuir.
Las! je ne sçay que devenir,
315Se mort de moy trop près s’aproche;
Je n’ay membre qui ne me hoche
Tant suis effroyé maintenant.
Qu’esse que je voy cy devant,
Là où je doy ma dame attendre;
320Le grant deable s’en puisse pendre,
Velà ung prestre, ce me semble.
Haro! trestout la cueur me tremble.
Velà encore bien plus fort:
[[ Print Edition Page No. 62 ]]
C’est je ne sçay quel homme mort;
325Vray Dieu vueillés moy secourir!
Je voy bien qu’il me fault mourir
Par mon peché desraisonnable.
Et qu’esse cy? velà ung dyable
Qui vient cy pour ma mort livrer.
330Il me convient conjurer.[-1]
Memento, Domine David,
Quare fremuerunt gentes.
Salve Regina gementes.
335Tres doulx Jesus, me protegé
De ce mauvais deable enragé.
Dyaletica sanctorum,
45 vo]Communionem Francorum.
Va-t-en d’icy, dyable d’enfer,
340Avec ton maistre Lucifer,
Sans faire envers moy ton pourchas.
Helas! dolent, plain de peché,
Je seray tantost despesché.
345Qu’esse cy? Foy que doy (à) saint Pol.
Ce dyable me rompra le col,
Il me vient ma vie abreger.
Et vecy bien pour enrager.
Je n’y voy entrée ne yssue.[+1]
350Par mon serment, je tressue,
De paour. Vray Dieu, fay moy mercy!
Ce mort demande quelque don;
Je luy en donray ung bel et bon.[+1]
Dieu vueille qu’elle fasse ainsi;
355Car c’est quelque âme sans doubtence,
Qui fait icy sa penitence.
Au nom de Saint Pierre l’apostre,
Je diray une patenostre,
Cy endroit par devocion,
360Que luy donne remission
Et aux autres ensevelis.
Pater noster qui es in celis,
Libera me de mortuis,[[362-367]]
Afin que je die: et ne nos,
365Pour ceulx qui sont trespassés,
Arrière mort, d’ici passez!
Libera a malo! Amen.
Erubescant verumtamen
In mulieribus ventris.
370Adieu me comment, Beatrix:
Pour ma dame me fault mourir,
Nul ne m’en peult plus secourir,
Tout ce meschef me vient par femme.
Deffens-moy, glorieuse dame!
Dyabolus dy-moy quare
Tu me viens faire ce meschef,
Je n’ay sur moy membre ne chef
Qui ne soit hors de son bon sens.
380Se avois des escuz cinq cens
Je voudroye avoir tout donné
Et que je fusse retourné
A mon hostel et à mon estre.
Helas! je m’en voys à ce prestre
385Lui prier par devocion
Qu’il me donne confession
Que je ne meure desconfès.†
Confession, sire!
Va-t’en, par le corps bieu tu n’en as garde,†[[389]]
390Va-t’en d’ici, que le feu t’arde,
Car je ne te demande rien!
Helas! sire, je suis Chrestien,
Je ne suis mort ne trespacé.
Tu mens, tu as le pas passé,
395Ton âme est jà à l’autre monde.
La mort m’a ici pourchassé,
Une femme, que Dieu confonde! . . .
Tu mens, tu as le pas passé,
Ton âme est jà à l’autre monde.
400Je requiers à Dieu qu’on le tonde,
Qui t’attendra, mais que je y soye.
Par Nostre dame, se j’osoie,
Je conjurasse ung peu se mort
Afin qu’il s’en allast aufort.
405Par Dieu, puisque j’en ay juré,
De par moy sera conjuré.
Miserere cicatrices,
Va-t’en sans point faire d’excès.
[[ Print Edition Page No. 63 ]]
Fructibus et in noctibus
De profundis vigilia
415Et moult de desloyalle inique,
Va-t’en sans me faire la nique
Ne jamais de moy ne t’aproche!
Helas! se ce dyable m’acroche†
De mon corps, s’en ira sans per
420En enfer. Me puisse chauffer
Et m’oster hors de ceste presse!
Elle seroit bien grant maistresse,
Qui me feroit plus sejourner.
Brouha! ha! je voys adjourner
425Ce prestre, il fault qu’il ait la guerre,
A moy! sa, sa, je te viens querre!
Attens, prestre, il te fault mourir!
Tu le gaigneras au courir,
Par le corps bieu, se tu m’atrapes!
430Me cuides-tu en tes attrapes
Ainsi croquer?
Je te tiendray.
Par le corps bieu, je donneray,
Se tu viens près, de mon breviaire.
Deable, va t’en à ton repaire,
435Tu es Sathan, bien le congnois!
Helas! beau-père, attendez-moy;
Pour Dieu, vueillez moy confesser.
Me viens-tu encore presser
Qu’on en puisse avoir malle feste?
440Oste-toy, mort!
A ma requeste
Ecoute-moy parler deux mos
Et te diray de gros en gros[[443]]
Tous mes pechez,
Car par ma foy je suis homme vif[+1]
445Et pour dire vray, oncques mort ne senti.
Par le corps bieu, tu as menti,
Mais tu me le veulx faire acroire!
Tu viens tout droit du Purgatoire,
Je te congnois bien, ne te chaille:
450Tu es une âme!
Non suis, sans faille,
Je suis homme tel comme vous.
Va-t’en où tu seras secoux.
Tu ne tens qu’à me faire mourir,
Et derechief je te conjure
455Que de ce lieu cy tu t’en ailles.
De par quatre vings mille dyables,
Chargés d’or et de billon,
Et par Godefray de Billon
Et par Bertran de Cloquin
Et par tous ceulx Dadamnez,
Ave salus dominus pars:
Se de ce lieu-cy ne te pars,
465Tu verras bien qu’il me desplaist.
Escoutés ung peu, s’il vous plaist:
Par ma foy je ne suis pas mort,
Mais conscience me remort,
Je diray chose veritable.
470Va-t-en d’icy de par le dyable!
Te fault-il messe ne matine?
Ha! sire, je ne suis pas digne
Que on die matines pour moy,
Car je vous prometz par ma foy
475Que je ne suis mort proprement,
Mais j’ay pris cest abillement
Trestout de fin fait advisé
47 ro]Et me suis ainsi desguisé
Affin qu’on ne congneust ma chère.
480Oste donc ceste visaigière
Pour savoir mon se c’est verité.
Il fauldra donc qu’il soit porté
Le plus secret que vous pourrés.
Jamais nul jour vous n’en orés†[[484]]
485Parler, fors à moy et à vous.
Je seray secret, amy doulx,
Je vous le prometz.
Seurement.
Et voire par mon serment,
Mon très doulx amy de la messe,
490Se je ne vous tiens ma promesse,
Nommés moy hardiment Gaultier.
Mettés la main sur le saultier
Affin que ne soiés parjure.
Sur ces lettres-cy je vous jure
495Que jamais je n’en diray rien.
Or sus donques, il suffist bien.
Or me regarde, suige mort?
Tu me mescrois à grant tort,
Advise ung petit mon visage.
500Par mon serment, voici raige!
Tu es mon compaignon Gaultier
Que je laissé huy au moustier
Emprès Guillaume à l’eglise.
Et sang bieu! quant je me ravise,
505Et es-tu prestre devenu?
Pas ne t’avoie recongneu.
Par le sang que Dieu aromme,
Or me dy la maniere comme
Tu es venu cy en ce lieu.
510Quesse cy? foy que doy à Dieu,
Ce mort est retourné en vie,
Ce prestre luy tient compaignie,
Je vois vers eulx sans nul sejour;
Affin que n’aient de moy paour,
515Je osteray du chief ma testière.
Sang bieu! vecy faulce matière,
Se dyable s’en vient devers nous.
47 vo]Dieu gard seigneurs, que faites vous
Entre vous deulx?
Et par mon ame,
520C’est mon compaignon Guillaume
Qui estoit dyable devenu.
Et par Dieu, vecy bien venu,
Mais qui vous a mis en cest estre
Que vecy qui faisoit le prestre
525Et vecy qui faisoit le mort?
Confessons-nous trois par acord,
L’ung à l’autre nostre secret.
Tu dis bien, mais se on le sçait,
Chascun de nous sera infame.
530Promettons qu’à homme ne à femme
Jamais ne sera revelé.
De par moy il sera selé,
De ce ne faite[s] nulle doute.
Si j’en parle ne grain ne goutte,
535Ne me croiez jamais de rien.
Aussi me garderai-ge bien
De dire nostre cornardie.
Voullés-vous pas que je vous die?
Par mon ame, mes beaux amys,
540Une femme m’a cy transmis
Et m’a baillé ce bruyt icy.
J’en ay autant.
Et moy autant.
Nous en avons tous trois pour une.
545Et moy autant.
Chantons doncques tous trois pour une.
Ilz chantent:
Des plus fines fames c’est l’une.
550Tous trois avons gardé la lune.
Dea! elle a eu de ma pecune
Dix royaulx. Qu’on la puisse ardre!
Tous trois avons gardé la lune,
On n’avoit garde de la perdre.
Compaignons, se en somme blans,
Aussy sont plusieurs compaignons.
Je conseille que nous prenons
560Congié à nostre seigneurie;
Puis que on joue de tromperie,
Je n’en vueil plus estre assoté.
Vous qu’estes en amours bouté,
Gardés-vous de telles finesses.
565Nos ebas s’il vous plaist notez,
Vous qu’estes en amours boutez.
Les tromperies redoubtés
De telles qui en sont maistresses.
Vous qui estes en amours boutés,
570Gardez-vous de telles finesses.
Ne vous fiés pas en promesses
Ainsi qu’avons fait simplement.
En joyes, festes et liesses,
Prenés en gré l’esbatement.
EXPLICIT.
[VIII.] Farce des Trois Amoureux de la Croix.
[65 à 69] Versification très irrégulière.
[77-175] J’ai rétabli l’ordre logique rompu par un brouillage de feuillets à l’imprimerie, qui n’est pas le fait du brocheur.
[330-337] Ces formules d’exorcisme sont volontairement estropiées.
[330] asperges — premier mot de l’antienne asperges me Domine et mundabor: lavabis me et super nivem dealbabor, chantée le dimanche avant le commencement de la grand’messe.
[331] memento — premier mot du verset memento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris, de la cérémonie des cendres, ou bien du répons memento mei Deus, des matines de l’office des défunts. Je songerais plutôt au premier endroit comme étant plus connu.
[332] quare fremueront gentes — premiers mots du psaume II, des matines du dimanche.
[334] salve regina — premiers mots de l’antienne de la Ste Vierge, dans l’office per annum.
gementes — se trouve plus loin dans la même antienne.
[342] benedicamus gratias — le verset et le répons benedicamus Domino . . . Deo gratias est d’usage fréquent, et s’emploie surtout à la fin de la messe, avant la bénédiction.
[362-367] Même observation.
[363] libera me de mortuis — la phrase libera me de morte aeterna se trouve au commencement d’un répons de l’office des défunts. Je n’ai pas trouvé les paroles de mortuis dans cet office. Il est possible que la phrase se trouve ailleurs dans les livres liturgiques.
et ne nos inducas (in tentationem): phrase du Pater Noster.
[368] erubescant verumtamen — erubescant se trouve assez souvent dans les psaumes et ailleurs dans la Sainte Bible. Je ne l’ai cependant pas trouvé en combinaison avec verumtamen. On peut certainement dire que les deux mots se trouvent au moins séparément dans les textes sacrés. Il s’agirait de retrouver l’endroit précis où l’oeil de l’écrivain est tombé. Si “verumtamen” était accentué sur la syllabe “tâ” je serais porter à le corriger en vehementer, et à voir la provenance des deux mots dans le roème verset du psaume VI: erubescant et conturbentur vehementer omnes inimici mei.
[369] in mulieribus, ventris — benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, phrase de l’Ave Maria.
[375] regina celi letare: commencement de l’antienne de la Ste Vierge dans l’office Pascal.
[407] miserere: premier mot du psaume L; très connu.
cicatrices: vient du psaume 37, v. 5: putruerunt et corruptae sunt cicatrices meae a facie insipientiae meae.
[409] laetamini: provient sans doute du psaume 31, v. 11. laetamini in Domino et exsultate, justi; et gloriamini
[[ Print Edition Page No. 66 ]]
omnes recti corde très connu parce qu’en usage comme répons et versicule dans l’office des martyrs.
[409] cantate: premier mot des psaumes XCV, XCVII, CXLIX.
[410] beati quorum: premiers mots du psaume XXXI.
laudate: premier mot des psaumes CXII, CXVI, CXXXIV, CXLVI, CXLVIII, CL.
[411] inimicos: peut être un rappel de la phrase donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum, du psaume CIX, très connue parce que faisant partie des vêpres du dimanche.
dominibus: peut-être à corriger en hominibus, mais alors grande difficulté à préciser où le mot a été pris.
fructibus: peut être un rappel de la phrase a fructibus eorum cognocetis eos, Matt. VII, 16, phrase souvent répétée. Cependant, Matt. XIV, 24-25, comporte ce qui suit: Navicula autem in medio mari iactabatur fluctibus . . . quarta autem vigilia noctis venit ad eos ambulans super mare, ce qui pourrait expliquer les mots suivants du texte à expliquer.
de profundis: premiers mots du psaume CXXIX.
[414] qui facis mirablia solus — sans doute d’après le psaume CXXXV, 4, qui facit mirabilia magna solus.
[458] Godefroy de Bouillon.
[459] Bertrand du Guesclin.
[460] Abaquin? Altération d’Abacuc?
[461] Dadonnez? Quid?
[463] ave Maria salus — il se peut que la phrase soit le commencement de quelque hymne en honneur de la Ste. Vierge.
Dominus pars — du verset 5 du Psaume XV, Dominus pars hereditatis meae et calicis mei, très connu parmi les clercs comme faisant partie de la cérémonie de la tonsure.
[507] Je ne comprends pas ce vers: aromme. Quid?
[555] Herdre pour aherdre, attacher.
[1,] Peut-être deux vers.
[77-175:] O a un ordre tout différent. Les feuillets du manuscrit ont dû être brouillés par l’imprimeur. J’ai rétabli l’ordre logique qu’imposent l’intrigue et les rimes.
[79-80:] O les attribue à GAULTIER.
[†] Éd.
[143:] Il manque quatre syllabes.
[144,] est trop long.
[145,] O: pourvoyra.
[177] O: Le ml que aye vous v. r.
[204,] O: moue.
[231:] Ce vers de 3 syllabes, si c’en est un, ne rime point.
[†] Éd.
[387-8:] ne riment pas.
[389:] Décasyllabe?
[418,] O: se.
[443.] Vers tronqué ne rimant pas.
[484,] O: tour.
[523,] O: quil.
[vignette]
LES BOTINES GAULTIER49 vo]
Je prometz en verité,
Se mon mary va dehors,
Je feray ma voulenté
Je prometz en verité.
5Faictes-vous tel loyaulté,
Je escoute ses records.
Se mon mary va dehors,
Je lucteray corps à corps
10Et me restraindray bien les vaines.
Vous ferez voz fièvres quartaines.
Las!
Ha! hay! esse la façon
Des manches?
Pour une chanson
Que avez ouy chanter ou dire,
15Me devez-vous ainsi mauldire?
Chansons sont chansons,
Mais ce sont tousjours voz façons.
Mauldicte soit la jalousie!
Je doy bien mauldire ma vie,
20Et l’heure que te fuz donnée,
Je fis une froide journée
Et pouvoyes bien ce jour vestir
Mes bons habitz! Tousjours glatir,
Je ne pourroye ouïr cela.
25Autre à luy ta, ty, ta, ta,[-1]
Pour ung mot, el en dira trente.
J’ay raison.
Paix! mal paciente,
Qu’esse cecy? maistre ou varlet,
Je abaisseray ce caquet
30Qui est si gros.
C’est grant dommage
Que je n’endure ce langaige,
Ne me reputez point pour telle:
Il n’en est point quelque nouvelle.
J’ay aussi bon nom sans diffame
35Que la meilleure preudefemme
Qui soit point dedans ceste ville.
Or bien, donc j’ay failly, ma fille,
Mais se ne vous aimoye bien,
50 ro]Je ne vous en diroye rien,
40Vous le povez considerer.
Aussi povez-vous bien penser
Que je ne m’en courcerois point.
S’il estoit vray, voyez le cas,
Gaultier.
Je vous en croy, Rousine,
45Il faut que ceste cause fine,
Mais puisqu’il fault du tout parler,
Dont venez-vous?
D’où? Du tessier,
Là où je l’ay enduré belle,
J’ay tresbien fait ourdir ma telle.
50De vray esse fine ouvrage?
Sur ma foy Gaultier, il fait raige,
Il a si très à point bouté
Le fil, qu’il ne luy est resté
55Il vous ourdist tant proprement,
Il n’y a point de fil perdu.
Est-il ainsi bien entendu,
Sont ce doubliers ou servietes?
Midieux, c’est bien dit, vous y estes:
60De toutes sortes, j’en devise;
Mais j’ouy dire à mes parrains
Qu’il n’est ouvrage que de Rains.
Damas est euvre fort exquise
65Si n’est-elle point tant requise.
Des premiers jusques aux derrain[s]
Il n’est ouvrage que de Rains.
Paris qu’est ville bien assise,
Est fourny d’ouvriers sans faintise,
70Qui sont tous seurs et biens certain[s]
De cela j’en oste mes mains,
Je ne m’y congnois point, m’amye.
Puisque ma toille est ourdie,
75Le demourant se fera bien.
Et du payement?
Vous sçavez bien
Qu’en devez avoir chemises;
C’est à vous à faire les mises
Du bon bout de la plus loyal[le].
80Tant me cousteroit à la halle.
Or bien; bien on s’en chevira.
Sçavez que me desservira?
50 vo]Nenny.
De me seoir ung petit
Et me froter à l’apetit
85La teste.
Or vous seez donc!
Hay! avant, vous estes si long;
Mon amy, il fault bien qu’on vous serve.[+1]
Il fault bien que je le desserve
En temps et en lieu hault et bas.
90Gaultier, vous ne me gratez pas,
Où me demengue.
Que de vent!
Maidieux! vous voulez trop souvent
Estre couverte d’ung pourpoint.
Je me suis assis bien à point
95En ce lieu pour passer ennuy.
Dictes-moy à ung point,
Seray-je vostre amy
Ou le seray-je point?
[[ Print Edition Page No. 69 ]]
100Je croy que je viens bien à point
Pour trouver rencontre de sept,
Sortira-il rien, qui le scet?
J’espère à trouver quelque proye.
S’il doit-il venir beste en haye,
105Le vent y est tresbon, par Dieu!
Et si c’est entre chien et leu.
Je suis puis trois jours amoureux.
Helas! tant je serois eureux,
S’elle venoit la desirée,
110A peu que je ne l’ay nommée;
Sur ma foy, hen! closes oreilles.
Il n’est pas que de tant de veilles,
Qu’ay faictes ces nuytz à requoy,
Quelqu’un vienne à bien hauvoy
115Sur la mer.
Quant très fort y vente
Et qu’il y fait trop grant tourmente,
Il y fait dangereux aller.
Je t’ay entendu au parler
120Je diroye au moins: Dieu gart!
Je feray ta fièvre quartaine.
Quel escaillet!
Quel escouflart!
Tu aurois ta malle estraine.
Je diroye au moins: Dieu gard!
Je feray ta fièvre quartaine.
Certes, tu as nom “Pert sa peine,”
130Car de vray, ton fait est perdu.
Il me souffist d’estre repeu
D’un regard où baiser le miel.[[132]]
Ha! Mon fils, tant tu es nouvel,
T’apaises-tu de veoir leurs yeulx?
Tu dois dire ta patenostre,
Pour moy, se t’ay fait le chemin.
Est-il vray?
140Nous sommes deux chiens o ung os,
C’est pour venir à mon propos,
Croy que la vecy bien à point.
Oys-tu? Ne te souvient-il point
Des enseignes de sur le banc?
145Et ouy vrayement.
Je parle franc.
Mais mot, car il se doit celer.
Et puis qu’il fault du tout parler,
Elle t’ayme pour le caquet.
Tu scez qu’en ung petit sachet
150Les bonnes espices y sont.
On scet bien qu’au grant ne seront,
Quant on est sur cest astelier,
Chascun y fait du mieux qu’il peut.
155Au moins, se d’aventure pleut,
Nous les metrons mieulx à couvert,
Pour une robe de bon vert,
Com ung autre la bailleroye.
Nous suivrons tosjours ceste voye,
160Et s’il vient vermeil d’aventure,
Il est nostre.
Ha! Je t’asseure,
Car nous aurons bref des nouvelles,
L’oreille m’espoint.
S’ilz sont belles,
51 vo]Onc homme plus joyeux ne fut.
165Qu’esse cy? Le nez me mengust,
On parle de moy.
Tant mieulx vault.
S’il survient riens, prens-le d’assault,
Et le menons à l’ordinaire.
Dont vient cecy? Le luminaire
170Me commence à apetisser.
Aussi je ne m’en sçaurois taire,
Car vous estes ung espicier.
On voit bien à ung vieil mercier
Avoir de belle marchandise.
175Nul ne doit estre officier,[-1]
S’il n’en scet l’usaige et guise.[-1]
J’ay prins amours à ma devise
Pour conquerir joyeuseté.
Vous avez mal la table mise,
180Ou ung souper mal apresté.
Corps bieu! Je suis bien apointé,
Hay avant! parlez ça, Rousine,
Il fault reporter ma botine
Au savetier et que l’entrée
185Et la chose luy soit monstrée;
Regardez, j’ay ce pié enflé,
L’autre aussi.
C’est bien ronflé,[-1]
Vous mocquez-vous?
Voulez-vous qu’atende à l’huis,
Tant qu’il ait fait que l’en m’informe;
Les feray-je bouter en forme,
Affin que puissent eslargir?
195Ouy, dea, et qu’il garde le cuir,
C’est cordouen, il est bien tendre!
Puisqu’il les me fauldra attendre,
Je hanteray tousjours l’ouvrier.
Allez, courez com ung levrier,
200Hastez-vous!
Ha! Je vous asseure
Qu’il en prendra bien la mesure
A ceste fois.
52 ro]Or allez avant!
Et que ferez-vous ce pendant?
Je ne sçay.
Recousez vos chausses.
205Vray Dieu, qu’il est de femmes fauces!
Par le sacrement de l’autel,
Qui seroyt cent en ung hostel
Et les embesongneront bien
Seurement sans vous celer rien
210En une esguillée de fil
Où mectre ung petit de mil.[-1]
Tenez, et se vous avez fait
Devant que l’ouvrier ait parfait,
Rongnez vos ongles, mon amy!
215Qu’il n’y face pas à demy,
Que ce soit à recommancer!
Je luy feray bien affoncer
La forme dedans ça et là,
Tant que le cuir s’eslargira;
220Il m’en pourra bien souvenir.
Allez, faictes qu’au revenir,
Je y entre bien sans chausse pié!
Se vous trouvez là ung treppié
De ces mondains, de ces rieulx,
225Ne me caquetez point à eulx,
Vous n’en amenderiez rien.
C’est tout fin vray, vous dictes bien.
Allez, que santé Dieu vous doint!
Point, point, point, point, point, point,
230Il n’y en a point
De persil en noz jardins, n’y a point.
Je ne sauroys serrer ce point,
Mon esguille ne veult entrer.
Comment Gaultier est bien empoint!
235Que dis-tu?
Ce fust bien à point,
Qui peust qui que soit rencontrer.
Je ne sçauroys serrer ce point,
Mon esguille ne veult entrer.
Cest ouvraige est à serrer,
240Je ne le sauroys pas serrer.
Trut avant! je prens sur mon âme,
L’esguille semble à ma femme,[-1]
Elle a mauvais cul vrayement.
52 vo]N’y est-elle point? Quel tourment,
245S’elle eust ouy dire ces motz.
Mes le pas baille en propos,[-1]
Qu’il me fault mes ongles rongner.
Corps bieu! J’ay bien eu à besongner,[+1]
Je n’auray mais en pièce fait.
250Hon, hon, hon!
Bien dea, beau sifflet!
Voy-tu rien?
Ouy laisse venir,
Parle bas, vecy nostre fait.
Hon, hon, hon! (en sifflant)
Bien dea, sire, beau sifflet![+2]
Helas! mon bon amy parfait,
255Le pourray-je jamais tenir?
Hon, hon, hon!
Bien, dea, beau sifflet!
Voy-tu rien?
Ouy, laisse venir!
Chantons pour voir son maintenir
Et sa façon et sa manière.
Adonc ilz chantent tous deux
ce qu’il s’ensuit:260Je n’y seray jamais, bergère,
Querez qui le sera pour moy,
Ce sera pour m’oster d’esmoy,
Car je vueil estre mariée.
Benoiste royne couronnée,
265Les deux marchans m’ont apperceue,
Par ma foy, j’en suis bien deceue,
Il me fault tirer autre train.
Revenez.
Ça, ceste main!
Je congnois trop vostre demeure,
270Je ne vous quiers point.
Est-il heure,
Que gens de bien soient par pays?
Nous ne sommes point gens haïs
De nos voisins ne sus ne soubz,
[[ Print Edition Page No. 72 ]]
Mon mary ne moy, oyez-vous,
275Qui me gard nuyt et jour aller
Sans chandelle, sans en parler,
Comme une bonne preude femme.
Personne que vous ne vous blasme.
Nous vous congnoissons bien, voisine,
280Ne vous nommez-vous pas Rousine,
53 ro]Femme de Gaultier le lisant?
Et en vaulx-je pis, Dieux avant
Qu’en dictes-vous?
Le cas est tel,
Vous frappez souvent du coutel,
285Vous tenez voulentiers franchise.
Je croy bien celle ayme l’eglise,
C’est à cause de la frarie,
En quel main est la librairie
Des Augustins.
Quelz gens de bien!
290Je vous pry, ne me dictes rien,
Vous ne sçavez à qui vous parlez.
A une femme.
Or allez,[-1]
Et ne me dictes point d’injure,
Ou je voue à Dieu et jure
295Que je vous feray adjourner.
Quoy? Me voulez-vous destourner
D’aller?
D’aller? allez aux loups.
Ce n’est point viande pour vous,
Je ne suis point vostre cheval.
300C’est très mal fait d’en dire mal,
Quant on n’y a point veu de bien.
J’entens le cas; qui ne dit rien,
Il n’est jamais bel appelay.
Fault-il que cecy soit celay?
305Vous souvient-il point du gallant
Dont vous eustes le dyament
Et luy baillastes de la muse?
Qui, moy?
Pour bailler d’une ruse,
Il n’en est point de tel ouvrière.
310Moy, mon amy!
Toute entière,
Sans aultre.
Ha! Que c’est bien dit!
De Dieu soys-je treffort mauldit,
Se ce n’estoit vous en personne.
Il ne fault point qu’on m’en blasonne
315En ce point, car vous me prenez
Pour une autre.
53 vo]Tant que vouldrez,
Mais vous fistes le personnage.
Et puis, se l’ay fait, quel dommage?
Que vous chault, ce n’est rien du vostre.
320Le confessez-vous?
Ouy voir.
Nostre,
Qu’esse cy en vostre giron?
Que c’est? Et c’est mon chapperon
Que porte à la presseresse.
Escoutez ung mot, ma maistresse,
325En l’oreille.
Parlez tout hault.
Dictes priveement, ne vous chault,
Je ne vous encuseray pas.
Arrière ung peu, vecy le cas:
Je sçay trestout et si suis ferme,
330De long temps; mectez-moy ung terme,
Je suis seur.
Ha! Tout seroit perdu.
N’en parlez plus, dictes le lieu.
Mais vous, car je n’y congnois aage,
Oncques fillettes de village
335Si ne fut aussi nouvellette.
A l’hostel.
Je seray tost preste
A l’heure, mais mot!
Je suis saige,
Baillez-moy quelque simple gaige
Pour plustost venir au lieu dit.
340Tenez, musez lay.
Il souffist.
Et se mon compaignon vous touche
Que j’ayes dit, taisez vostre bouche,
Car je ne luy en diray rien.
Et sera fait d’homme de bien,
345Je ne seray pas si baveuse.
Elle fait de la dangereuse,
54 ro]Et puis à quoy tient ce marché?
Qui vouldra, j’en seray chargé.
Il me parloit de ma cousine
350Qu’il congnoist.
C’est bien dit, Rousine.
Vous m’entendez bien.
Ha! finart,
Vous contrefaictes le regnart,
Vous en voulez aider tout seul,
Ça, ung mot.
Il luy fait grant deul
355Qu’il ne le scet, que mal feu l’arde,
Mais non pourtant il n’en a garde.
Il auroit plustost de la lune,
J’ay enseignes, moy, c’est pour une.
Or ça, or disons, belle dame,
360Qui faictes de la preude femme,
Vostre seur si est esgarée,
On congnoit trop vostre quarrée.
Vous est-il point advis que j’aye
En mon beau mouchouer monnoye,
365Ou de bon or quelque recluche.
Je ne regard, n’espluche[-2]
Les gens de si près, velà tout.
Il fault commencer par ung bout.
Pour ce qu’ayme vostre honneur,[-1]
370Ung mot vous diray de bon cueur:
Ne vous fiez pas en chacun.
Comme quoy?
Nous sommes trop d’ung.
C’est mon compaings, m’amye chière,
Qui a la langue trop legière,
375Je vous dy pour abregier.[-1]
Si n’y a point de dangier[-1]
En parolle que me dist huy.
Mais nonobstant, c’est dit d’amy,
Humblement je vous en mercie.
380Si avez-vous de quoy je vous prie,[+1]
C’est qu’au lieu duquel je vous dis,
Yssir il y a des jours six,
[[ Print Edition Page No. 74 ]]
Vous trouverez dedans demain
Huit heure; or ça, vostre main,
385Le ferez-vous?
Par trop envis
J’escondiroies ung si beau filz,
Mais gardez qu’âme n’y survienne
54 vo]Affin que pis ne nous en vienne,
Car mon honneur seroit forfait.
390N’y ait faulte.
Il sera fait.[-1]
Mais secret.
Tant de fois dire.
Tenez, mussez cecy, beau sire,
Affin de plustost m’y trouver.
Pour gaige aurez ce soulier,
395Mais à vostre compaignon mot.
Où retournez-vous?
400Rousine!
A Dieu! compaignon,
Je m’en vois sans plus en parler.
Mais en quel lieu?
Laisse-la aller,[+1]
Et puis nous dirons du meilleur.
Ha! mon Dieu! et quelz gens d’honneur.
405J’en suis eschappée piedz joincts.
De forte fièvre soient-ils oingz!
Destourbée m’ont, ne m’en chault.
J’alloye, parlé-je point trop hault?
410En ung lieu, mais j’en suis bien Jehanne.
Que pourray-je à Gaultier dire[-1]
De ses botines? C’est pour rire,
Il m’en fera bien grant brairie.
Trouver fault quelque tromperie
415Puis que j’aprouche du logis.
Il est temps de fermer son huis,
Viendra-el point? C’est à demain.
El me baille bien du plantain,
Je me feray mes chausses tondre,
420Je requier Dieu qu’elle puist fondre,
Mais que ce soit ains qu’il soit nuyt.
Je n’y voy goute. Qui y vist,
Il fault que couse à lunettes,†[-1]
Vecy des coustures bien faictes,
425J’ay mis la pièce auprès du trou,
J’en suis tout tanné la brou, la brou.[+1]
J’ay autre chose à besongner,
55 ro]Car il me fault mes ongles rongner.
[+1]Il m’y fault prendre par bon desir,
430Je cuyde que j’aye tout loisir,[+1]
C’est bien demouré, quel prouffit,
J’attendray encor ung petit.
Dy moy verité et soyes ferme.
Si feray-je bien, dea, j’ay terme.
435Tout cela, ce n’est que du moins,
J’ay plus fort.
Quoy? estraint les mains,
Ou marché sur le pié?
Nenny.
Ce n’est que langage
Mais moy, j’ay enseignes certaines.
Se c’estoient fi[è]vres quartaines,
Mon filz, tu n’en tremblerois jà,
T’y fies-tu?
Es-tu à cela?[+1]
445Toy mesme, es-tu si fort beste?[-1]
Dea, dea, n’en baisse jà la teste,
Tu n’as garde du horion!
Tu en es bien.
Quelle raison?
As-tu enseignes?
Ouy vrayment.
450Monstre!
Mais toy?
Là premierement.[+1]
Non feray, tu en bouteras.
Ha! de vray, tu en gasteras
Bien tost, se tu es le premier.
Bien, se tu y vas le dernier,
455Ce sera pour les grâces dire.
Scez-tu quoy tu me feras rire?
De quoy?
Tu es loing de ton compte.
Dieu gard!
55 vo]Et n’avez-vous pas honte,
Belle dame, de mettre tant?
460Je me vois ici combattant
Tout seul sans voisins ne voisines
Et puis quoy, où sont mes botines?
Chez l’ouvrier, j’ay parlé à luy,
Avoir ne les pouvez meshuy,
465Jusques à demain au matin.
Qu’avez-vous trouvé en chemin?
Par Dieu, c’est tres mal labouré.
Pourquoy ay-je tant demouré?
Il fust pour vous saison de boire.
470J’ay recousu mes chausses.
Voire.
Je cuide qu’ilz soient presque bien.
Et puis sont vos ongles rongnez?
475J’ay fait vostre commandement,
Soupperons-nous point?
Ouy vrayement,
La table est en la cuisine,[-1]
Là bas.
C’est bien parlé, Rousine,
Mes botines?
C’est à demain.
480Devant.
Je vois querir le pain,
Et voir se la viande est cuitte.
Pleust à Dieu que je fusse plus vitte,
Et ung bon tresorier fust nostre,
Je m’iray coucher en apostre,
485Aujourduy piedz nudz, c’est raison,
C’est celle de nostre maison
Qui joue ses jeulx, mais quoy? j’endure.
De coucher il n’est pas saison,
C’est celle de nostre maison,
490Qui m’apaise de son blason.
Celle ne craint que j’aye froidure,
C’est celle de nostre maison
Qui joue les jeux, mais quoy? j’endure.
Estes-vous point party? trop m’y dure.
495S’il le sçavoit, d’ung an entier,
Soyez certains par saint Regnier,
56 ro]Je n’auroyes bien, velà le cas.
Ils sont plus froiz que verglatz;[-1]
Quelz gorgias, quelz galeretz,
500Ce sont varletz dimencheretz,
Des sept au blanc, quelz paladins!
Et puis s’ilz cuident estre fins,
Mais je suis encore plus fine.
Car ilz en ont de la botine,
505Tout du long, j’en cheviray bien,
A Gaultier, cela n’est rien,[-1]
Car je scay bien où on les vent,
Je luy en baille bien souvent,
Dont il ne m’en dit pas grant mercis.
510Je croy que Gaultier est assis,
Je m’envoys, car il luy ennuye.
Or me dy, se Dieu te doint joye,
Par quelque point ou quelque voye,
515Le lieu où elle t’a promis,
Veu que nous sommes tant amys
Et sçavons assez l’ung de l’autre.
Sçauroys-tu en faire la peaultre,
Me diras-tu point verité
520En me promettant ta loyauté[+1]
Comme ung compaignon doit faire,
Dire le lieu de son repaire
Où elle t’a dit.
Seurement,
Le te diray bien loyaulment,
525Sur ma foy.
Sces-tu le logis
Où nous mengeasmes les mauvys?
Deus vray, à peu que ne le croy.
C’est leans.
Je jure ma foy
Qu’au dit lieu el m’a baillé terme
530A huit heures.
Quoy?
Qu’elle est ferme!
A quelz enseignes?
D’ung soulier
Que vecy.
C’est pour affoller,
Et j’en [ai] eu une botine.
Montre ça.
C’est tout ung.
Rousine,
535Ha! vous jouez d’ung grant mestier,
Ce sont les botines Gaultier!
Seurement nous en avons d’une.
Se la rencontre sur la brune,
El dira par chacun quartier
540Que j’ay des botines Gaultier.
Par le sang bieu! Nous l’avons belle,
Elle est d’une faulce femelle!
Je cuidoys estre tout routier,
Mais j’ay des botines Gaultier,
545Je vous prie, n’en dictes mot.
Sainct Jacques, il y fait sot
Que la dosser ung jour entier,
Sert-el des botines Gaultier.
Mot, bon gré saint gris, qui sauroit
550Nostre cas chacun nous huroit.
El nous a comme ung bastier
Baillé les botines Gaultier.
S’il est sceu par quelque sentier
Qu’i nous soit advenu cecy
555Comme des Gallans sans soucy,
Des gaudisseurs, des bas persez
Ou joyeuls mondains, c’est assez
Pour estre raillé une année.
Ceste cause est assez menée,
560N’en parlons plus, allons-nous-en,
Nous deulx par derriere coyement,[[561]]
Dy-je bien.
Ouy sus, sus à tout,
Il en fault saillir par ung bout,
Temps est de faire departie.
565A Dieu command la compaignie.
EXPLICIT.
[IX.] Farce des Amoureux qui ont les bottines Gaultier.
[16] peut-être faut-il entendre: “mots sont mots”?
[85] La règle de l’enchaînement des répliques par la rime n’est pas rigoureusement observée. Cf. aussi 115. La phrase est d’ailleurs dépourvue de principale.
[100] L’expression m’est inconnue.
[114] hauvoy?
[157] vert: vair (fourrure).
[160] vermeil d’a. L’expression m’échappe.
[288-9] la librairie, la bibliothèque du Couvent des Grands Augustins, entre les rues Dauphine, Christine, les Grands Augustins et la Seine. Cf. Franklin, Les Bibliothèques de Paris. t.I, pp. 380 ss.
[303-4] appelay: celay: part. passé.
[386] envis: à regret.
[505] Des sept au blanc, expression du jeu de dés, mais je ne la comprends pas.
[540] Le moment où chacun des galants produit la bottine qu’il a reçue en gage de la même femme de Gautier, est d’un comique intense et d’un effet sûr.
[551] Le mot bastier m’est inconnu.
[561] Gallans sans soucy est le nom d’une compagnie dramatique connue du XVe siècle (cf. G. Cohen, Le Théâtre profane, 1931, p. 54). Cette farce, comme d’autres du Recueil Trepperel, est un proverbe en action.
[vignette]
La confession du brigant au curé
[vignette]57 vo]
FARCE NOUVELLE DU CURÉ ET DU BRIGANT.
Je suis desconfit de quinquaille,
Tout mon argent est despendu.
A malle hart soit-il pendu
Qui soustient ne denier ne maille!
5Or n’est-il rien qui ne me faille
Et grant planté d’escuz vieulx.
Ma robe a le ventre creux
Depuis que je n’ay eu nul gaige.
Tout me fauldra en mon mesnaige,
10Du pain, du lart et du fourmaige.
Je ne le tiendray pas à saige
Qui passera ains que je couche.
Voicy la feste qui s’approuche
De Pasques et pour ce, à ma cure
15Je veulx aller à l’aventure
Confesser mes paroissiens,
Car ilz sont si très negligens,
Que ce n’est que toute ignorance,
Pour acquiter ma conscience.
20La Dieu mercy, je suis tout prest.
Aller me fault sans nul arrest,
Et il convient que je me haste.
Mais un homme sans baston[-1]
Est à la mercy des chiens.[-1]
25Or avant, je ne crains rien,[-1]
Dieu me conduye et Nostre Dame!
Par la croix bieu, il ne passe âme,
Je ne fais icy que morfondre,
Je prie à Dieu qu’il me confonde,
30Si je ne voy là quelque proye.
Ho! Ho! Il convient que je voye,
S’il y a point de compaignie.
Sang bieu! vous y perdrés la vie
Tantost, domine Curate.
35Je me suis assés toust hasté,
Je seray bien tost à mon estre.
A mort! A mort!, demourés, prestre,
Il fault retourner par deçà!
Hélas! hélas! Et qu’esse là?
40Pour Dieu, ne me faictes nul mal!
Vient-il à pié ou à cheval?
Je n’ay veu âme quelconque.
Vous avés peur, maistre gallant!
Je cuydoye premierement
45Que se fussent mauvaises gens,
Mais non sont, Dieu mercy.[-2]
Jamais ne partiray d’icy
Que n’aye compté vostre monnoye.
C’est donc pis que ne cuydoye,[-1]
50Las, ne me faites nul effors!
Je te mettray la dague au corps,
Par la chair Dieu, se tu dis mot.
Nenny, je ne suis pas si sot,
Il n’en sera jamais nouvelles.
55Çà, de l’argent.
Il n’y a rouelle,
Par le Dieu qui me fist, en ma tasse.[+1]
Parle bas, qu’i ne passe[-2]
Quelqu’un qui face empeschement.
Vous dictes vray, par mon serment,
60Je l’avoye oublié,[-2]
J’ay mon argent tout employé
Au luminaire de la feste.
65Je vous donneré (ung) pot de vin,[+1]
Beau sire, et soyons amys.[-1]
Baille des escus cinq ou six,
Tu n’auras garde qu’on le t’emble.
Je n’en vis oncques tant ensemble,
70Par Dieu qui me fist, en ma bource.
S’il convient que je me courouce. . . .
Se feroit une grant peine.[-1]
Voicy la longue sepmaine[-1]
Que je veulx estre confessé.
75A! par Dieu, tout sera laissé,
Devant que je vous confesse.[-1]
Or sus, mectez-vous à vostre aise,
Debout, assis ou à genoulx,
Et dictes benedicite Dominus!
80Dy-le pour moy!
Benedicite sempiternum
Secu corda predicale
Spiritus sancti, amen.
Or dites donc, je me confesse.
Dy-le pour moy.
85Je me confesse à Dieu.
Et maulgré bieu du vilain prestre,
T’en veulx-tu desjà aller?[-1]
C’est ung mot de confession.
Par la mort sans remission
90Je te tueray, se tu quaquettes.
Or sus, dictes voz besongnettes,
Avez-vous prins rien de l’autruy?
Et morbieu ouy,
Quant je jouoye aulx espinettes
95Avec les belles fillettes,[-1]
Je leurs ostoyes leurs espingles
Et les donnoye à d’autres filles.
Or Dieu le vous pardoint, sire![-1]
Comment vous va du peché d’ire,
100Vous courrocez-vous voluntiers?
Quant je vois par my les santiers,
Une ronce ou une espinette
Me happe par my ma jambette,
Incontinent je maulgroye Dieu,
105Et la coupe par le mellieu,
Voire tout bas, sans mot sonner.
Dieu le vous vueille pardonner,
Mais d’argent prendre, il s’en fault faindre.
Si fois-je quant n’y puis actaindre.
110C’est bien fait, car Dieu s’en courrouce.
59 ro]Avez-vous point veu en la bource
A ces gallans et joué de force?
Nenny, par Dieu, pas encore.†[-1][[113]]
Or sus, faicte bien vostre deu,
115Il faut laisser chascun son fais.
Par le sang bieu, je suis emprès,
Encore ne fais que commencer.
Il vous fault très bien penser
A mettre tout hors, mon amy.
120Aussi fais-je tant que je puis,
Mais le pertuis est trop petit.
Se sera vostre prouffit,[-1]
Mon amy, ne laissez rien.[-1]
Mon prouffit, par saint Julien,[-1]
125Au moins y ay-je esperance.[-1]
N’avez-vous pas en Dieu fiance?
Dea! ne vous hastés qu’à vostre aise.
Nenny, dea, je suis bien aise,
Vous fais-je point de desplaisir?
130Nenny non, faictes tout à loisir,[+1]
De vous amender j’ay grant joye.
Je vaulx mieulx que je ne faisoye
Des escus, par Dieu, plus de six.
Vostre confession, beau filz,
135Elle doit estre parfaicte.[-1]
Elle sera par Dieu toute nette[+1]
Se je puis, avant que la laisse.
Dea, il ne fault pas que l’on laisse
Aucuns pechés, n’en laissés nulz.
140Je prens les grans et les menus,
Certes j’en foys bien mon effors.
Dieu vous sera misericors.
Or sa, savés-vous autre chose?
L’autre jour, il y a grant pose,
145On avoit mis ung gras chappon
59 vo]A la gelée toute nuyt
Et je le prins.[[147]]
Dea . . .†
Par le sang bieu, je le mengay
Sans sel, dont je m’en confesse.[-1]
150Or ça, oyés-vous point la messe
Au dimenche, quant elle sonne?
Je l’oy bien d’où je suis.†[-2][[152]]
Par Dieu, vous avez grant somme,
Mais que faites tousjours ainsi?
155J’en ay beaucoup Dieu mercy.
Or mon amy, dictes après
Sans faire tant de replicques.
Je mengay l’autre jour des trippes
A une tripière qui passoit
160Et luy abbatis son bacquet,
Tant que la gresse cheut à terre
Et laissé là mon couteau.[-1]
Dea nous en sommes bien et beau,
Confession est-elle faicte?
165Par le sang bieu, elle est nette,[-1]
Je ne sçay en ma conscience
Plus riens seul, s’il n’est bien sauvaige.
C’est vostre prouffit,†[[168]]
Se je n’y ay part, j’ay fiance.
170Or sus donc, que l’en s’avance.[-1]
Il vous fault avoir penitence
Pour vos pechés pardon avoir.
Monsieur, vueillés y penser,
Car si vous me baillés grant charge,
175Je ne la sçauroie porter.
Ego asuote (?)
De la crouste d’ung pasté
Sicut erat sempiternum
Spiritu sancti amen.
60 ro]Sire mor, mon amy,†
180Vous estes garny de grant sens.
Vertu bieu, je eschape bien aucy,†[[181]]
Que je n’é pas laissé l’endosse.
Mor bieu, je le reviens par cy,
Je m’en vois à mon avanture
185Confesser mes parroisiens.
Prenés en gré l’esbatement,
Sire Dieu le vous pardonne.[-1]
Adieu vous dy pour maintenant.
FINIS.
[X.] Farce du Curé et du Brigant.
Quant aux vers 82-84:
Benedicite sempiternum
Secu corda predicale
Spiritus sancti amenet 175-178
Ergo asuote
Sicut erat sempiternum
Spiritus sancti amen,
je n’y vois aucun sens ni aucune référence. Benedicite est une formule de salutation. Ego asuote pourrait être une corruption de ego absolvo te, formule d’absolution dans le sacrement de pénitence. Spiritus sancti rappelle la formule de bénédiction in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Sicut erat vient certainement du Gloria Patri, verset final des psaumes à l’office. Mais il est à noter que dans ces vers le procédé n’est pas le même que dans le numéro VIII. Là il s’agíssait de mots pris au petit bonheur et un peu partout dans un livre d’église, paroissien, psautier ou autre, mais pris tels quels tout de même. Ici les mots sont corrompus, par ignorance ou de propos délibéré, et il me semble impossible de dire où certains d’entre eux ont pu être pris.
[96] espingles à corriger en espinglettes.
[181-3] Texte altéré, comme en témoigne l’absence de rimes.
[† 80-5,] compte des vers impossible.
[113:] Il manque un mot à la fin, pour rimer avec le deu du vers suivant.
[147,] O: iulfhange (faute d’impression, incompréhensible).
[152:] Vers incomplet de la fin qui devrait rimer avec somme du suivant.
[168:] Il manque un mot comme: davantage.
[179,] O: mor ise (mots estropiés pour lesquels je ne vois pas de correction à proposer).
[181:] Ne rime ni avec le vers précédent ni avec le suivant. Il se pourroit que 182 et 183 aient été intervertis, mais cela ne lève pas la difficulté.
Hau, Jenin!
Plaist-vous, Maistre Pierre?
Metz ma table, ça ma chaire!
Ung marchepié, tost ung coussin!
Vecy tout, faictes bonne chère.
5Or prens le pot et va au vin.
Vous en aurés tantost de fin,
L’on a crié du moult de Rin,
En voulés-vous avoir ung pot?
Apporte du pain blanc, Jenin,
10Et ung bon pasté de poussin
Et ung formaige d’agnelot.†
Je te diray tout plainement:
Marier te vueil richement,
15Ta peine aura guerdonnée.[-1]
Femme seroit mal asseurée,
Et ce seroit mon, par mon âme,
Je pense pour vivre sans femme,
Quelque chose (que) vous me faciés estre.[+2]
20Et quoy Jenin?
Ung saige prestre,
Si auray gaigné mon escot.
Comment pourroit ung clerc sot[-1]
Parvenir en l’ordre de prestrage?[+1]
Je escripray, si te treuve sage,
25A l’examen qu’on te reçoyve,
Et s’il est besoing qu’on en boyve,
Je payeray le vin à eulx.
Or escripvés ung mot ou deux
Par dessus pour sçavoir à qui
30J’adresseray.
Est à celuy
Qui des prestres fait l’examen.
Or va, que Dieu te conduie.
Amen.[+1]
Adieu, je m’en voys à la court.
62 ro]Quant tu auras fait, retourne court.
35Il ne fust oncques à l’escolle[+1]
Et si cuide estre prestre acop.
Si m’en vueil aller tout d’une tire.[+1]
Où est la lettre de mon sire,
40Que dois à la court porter?[-1]
A l’hostel me fault retourner,
Car je l’aie là oubliée.[-1]
Ha! ha! non est, je l’ay trouvée,
Elle estoit en ma main senestre.
45Je vois là ung seigneur ou prestre,
Je vois à luy; “Sire, à qui esse
Que ceste lettre-cy s’adresse?
Lisés ceste lettre à part soy.”
Ces lettres s’adressent à moy,
50Je les vois ouvrir et puis lire:
“A mon seigneur et honoré sire
Le secretaire à Monseigneur.
Cher amy, ung serviteur
Que j’envoyes par devers vous,
55Suppliant, cher sire doulx,
Que, se le trouvé assés saige,
Qu’il aye l’ordre de prestaige,
J’aye escript ceste patenostre,
Et par Pierre le serviteur vostre[+1]
60A faire tout vostre bon plaisir.”[+1]
A ce que j’en puis en ouyr,
Tu veulx estre prestre, fais point.
Ouy, Monsieur, c’est le point,[-2]
Pour quoy je suis en court venu.
65Or en bonne heure, que sces-tu?
Es-tu clerc, comme il appartient?
A! je suis clerc voyrement,
Je sais bien chanter en la maison[+1]
Sanctus et kyrie leyson.
70J’ay esté grant clerc autrefoys.
Par Dieu, tous mes parents en sont,
Mais je n’en suis pas, sauf vostre grâce,[+1]
S’il vous plaist, menés moy en la place[+1]
75Où l’examen sera huy.†[-1]
Je te demande se tu sces,
Sur ce je te examineray
Puis après je te passeray
Se tu respons bien.
N’en doubtés!
80Je te demande se tu ses
Comment avoit jadis à nom
Le père aux quatre filz Aymon,
Son nom nommer te convient.[-1]
Par le corps bieu, je n’en scay nient.
85Ne sces-tu le père d’où vient
Le gendre Aymon?
S’i vois penser,
Je ne scauroye deviner
Ung nom que je n’ouys oncques.[-1]
Tu ne seras point prestre doncques.
90Or t’en reva dire à ton sire
Que tu sces peu pour estre prestre.
Ce fol icy est tout yvre[-1]
Et si cuide estre prestre fais,
Il en est beaucoup d’ainsi fais
95Qui cuident sans elles voller.
J’ay plus d’ennuy à m’en aller
Cent fois que n’eus à venir.[-1]
Je voy mon prestre revenir,
Je vueil aller au devant.[-1]
100Sire, bien soyés venant[-1]
Tant estes simple; de quoy esse?
Quant chanterés-vous vostre messe
Entre vos parents et les miens?
Par Dieu, maistre, je n’en sçay riens,
105Je reviens tel que g’y allay.
Ainsi dit-on qui a les biens.
Par Dieu, maistre, je ne sçay riens.
Je n’entens pas bien vos moyens,
Mais à quoi a-il tenu[-1]
110Que l’examen n’estes passés.
Ouy, il a tenu assés,[-1]
Car il m’a fait une demande
La plus terrible et la plus grande
Que j’ouys oncques en ma vie,
115Je ne l’entens non plus qu’ebrieu.
63 ro]T’a-il dema[n]dé de quoy Dieu
Fist les elles sainct Michel,[-1]
Ou dequel bleu il tint le ciel?
La demande estoit bien plus grande.
120Je croy qu’il te demanda donc
Où les roulés Gabriel sont
Dont il salua Nostre Dame.
Et non fist, bon gré mon âme,[-1]
Mais sans plus dema[n]der†[[124]]
125Je le vous diray, s’il vous plaist.
Je t’en prie.†[[126]]
Se n’est qu’une tromperie,[-1]
C’est ung sens bien recommandé
Et saichés qu’il m’a demandé
130Comment avoit jadis à nom
Le père aux quatre filz Aymon,
A! c’est forte chose à entendre.
Je te le feray bien aprendre
Par exemple.
Dictes avant!
Ouy, je le congnois bien et beau.
Et n’a-il pas quatre filz?[-1]
Si a deux grans et deux petits,
140Je les congnois bien orendroit.
Et viens ça, qui te demanderoit
Qui est le père des enfants
Collard le Fèvre, sot meschant,
Que respondrois-tu?
G’y voys voir,
145C’est Collard le Fèvre,
Car je cong[n]ais ses enfans cy,
Aussi leur père nourrisier;
De vos promesses ne suis fier,
Qui les croit, il pert bien sa peine.
150Je m’en voys, car je n’aye vaine
Qui à vous servir s’estudie.
Vous ne me verrés de sepmaine;
155Prestre seray, je vous affie,
Et puis je gaigneray ma vie
Sans servir, ainsi qu’autres font.
Ne m’arguë plus, va-t’en,[-1]
Sans plus te trouver en ma voye.
160Dea, il m’est advis que je voye
Le prestre à qui ores parlé,
Par Dieu, je le salu[e]ray
Affin que le tiengne en amour.
Monseigneur, Dieu vous doint bonjour,
165Je viens à vous encor sçavoir
Se vous me voulés recepvoir
Comme prestre en peu de parolles.
Tu n’as point esté aux escolles
Depuis que ceans te reprins.
170Non, Seigneur, mais j’ay aprins
Ung mot que demandé m’avez.
Et quel mot fusse?
Vous sçavez
Que demandés m’avez le nom
Du père des quatre filz Aymon[+1]
175Et j’ay aprins le nom, beau sire.
Il est vray, tu ne sceuz dire,[-1]
Je te filz penser bien avant.
Dea, je sçay bien maintenant
Le nom, si le congnois bien,[-1]
180Car je l’ay sceu par le moyen
De mon maistre, qui le m’a dit.
Est-il mort?
Nenny, il vit,
Et demeure près ma maison.
Qui? le père des filz Aymon?
185Voire, par Dieu.
Et tu t’abuses.
Et que vous me faictes de ruses,
Je le congnois mieulx qu’un denier!
Touteffois je veulx essayer
Se tu congnois bien ou non
190Le père au[x]quatre filz Aymon,
Quel est son nom, pense à brief dire.
Collart le Fèvre, de quelz nopces,
195Seroit-il père aux quatre frères?
Les filz Aymon ont-ilz deux pères?
Dy moy comment, ne par quel art?
Ilz n’ont nul père que Collart,
Et en debatissiez cent foys.
200Sy ont, si.
Non ont, par ceste croix.[+1]
Par sainct Jehan, se tu me croix,
Se tu as argent, si va boire,
Car prestre ne seras-tu pas,
Car tu ne sces rien aprendre.[-1]
205Mais vous le me faictes entendre,
Ne me faictes plus cy attendre,
Mettés-moy en estat de prestre.
Se tu as argent, si va boire,
Car prestre ne seras-tu point.
210Sainct Jehan, me voicy en bon point,
Je n’ay ordre ne benefice,
Et si suis hors de mon service.
Se j’eusse sceu à deviner
Du père aux filz Aymon nommer,
215Je fusse prestre maintenant.
Pourtant vous, jeunes clercz, souvent
Se prestres vous voulez passer,
Le père vous fauldra nommer
Des filz Aymon ou nullement
220Ne passerés à l’exament.
Ce m’ait Dieu qui gard par sa grace†[[221]]
Tous ceulx qui sont en ceste place.
FINIS.
Jamais ne suis ensommeillé.
Il est bien matin esveillé.
5Soit en repos ou travaillé,
Nul ne peult fouir mes esbatz.
Il est bien matin esveillé
Auquel je ne viendroye à pas.
Pourtant pour avoir mon repas,
10Je m’en voys à l’adventure,
Sans bruit mener, voulant, tout coint,
Par les voyes, car ma nature
Est de frauder toute creature,[+1]
Mais qu’il n’y apperçoyve point,
15L’en le voit bien à ma nature
Que ne dit mot, mais elle point.
Par ma foy, je suis bien appoint
Pour tost trouver une grant bourde
Et sur plain champt ung contrepoint,
20Et ne me chault se elle est lourde,
Gresle, petite, grosse ou bourde,
Et joue bien de la toupie.
Qui est celuy qui nous espie?
Ne pourroit-on trouver nul gaing?
25Ung jour aura de tromperie,
Ha! ha! que Dieu gard le compaing!
Et vous aussi jusqu’à demain
Qui vous bailleroit aultre garde.
Qui vous maine par ce beau plain?
30J’ay grant plaisir quant vous regarde.
Et vous aussi, mais on vous tarde
D’estre, vostre nom sçavoir veulx.
Je suis subtil comme moustarde,
65 vo]Chascun m’appelle Cautelleux.
35Votre nom?
Barat le gueux.
Touche cy, nous yrons nous deux,
Petris sommes de mesme paste.
Il n’en scet rien qui n’en taste.[-1]
Va tout beau, nous n’avons point haste,
40Prenons à loisir nostre chemin,[+1]
Car tel poyera nostre giste
Qui n’y pense pas, mon cousin.
C’est bien exprimé, mon voysin.
Vecy besongne qui nous vient,
45Et pourtant il nous convient[-1]
Aufort penser sur la pratique.
Ne te chaille [de] la pratique,
Laisse le venir seulement.
Avant, Baudet tout bellement,
50Dieu te gart de mal, je l’en prie,
Descendre vueil, je le t’afie,
Car je te sens estre grevé,
Je te tiens si bien esprouvé
Que tu ne faulx, s’il n’y a cause.
Alors descent de dessus l’asne et dit:
55Allons donques sans faire pause
Maintenant, quant je suis à terre.
Hay, hay, baudet, allons grant erre,
Car j’é au marché bien affaire.
Vecy nostre emprinse, mon frère,
60Voy-tu cest homme, il est sourd.[-1]
Je le croy bien, ho! qu’il est lourd,
Il n’a guère qu’il fut frappé.
Tu m’as très bien servi longtemps.
65Je cuide qu’il a huy sept ans
Que t’achettay hay à Anthay.
Vien ça! par mon âme, je sçay
A mon advis bonne cautelle,
Nous yrons par ceste sentelle
70Le suivant pas à pas tout beau
Puis deschevestreray le museau
De son asne par bonne guise,
Et après luy tout en chemise
66 ro]Chemineray enchevestré.
75Ho! qui sera bien empestré?
Voire que tu enmeneras son asne
Et je te diray que suis âme
Qui suis parti de Purgatoire.†[[78]]
Tu le luy feras bien accroire
80Or avant, qu’on se delivre!
Il fauldra bien que je te livre
A diner, allons tost baudet,
Tu me mordis tres bien le doy
Hier matin quant je le regarde,
85Hay avant, hay, tu n’as garde[-1]
Que je t’en fasse pis, Martin!
Je ne vis onc homme plus fin
Que mon compagnon, par mon âme,
Au fort je voy mus[s]er cest asne
90Dedens ce boys qu’il ne revoye.
Nous n’avons plus guère de voye,
Hay, hay, Martin, tost avant,
Hay avant, bodet, ho! Jésus,
Benedicite dominus
95Et credo ave Maria
Agimus tibi gratias,
Dieu me gart de tentation
De par la saincte Passion,
De Jesucrist je te conjure
100Et que tu me dies ton estre.
Je suis vostre Martin, maistre,
Qui vous ay servy des ans sept.
Or ay ma penitence fait
Qu’on m’avait ordonné affaire,
105Sortant du feu de Purgatoire,
Suis devenu asne sept ans,
Mais maintenant fine mon temps.
Si m’en vois droit en paradis,
Là prieray Dieu pour mes amis,
110Si vous vouldroye bien requerir
Que, pour mon voyage finir,
Pour ce [que] bien vous ay servy,
Si bien qu’oncques ne failly,[-1]
Que vous me donnés de vos biens.
115Tu ne faillis jamais en riens,
Si te donneray en charité[+1]
Demy escu pour merité
Pour passer chemin jusque sa.
66 vo]Or tien, mon Martin, et t’en va!
120Adieu soyes qui te conduie,
Celluy cheveste si t’ennuye,
Baille-moy, mon bon Martin!
Il m’en fault ung à celle fin
Que je ne menge pas l’avaine
125Des autres, car je faulx de peine
Dont suis afamé comme ung chien.
Or l’emporte, je le vueil bien,
Dieu te rende par sa puissance
De ta peine grant allegence,
130Recommande-moy à tous les sains,[+1]
Je t’en requiers à joinctes mains,
Mon bon Martin, or va, adieu!
Plus n’aresteray en ce lieu,
Adieu vous dis, mon tres doulx maistre,
135Se je ne l’ay assez fait paistre,
Je vueil qu’on le face pour moy.
O doulx Jesus en qui je croy,
C’est grant fait que de mon pouvoir,
Car je voy à l’ueil cler pour veoir
140Que ta vertu n’est pas menue,
Quant tu fais d’une beste mue,
Devenir âme, c’est grant fait.
Il n’y a au monde si parfait,[+1]
Comme moy vouldriés vous Dieu estre?
145Nous avons l’asne et la chevestre
Et de l’argent encore avec.
Et tu as ton senglant gibet.
Ouy, par mon serment assés.
Tu as contreffait les trespacés,[+1]
150Or vrayment je meurs de rire.[-1]
Je ne sçay quelle part je tire
A la ville ou à l’ostel,
Par mon serment il y a tel,
Je vois à la ville grant erre,
155Là je vendray mes potz de terre
Que g’i laissay à l’autre fois.
Mon compaignon, se tu me crois,
Nous irons jouer à la ville
Et mangerons ung tronc d’anguille
160En faisant quelque autre fatras.
Je iray là où tu me menras,
67 ro]Je me gouverne par ton dit.
La fine peau, il ne mordit
Oncques deux cinges ou je le cuide.
165Je voy la place toute vuide,
Il me fault apprester mes potz,
J’auray marchandé à deux motz
Tant seullement, mais qu’argent faille.
Mais que besongne ne nous faille,
170Nous parferons nostre journée.
Nous ne fauldrons, jà ne te chaille,
Mais que besongne ne nous faille,
Nous en prendrons encor en taille,
Jusques il en aura admené.
175Mais que besongne ne nous faille,
Nous parferons nostre journée.
Je voy nostre barbe pelée,
L’homme, dont nous avons eu l’asne.
Tu dis verité, par mon âme,
180Il vend des potz que il a fait,
Encor luy en fault bailler une.
Mais de quoy? il n’a chose aucune
Dont il nous peust sortir prouffit.
185Mais que nous trompons il souffit.
Je te diray que je feray:
Deux potz marchander droit yray,
Et tu vindras comme incongneu
Me faire ung grant bien venu,[-1]
190Me disant, quant viendra au fort,
Nouvelles que mon père est mort,
Et tu verras bonne risée.
Tu l’as eu bien tost advisée,
Or va, je viendray sans attendre.
195Ce marché ne vault riens pour vendre,
Je ne fis croix de ce jour-cy.
Combien me coustera cecy?
Ces deux, dictes-moy à deux motz.
Il marchande et en doit prendre deux.
67 vo]Or ça, voulés-vous ces deux potz?
200Vous n’en paerés que six tournois.
Par ma foy, avant demouroit
L’ouvraige d’icy à Caresme.
205Vous estes trop plus cher que cresme,
Advisez, voulez-vous argent?
Dieu gard le compaignon gallant!
Comme vous va de la santé?
Très bien, et vous? Où a été
210Si longuement le compaignon?
Ilz s’embrassent, puis Cauteleux reprent
ses potz.
J’ay demouré en Avignon
Par tout le pays de là-bas,
Où j’ay veu certes maintz esbatz
En Arragon et en Espaigne,
215J’ay esté partout en Castellonne[+1]
En Auvergne, Forrez, Languedoc,
Voire à l’isle de Medoz,[-1]
A Bordeaux et à La Rochelle;
De là m’en sus venu par deça.[+1]
220C’est bien trippé, mais puis or ça,
En nostre pays que dit-on?
Ung nouveau qu’il n’est pas trop bon,
Aussi ne le diray-je mye.
Barat le gueux, je vous supplie,
225Dictes-le-moy ou je mourroye.
Par mon serment, je ne feroye.
Et vous le me pouvez bien dire.
Je n’oseroye, par Dieu, beau sire.
Pourquoy non, dictes-luy hardiment.
230Je vous prometz par mon serment,
Amis, qu’il ne vous plaira mie:
Vostre père n’est plus en vie,
Il est trespassé puis septembre.
Il met les potz contre terre et en casse deux.
68 ro]Est-il mort? je n’ay sur moy membre
235Qui se puisse tenir en dresse.
Ça, argent!
Ha! la grant detresse!
Payés-moy, de ce ne me chault.
240Paiez-moy, paiez, qu’esse cy?
Certes, vous le me paierés contant.
Vous le mectez hors de son sans.
Dea, mon amy, je n’en puis mais,
245Se je l’avoye veu jamais,
Je ne doy point perdre le mien.
J’enraygeray, ce say-je bien,
Que n’ay-je ung cousteau tranchant!
Baille-moy mon argent, marchant,
250Faisant semblant d’aller à la rivière.
Allez-vous-en, villa[i]n dempné,
Je suis de tout point condempné,
Noyer m’en vois de cestuy pas.
Las! mon amy, non ferez pas,
255Vous le ferés tout frenetique,
Allez garder vostre botique,
Villain, que la fièvre vous tiengne!
Celle prune-là sera mienne,
Je ne fais fors que perdre temps
260Yci ainsi comme j’entens.
Le grant dyable ou fort,†[[261]]
De cela qu’il est si tost mort,
J’aimasse mieux qu’il fust en vie.
Par Dieu vecy bonne folie,
265Le bon homme comme je croy
A bien baisé le marmouset,
Je ne veis oncques mieux ouvrer.
Qui en pourroit encor trouver
68 vo]Ung aultre pour faire la fin,
270Je le tiendroye aussi fin
Comme droictement drap de soye.
Je requiers à Dieu, que je soye
Traisné, se ne luy en baille encor.
A! maistre, vous aurés ung tour,
275Or je bruleray tous mes livres;
Saint Mor, il n’en est pas delivre.
Je te diray que je feray:
Dedans ung sac je te mettray
Et je te lieray en plaine voye
280Et puis quand je l’apparceveray,
Je te siffleray que tu regardes,[+1]
Je luy diray qu’on te veult mettre
Abbé, mais tu ne le veult mettre,
Et luy prieray qu’il luy plaise
285L’estre, et il sera bien aise
Trestout le temps de son vivant.
CAUTELLEUX met Barat au sac
Certes onc homme ne fist mieulx.
Avant, metz moy dedens, il est heure.
Par mon âme, je demeure[-1]
290Trop, de m’en aller il est tard,
Or ça, que Dieu y ait bonne part.[+1]
Ce marché m’a peu prouffité,
C’est grant pitié en vérité
Que des denrées d’aujourd’huy,
295Ce n’est que peine et ennuy[-1]
Au temps qui court, par mon serment.
Crié je m’en vois hastivement,
Il ne fault jà attendre plus.
Cautelleux siffle.
Saint Jehan j’en suis tout resolu,
300Il n’est ja besoing de siffler,
Je voy illec en ce chemin
Ung sac tout rempli de bagaige.
305Qui l’a laissé n’est pas trop saige,
Car je ne le laisseray mie.
Le Villain veult prendre le sac et Barat se
remue et parle et le Villain s’enfuit,
puis dit BARATHélas! mes seigneurs, je vous prie
Que vous me laissez en ce point,
Car estre abbé je ne vueil point,
310Prenés ung aultre en bonne heure.
Ha! Vierge sans nulle blessure,
69 ro]Ha! Jesus Christ et Saint Anthoine,
Vueillés-moy mettre hors de peine
Et hors de toute temptation,
315Gardez-moy de dampnation,
Doulx Jesus Christ, je t’en requier.
Vostre office point ne requier,
Mettés ung autre qui mieux face.
Et qu’esse cy, royne de grace,
320Parle se tu es chose de bien[+1]
Et t’enfuis sans arrester rien
Se tu es chose de mal affaire.[+1]
Hélas! n’ayés jà peur, mon frère,
Ouvrés-moy le sac seullement.
325Je n’oseroyes par mon serment,
Hé! dea! je ne sçay qui vous estes.
Du lignage suis des prophètes
Et suis ung crestien baptisé,
Pour ce que l’on veult que soye prisé
330Tant que on veult de moy abé faire,
Mais je vueil vie solitaire
Au bois mener comme ung hermite.
Voire Saint Jehan, vous serés quitte,
Je vous desliray de ce pas,
335Mais pourquoi ne voulés-vous pas
Estre abé et estre à honneur?
Barat sault du sac.
A grant mercis, mon chier seigneur,
Pourquoi? Car je seroie trop aise,
Mais à mon vray Dieu jà ne plaise
340Que je mengusse que racines.
Se je sçavoye mes matines
Bien dire et tout mon office,
J’acepteroye mon benefice,
Et n’est-ce pas grant dignité?
345Sire, si est, en verité,
Pourtant ne le veulx-je pas estre,
Mais si au sac vous voulés mettre,
Vous serez abbé tout de tire.
Moy je ne sçay lire n’escripre,
350Et par Dieu je n’y vauldroye rien.
Il ne vous fault sçavoir nul bien
Sans plus que faire bonne chière
Et vous tenir sur une chaire,
69 vo]Disant cecy, faisant cela.
355Tu t’en yras cy et toy là
Et vous fera-l’en grant honneur,
Disant voulentiers: “Monseigneur,
Advisez si voullez l’office,”
Car l’en viendra à grant service
360Icy vous querir de ce pas.
Or me dictes donc par quel cas
L’en vous a dedans ce sac mis.
Le voulez-vous sçavoir, amis,
Affin que quant illec seroye,
365Que se retourner m’en vouloye
Que ne sceüsse le chemin.
Escripvez moy en perchemin
Autant de bien que leur doy dire.
Voulentiers se vous sçavez lire!
370Il ne fault tant seullement
Dire: “Baillez m’en largement.”
Entrés, mon amy, il est temps.
Ha! par mon âme, je m’attens
A bien faire du domine prior†[[374-377]]
375Ilz viennent.[[375]]
Le Villain doit entrer dedans le sac, puis
vient Barat qui le lie et dit.
Ne font pas.
Mais je croy qu’ilz sont en chemin,
Je priy à Dieu qu’il vous doint joye,
J’emporte vostre chappeau noir.
Dieu vous doint Paradis avoir,
380Ouy dea, ouy, emportez-l’en!
Cautelleux, approche, vien-t’en,
Je l’ay dedans le sac bouté!
Or, or il fault qu’il soit frotté.
Adonc Barat et Cautelleux vont au Villain.
Gardons qu’il ne nous saiche entendre,
385Or ça, estes-vous advisé?
Ouy, je vueil estre prisé,
Baillé-m’en sans plus, largement.
Cela ferons-nous baudement,
Tien cecy, happe celle noix.
70 ro] Ils le batent.
390J’en vueil avoir à ceste fois,
Baillés-m’en sans plus, ne vous chaille!
Si fais-je d’estoc et de taille,
Tien, tien, tien icelle male mure.[+1]
A la mort, je le veulx en l’eure!
395Baillez, je ne quiers autre chose!
Attens, va, car je me repose,
Croque cecy, garde moy cela,[+1]
Ord Villain puant et baude[-1]
Tire à toy ceste quinquenaude.
400A la mort, Monsieur Saint Claude,[-1]
A l’arme, à l’arme, au feu, au feu!
Oncques de l’heure que ne g[e]u,
Je ne veiz si bonne fredaine,
Fuyons-nous en bonne estraine,[-1]
405Affin qu’on ne nous treuve en faulte.
Cautelleux reffait
Cy que Barat fait,
Vous le pouvez voir.
Il n’est si parfait
410Ne si contreffait
Qu’il ne feist devoir.
Il n’est autre vie
Que baraterie,
Vous le voyés bien,
415Mais la fin n’est mye
Bonne, quoy qu’on die,
Aussi les moyens.
Qui sert en son temps
Ainsi que j’entens
420De faulce cautelle,
Dieu n’est mal contens,
S’il paye contens
Punition telle.
Seigneurs, je vous prie,
425Que nul ne se fie
En si mauvais art,
N’aussi en envie
Feu le brusle et art.
430He! que Dieu gart en bonne part.
Il me souffit que dehors je aille,
Ilz m’ont gasté de ceste part,
Or ça, il fault que je m’en aille,
Mais je vous pry que s’il y a faulte[+1]
435Du deffault en aultre apparence
Que grandement ne vous en chaille,
Mais supportés nostre ingnorance.
EXPLICIT.
[XII.] Farce de CAUTELLEUX, BARAT, et VILLAIN. En fait: Moralité entre personnages allégoriques.
[11] voulant a le sens de: volant, dérobant.
[16] que: qui.
[19] plain champt: plain chant.
L’Asne, un homme couvert d’une peau d’âne et marchant à quatre pattes comme celui d’Habacuc dans le drame liturgique. Après le v. 1000 c’est Cautelleux qui a revêtu une peau d’âne.
[66] Anthay. Anthé (Lot-et-Garonne)?
[205] plus cher que cresme, l’expression vient-elle du Pathelin ou est-elle d’usage courant?
[215] Castellonne: Catalogne, qui rime cependant mal avec Espaigne.
[217] Medoz: Médoc, encore célèbre par son vin.
[375] Cette scène du sac annonce celle des Fourberies de Scapin que Molière n’a pas jugée indigne de son génie.
[402] gu: geus, passé défini de gésir.
[vignette]71 vo]
Qui vieult veoir la male mariéee
Trop pis que on est en Enfer,
C’est moy qui suis apariée
5A une telle mal eurée,
Pire que fut oncques Lucifer.
O mauldite teste de fer,
Teste testue, teste verte,
Teste posée en faulx test,
10Teste qui jamais ne se taist,
Teste hongnant, teste hargneuse,
Teste lunaticque et fumeuse,
Teste à doze paire de tocques,
Teste plaine de friquenoques,
15Teste cliquant à tous propos,
Me donneras-tu jamais repos.
Qui vieult veoir le mal marié,
Le triboullé, le mal harié,
Vel[e]cy prest à estre infame,
20Empunaisi, mal copié
Et tout par le cul de ma femme.
Bon gré en ait Dieu et mon âme
Du cul et de la culerie,
25Du trou de la baculerie
Et suis-je en tel point baculé,
Fendasse puante et punaise,
Cul rond à très orde mesure,
30Crevasse plaine d’ordure,[-1]
Trou breneux dont tant de bren sort,
Le cul de tous les culz plus ort,
Me donneras-tu jà pacience?
Teste plaine d’impatience,
35Vuide de cerveau et de sens,
Teste qui à tous propos tence,
Par la teste trop de mal sens.
Hél cul qui porte la semence
Où se prent le puant enfant,
40De quoy je sçay bien qu’on m’ensence,
La nuyt, des fois plus de trois cens.
Faulce teste escervellée,[-1]
Pour toy me fault souvent fremir.
Feu Sa[i]nt Anthoine arde le truant
Qui porte le bas si puant!†[[49]]
50Ha! teste!
Ha! cul!
Rongne.
Ha! noise.
Vens!
Ha! marastre de paix![-2]
Or paix, de par le dyable, paix.
Et qu’est cecy? Estes-vous yvres?
55En seray-je jamais delivre
De cecy? si seray.[-2]
J’ay encore deux ans à vivre,
Je cuyde que je y pourvoyré.
Qu’i a-t’il? D’ont vient ce haroy?
60Vecy de très bonnes aubades,
Vous esveillerés les malades,
Si vous jouez tousjours si hault.
Ha! teste!
Qu’esse qui vous fault?
Hé! cul!
Hé, ruffien!
Hé, maquerelle!
Villain? pourquoy?
Hé! vieux cabas!
Comment, Tarabin,[-3]
70Dont procède ceste meslée?
Quel tresor!
Dragée parlée.
A quoi tient-il que ne te bas!
Tarabin.
Haa!
Tarabas, mon maistre mot!
Mais qui?†
75J’en suis le plus fort esbahy
Que je fus en ma vie de chose.
Comment le mary et l’espouse,
Tarabin, aussi Tarabas,
Mais dont sont venus vos debatz,
80Dictes-le-moy, je vous en prie?
La teste au dyable tousjours crie
Et à chascun propos se fume.
85La plainte doncques qu’avés faicte
Vous vient du cul et de la teste,
Je entreprens l’appointement
Et paix doncques!
Le ribault ment
Et le debat vient de la teste.
90Tarabas, voyés-vous, je proteste
Que ne criés plus si souvent.
Je n’oseroye pour le vent
Qu’i me fault boyre par embas,
Par ma foy.
Je le veux.
73 ro]Je n’en feray rien.
S’i le veult, je ne le vueil pas.
Avant respondés, Tarabas,
Me laissés-vous pour seul arbitre?
100J’en suis content.
Et sur ce tiltre
Voulés-vous que donne sentence?
Que sa teste à tous poins tance.[-1]
Que son cul à toute heure cule.
Refraignez ung peu vostre goulle,
105Mon maistre.
Teste dyablesse!
Pour Dieu, filete, ma maistresse,
Mettés vostre cas par escript.
Ja dy que son cul.[[108-110]]
Je dy . . .
Mais
Attendés qu’il achève tout.
110Je dy que sa teste luy volle.†
Et je dy que son cul barbote.
Quoy, estes-vous fol et vous sotte?
Mais laissés dire à Tarabas
Autrement sur tous vos debas
115Ne sçay quel appointement faire!
Avant!
Je . . .
Je . . .
Il te fault taire.
C’est de toutes testes princesse.†[[117-118]]
Dea, trop bien laisse-luy dire
Et puis vous parlerés après,
120Or dictes!
Du vent de ses brays
Sort une puante [s]enteur.
Mais.
Or parlés la première,[-1]
Autremen[t] n’aurons huy paix.[-1]
Or ça.
Son cerveau.
Mais ses petz.
125Sur cela je ne sçay que mordre.
Je vous requiers, tenez belle ordre,
Tenez, je vous deffens la paix,
Je tiens vos appointement[s] fais,
Au mains se vous me voulez croire.
130Quant il est chault, il le fault boyre,
C’est le pis encore que y voye.
Je vous requier, Tarabin,[-1]
135Ma maistresse, ayés patience,
Amendés vostre conscience.
Triboulle-Mesnaige t’aime
Et t’en donne tous les debas.
Or l’acolles donc, Tarabas,
140Et en la paine d’ung escu,
Puisque la paix a esté faicte,
Ne vous plaignés plus de son cul,
Ne vous de sa teste.†[[143]]
[[ Print Edition Page No. 98 ]]
De Tarabas scavés pourquoy
145Il a sa teste comme ung roy
Et vous ung cul comme ung pape.[-1]
Pourtant de ce debat eschappe
Entre vous deux comme qu’il soit.
Je ne tence plus.
Qu’elle ne pette,
150Velà de quoy je me combas.
D’accord Tarabin, Tarabas,
Il se doit en ce point entendre.
Maistresse, il fault de la cendre
Pour escurrer noz chandeliers.
155Serre bien tout.[[155-156]]
Se je casse ung pot,
Mon fait sera hydeulx.
Tu seras quicte pour deux,
Entens-tu?
Hélas! hélas! je proteste
160Que vous m’avés rompu la teste.
Qui veult de potz ung plain cabas?
Et à quoy?
A quoy, Tarabas?
Saint Jehan, à vous mettre d’acord,
165Que passé a ung an j’ay veu,
Vrayment mon père Bouteffu
Et ma mère Tiremelle,[-1]
Qui mengirent en une escuelle
Comment font les chatz et les chiens,
170Eurent beaucoup de povres biens
Mal acoustrez bon sus, bon jus,
Mais vecy encore oultre plus,
Il n’y a ne forme ne ordre.
A moy escure et destordre,
175Racler, fourbir et nestoyer!
Cependant garde le foyer,
Je voys cercher ce vielz bagaige.
Lave tout, Triboulle-Mesnaige,
Car il sent par trop le reclus.
180N’en parlez plus![[180,192]]
Va-t-en avant à la rivière,
En l’eau coulant fort et clere.[-1]
Despesche-toy, il est conclu,
Que muses-tu?
Rien au surplus.
185Ne faictes que querir la cendre,
Sa je sceusse à quel bon me prendre,
J’eusse dejà cy presque fait.
Tarabin, Tarabas en effect,
Je vueil avoir une escriptoire.
190Pourquoy?
Pour faire inventoire
Du mesnaige que on me baille.
Va, ne te chaille!
Je ne vueil point vous prendre.†
Ne te soucie, non.
Dy-je bien,
195C’est affin que amont ou aval
Ne soit dit.
Va tost!
Dis-je mal?
Et dictes encore une fois
Comme j’auray trestout au pois
A la livre ou à la balance,
200S’il m’avenait par ignorance
Laisser pot ou official.
Si compte tout.
Mais dy-je mal?
Ha! despesche-toy.†[[203-204]]
Il y a tout premierement
205Ung quoy, mais que dyable esse?
Vostre mouchecul, ma maistresse,
Ventre bieu qu’il sent sa migraine.
Et c’est vostre fièvre quartaine
Qui vous puisse serrer les dens!
210Qu’esse donc?
Ilz sont d’orde merque merqués.
Pardonnés-moy, je le cuydoye.
Item ung chandelier de mesnage,
215Et qu’esse icy, par embas?
Les vieilles brayes de Tarabas
220Et vous mentés, paillard coquin,
Car ce sont les petis draps langes.
Cecy, ventre bieu, qu’ilz sont grandes!
Je croy que c’est la poche au saffran.[+1]
Non est, par mon serment, c’est bren,
225Approchés ung peu la narrine.
Ce bren ne vint onc de farine.
Bren quoy? non est ou je le perde.
Tarabas, c’est saffren ou merde,
Mais le me cuidés-vous aprendre?
230C’est mon, par Dieu!
On me puist pendre,
Se je sçay que cecy peult estre,
Ha! c’est l’orillier de mon maistre
Ou son petit torchon de cul,
N’est pas, ma maistresse?
Tenés-vous estau,
Je l’avoye seur oublié.
Item qu’esse cy, desployé?
Il sent mal à la narine,
240Fy! sire, fy!
C’est l’estamine.
Et là?
C’est la selle persée.
Et cecy?
Le pot aux choux gras.
Et là?
Et cecy?
C’est nostre mortier.
245Et cecy quoy?
La ceillier.[-1]
Et qu’esse cy?
La poille à frire.
Despesche-toy, haro! tu hongnes!
75 vo]Vertu sainct gris, que de besongnes!
Comment fault-il qu’ilz soyent fourbis?
250Et bona dies sit vobis!
Pour quoy ne seront, dy, follet?
Et tous les potz qui sont au let,
Ces cueillières et ces escuelles,
Ces platz et ces aultres vaisselles,
255Les me fault-il laver trestous?
Oui, dea, tout seul.
Mais dictes-vous?
Sces-tu qu’il est? Depesche-toy
Diligemment!
Par ma foy,[-1]
Mon maistre entendés au compte,
260Je veil scavoir que tout se monte.
Il souffist, va-t-en!
Il y a tout premier. Item
Je vueil tout nommer et par ordre:
Ces drappeaux qu’i me fault destordre
265Et ces petites cuillières
Et ces essuiaulx deliés,
Le foret à percer le vin,
Le devantau de Tarabin,
Les petis draps de Tarabas.
270Item icy en ce cabas,
Qui i a-il? Ce sont des trenchouers,
Item quatre petis mouchouers,
Le salouer et autres vaisseaux
Et le mengouer aux pourceaux
275Item et la passe-purée,
Item les cuveaux à buée
Et le barillet au vinaigre,
Item ce qui put si aigre,
Sy sang bieu, que dyable peult estre?
280Ha, je sçay bien, c’est où mon maistre
Tarabas va à son retraict,
Le pot à chier, l’orinal.
Maistre, il me fault ung cheval
Pour porter tout ce cariage.
285Vous aurés vostre forte raige
Et ung sanglant estront de chien.
76 ro]Pensés-vous que je porte bien
Au col tout ce menu fatras?
Ouy, Dieux!
Chargés-moy les bras,
290Je m’en iray à la rivière.
Aufort, querés-moy la civière,
Je croy que tout y pourra bien.
Non, rien, rien,
Empongne ces potz à deux mains
295Et ces cruches.
C’est bien du moins.
Mais où logerons-nous ce linge?
Sur ta teste.
Je l’ay villaine.
Par la croix! s’il te meschiet
De perdre rien. . . .
Haro! tout chet!
300La charge m’est par trop diverse.
Tiens-toi droict!
Corps bieu! tout verse!
Envoy-la là plus par en bas.
Or pren cecy!
Sa Tarabin!
L’ung prens et l’autre tu abas.
305Ça, Tarabas!
Haa! gros yvrongne plain de vin,
Cecy est hault.
Ça, Tarabas!
Tenez, advisez, il se joue,
310Sainct Jehan, tu auras sur ta joue,
Sa, meschef, tu laisse[s] aussi
Cecy tumber.†[[312]]
Tenez, tenez, villain ordoux,
Allez, allez, paillart infame,
315Tirez avant!
76 vo]Sa, Nostre Dame!
Or tenez, le dyable m’emporte
Se meshuy je trayne [à] la porte
Ne les cuilliers ne les cabas,†
Les potz, les panceaulx et la cendre!
320Tenez, portez au marché vendre,
Plus ne seray vostre servant!
Velà tout. A Dieu vous comment!
Pardonnez-nous si nostre farce
A esté ung bien petit grace
325Et prenés en gré je vous prie.
Adieu toute la compaignie!
EXPLICIT.
[XIII.] Farce de Tarabin Tarabas. Les mots se retrouvent dans Pantagruel (xii) de Rabelais et sont à ajouter à mon Rabelais et le théâtre, 1911.
[324] ung bien petit grace; grasse cette farce ne l’est que trop et l’esprit en est absent. Pardonnons-lui au nom de Rabelais.
[49:] Appartient à Tarabas. Vers précédent manque.
[74,] O: mais qui ail.
[108-110:] Ne riment pas. Manque un vers.
[117-118:] Ne riment pas.
[143:] Vers incomplet.
[149:] Ne rime avec aucun autre.
[155-156:] Incertitude du mètre et de la rime.
[180, 192,] quatre syllabes.
[193:] Ne rime pas.
[203-204:] Ne riment pas.
[312:] Ces vers courts semblent ne pas rimer.
[318,] O: ne len cabas.
[vignette]
Les Frans Archiers qui vont à Naples
Escherra-il point à ma chance
Par ma promesse et vaillance[-1]
Que je soye ung coup chevalier,
Il n’est point meilleur poullaillier
5Sur la terre que ma personne.
Que dy-je, moy? Je ne vous sonne
Mot de mes faitz du temps passé.
Par le sang bieu, j’ay cabassé
Et raulday villages et champs.
10Vous eussiez veu les plus meschans
Venir vers moy plus dru que paille,
Ha! je ne crains pas une maille
Homme, s’il n’a plus de dix ans.
Bouter fault armes sur les rens
15Et prendre bastons et guisarmes,†
Je ne crains rien, fors les gendarmes!
Hardy tousjours me maintiendray,
Mais touteffois je me tiendray
Tousjours au derrière de l’ost,
20A celle fin que soye(s) plustost[+1]
Près de fouir, si mestier est.
Or sus, je seray tantost près,
Vecy tous mes bastons ensemble,
Je voy desjà Naples qui tremble
25De peur, par Saincte Katherine.
Or sus, vecy ma javeline,
El en pourra faire pourfendre
Et servira bien à estendre
S(i) ung coup je perdoys la journée,
30A quelque femme la buée,
Car el y est toute droit digne.
Pensez que feray bonne mine,
Mais que soye(s) sur mes adversaires,
Le sang bieu! je ne les crains guères!
35Ha! se Naples me congnoissoit,
Je cuide moy qu’il trembleroit,
Tant ay ung merveilleux couraige!
Ha! brief et court, je ne crains paige,
Ne houspaillier en quelque place,
40Mais que de fouir j’ayes espace.
Qui courre plus viste que moy?
Iray, ouy, certes, je iray,
Puis qu’à sermonner sermonner.
Il est temps de m’acheminer
45Que je ne soye cassay aux gaiges.
Je m’envoyes parmi ces villages
Pour menger poulles et chappons,
Lièvres, connilz, brebis, moutons
Et tout autelle sauvagine.
50Vecy une grant javeline
Qui m’aidera à les prendre,[-1]
78 ro]Pensez qu’el en fist plusieurs rendre
La journée Mont-le-Hery.
Vrayement je suis encor marry,
55Quant il me souvient du martire
Qu’el y fist, je ne l’ose dire,
En paradis en soyent les âmes!
Ha! vrayement gardent soy les femmes
De Naples de venir vers moy,
60Par la mort bieu je n’en prendray
Une à mercy que je ne tue,
[[ Print Edition Page No. 104 ]]
Croyez que de plaine venue
Je les mettray toutes en fruite.
Encore ne seront point quicte
65Que n’en face . . . , je n’en dis rien!
Se Dieu plaist, trestout ira bien,
Sinon les bossus et les tors,
Si fault-il esprouver mon corps,
Pour veoir comme je seray vaillant,[+1]
70Je prens le cas que maintenant
Bataille contre quelque paige,
Velà mon gantelet pour gaige.
A qui gaignera la victoire,
Demeure! “Non feray encoire,
75Pas ne suis si anienty.”
— Si feras, tu auras menty. —
“Mais toy, laisse-moy, laisse-moy.”
— Ha! non feray, par ma foy! —
“Ha! si feras, tu mentiras.”
80— Jamais tu n’en eschapperas,
Rens-toy à moy ou tu es mort. —
Par mon serment je suis plus fort,
Je ne crains homme qui soit nay.
Je m’en vay, c’est trop demouray,
85Car on a de moy grant deffaulte,
Il n’y a muraille si haulte
Que je ne abbate et foulle,[-1]
Et si ne laisseray jà poulle
A qui je n’oste la pepie.
90Adieu! toute la seigneurie,
A tous ceulx de nostre quartier,
Vecy aller le Franc Archier
Qui va bouter Naples par terre.
Touttefois iray-je en guerre?[-1]
95Ouy, nenny, ha! si feray[-1]
Et par ma foy, jà je n’iray,
Puis qu’une fois l’ay entreprins,
Je ne crains sinon d’estre prins
Et attrapé à quelque braiche
100Et puis avoir ung trait de flesche
Passé au travers de la cuisse.
Je n’iray point, non que je puisse,
Pour estre prins à ung passaige.
Si ay-je merveilleux couraige
78 vo]105Je ne m’en puis tenir sans doubte.
S’il y en a ung qui me boute
En quelque lieu par quelque oultrance,
Il n’aura point de delivrance
Qu’il ne soit à pié ou à cheval
110Haché comme chair sur l’estal!
Ne s’i joue homme, s’il me croit!
Ha! g’iray certes en effect,
Puis que ma teste est esmue.[-1]
J’enrage jà que je ne tue
115Et que ne bas ung capitaine.
Sang bieu! je donray mal estraine
Au premier qui viendra vers moy.
Se je meurs, il est fait de moy,
Ce sera beau reconfort,
120Ce sera ung franc archier mort.
On n’aura pas gramment perdu,
Si ne seray-je pas rendu
Du premier co[u]p que n’en despesche.
Sus! tant que la chose est fresche,[-1]
125Vienne qui s’en vouldra venir!
Je les feray bien esquarrir,
S’ils portent bastons ou guisarmes,
N’y passera jà nul gensdarmes.
Il me semble que meurs de deul,
130Sang bieu! je combatray tout seul,
Qui ne viendra bien vistement.
Je suis aspre, Dieu scet comment!
Quant me treuve en tel destour.[-1]
Je m’en vois, tandis qu’il est jour,
135Plus ne sçauroies icy songier.
Ha! j’auray quelque prisonnier,
De cela je suis tout certain,
Aussi en ay-je bon besoing
Pour avoir pourpoint et jacquete.
140Qu’esse-là? C’est ung eschaug[u]ette
Qui est là pour guetter le pas.
Ha! vrayment vous ne m’avez pas,
Vous n’avez garde que je passe,
Mais que de fouir j’aye espace,
145Vous ne m’avez pas, par Saint Gille!
Le sang bieu! ilz sont plus de mille,
Je n’en vy oncques tel troppeau.
Qui vive là! qui vive! hau!
Qui est là? Qui vive! qui vive!
150Jesus! quel besongne hastive,
Or est tout fait de ma vie!
Je n’en vis onc tel compaignie
Assemblée en ung monceau.[-1]
79 ro]Qui vive là! qui vive! hau!
155Qui vive! qui vive! qui vive!
Vive le quoy?
Dictes et puis je le diray
Incontinant tout maintenant.
160Non feray, tu diras devant,
Pense tost de te despescher!
Or vive! dictes le premier,
Vous direz devant que je dye.
Sang bieu! il est fait de ta vie.
165Jamais tu n’en seras delivre
Et ne sçauras jamais plus vivre
Se ne dis qui vive! soudain.
Attendez jusques à demain,
Et je le vous diray sans faille.
170Tu n’y gaignes pas une maille,
Puis qu’ung coup le te signifie,
Car brief il est fait de ta vie,
Jamais ne mengeras de lièvres.
Or trèves doncques, trèves, trèves!
175Aymez toute paix et concorde.
Vrayement vous estes mon amy.
Se estes de Naples, j’en suis
180Et vous prometz et signifis
Que je seray tousjours loyal
Envers le Roy, soit bien, soit mal,
Je n’y contrediray en rien!
Il te fera beaucoup de bien
185Se veulx tenir sa banière.[-1]
Allemant, garde de derrière,
Pour l’afaire n’en crains personne,
Car soudainement j’abandonne
Mon corps et jambes pour fuyr.
190Et moy pour bien le poursuivir
G’y vaulx tousjours autant que quatre.
Sur ma foy, il nous fault combatre
Pour voir qui sera le plus fort.
Je le veulx bien, j’en suis d’acord!
195Arme-toy tout presentement,
Car tu verras, par mon serment,
Icy ung très beau jeu jouer.
Ne te joue pas à me tuer,
Car jamais je n’aurois santé.
200Or sus! acoup, despesche-toy!
Comme ung houeur en une vigne,
Ung mercier tuerois pour ung pigne,
Tant suis eschauffé maintenant.
Le sang bieu! je suis bien meschant
205De m’aller contre luy jouer,
Il m’yra tout droit tuer[-1]
Et n’en craindra sa conscience.
Ha! Notre Dame de Lience,
Aydez-moy icy s’il vous plaist!
210Au moins je requier s(e) ainsi est
Que demeure en tel arroy.[-1]
Chascun de vous prie pour moy
Et qu’en boute dessus ma tombe:
“Ci-gist sire Jehan de la Combe,
215Franc Archier et passé aux gaiges,
Lequel de peur de maulx passaiges
Trespassa de grant deul et yre
Qu’il ent pour ce qu’il ne p(e)ut fuire
Quant il fut surprins tout soudain.”
220Trut avant! trut! c’est à demain,
Mettez soudain vostre sallade!
Par mon serment, je suis malade!
Beau sire, puis qu’il le fault faire,
Je vous suply que on diffère
225La bataille à autre jour,[-1]
Car pour bien besongner entour
Je ne sçaurois pour aujourd’huy.
Vive le Franc Archier hardy
Qui en emporte la victoire!
230Sang bieu! je jousteray encoire
Et deussé-je jouster seullet!
Saincte Marie, en effect,[-1]
Je te devois mourir martire,
Si ne me convient-il point fuire,
235Ce me seroit ung grant dommage
Et j’ay ung si vaillant couraige,
Mais qu’un fois je le desplye!
Venez-vous, je vous deffie,
Je ne vous crains pas une maille,
240Soudain mettez-vous en bataille,
Je suis tout prest de me deffendre!
J’aimeroyes mieulx qu’on me vist pendre
Que je fouisse pour toy.[-2]
Or sus donc, viste, deffens-toy!
245Mort es. A l’arme! à l’assault!
Mort bieu! je vous auray, ribault,
Rens-toy tost, car tu es perdu!
J’aimeroyes mieulx estre pendu
Puis qu’il fault que je le te dye.
250Il convient donc que je m’enfuye
Ou ma vie sera finée.
Mort bieu! je gaigne la journée,
Le ribault il est confondu.
Qui me tient que ne l’ay fendu
255Jusqu’au pommeau de mon espée?
J’en ay la teste affolée[-1]
De dueil et de marissement.
Oncques Rolland, par mon serment,
Ne jousta en telle vaillance.
260Donray-je point ung coup de lance
A quelqu’un, avant que je parte?
Si convient-il que je combate
Encontre quelque bon follastre.
Estes-vous point deux contre quatre,
265Ou six contre demy(e) douzaine?
Le cueur me fremist en la vaine,
Quant me souvient de la bataille.
Il convient bien que je m’en aille,
Napples a de moy grant besoing.
270Adieu trestous, vaille que vaille,
Petis et grans jusqu’à demain.
EXPLICIT.
Ilz sont tous vifz, tous vifz, tous vifz,[[1-2]]
Je l’ay, je l’ay la marée fresche.
Je l’ay, je l’ay la grande seche,
La grant, la grant, c’est la grant roye,
5Je fais marché pour la monnoye,
Je donne cinq pour ung grant blanc.
Là! là! auray-je nul chalans
Pour expedie[r] mon panier?
Cà, çà, çà, elle n’est que de hier,
10Ilz sont tous vifs, tous vifs, tous vifz.
J’ay bon merlus, à mon advis,
Venés prendre ma marchandise.
La mienne vault mieulx qu’el devise,
La mienne est plus fresche dix foys.
15Va, va aux halles, vielz harnois!
Ta marée-si ne vault rien,
Mon poisson vault mieulx que le tien.
Voy-tu, sanglante harengière?
Va, vieille, va à la rivière
20Laver ton baquet, il put.[-1]
Orde deshonneste,
La croix bieu! vous avés menti.
25Va, paillarde!
Et toy aussi,
Ne sçay-je pas bien tout ton cas?
Va truende! va, vielz cabas,
J’é meilleure marée que toy![+1]
Que tu l’as plus fresche que moy,
30Je fairé marchandise de marée[+2]
Et diray où tu es allée,
Par Dieu! se tu ne dis huy mot.
Mais toy, se descouvres le pot,
Par Dieu, ton mari le sçaura!
35Que diras-tu?
Et toy avec les gens d’armes.
Et je fus tes fièvres quartes,
Me vien-tu dire ces brocardes,†[[39]]
40Très orde vieille loudière?
Vous avés menty commère,[-1]
N’auroint ce de ton harenc,
Tout put et villain et ord.
45No[s] commères, vous avés tort,
Vous fault-il ainsy entrebatre?
Je la batré plus que vieulz plastre;
La croix bieu! s’elle me dit mot.
Ne sçay-je pas tout le tripot
50Et là où tu prens challandise?
Et vendés vostre marchandise
Sans vous debastre nullement.
55Tu feras ton sanglant gibet.
Ne suis-je mye preude femme?
Tu en as rmenty, par mon âme.
Et me dis-tu icelle injure?
Je te defferay la figure,
60Se me prens à toy, maquerelle.
T’y prendras-tu?
Baillez-luy belle,
Par Dieu, voicy trop combatu,†[[62]]
Mais ne cesserez-vous meshuit?
Tu auras des coups plus de huit,
65Truande, paillarde, mastine,
Je te chanteray ta matine,
Par Dieu! Grant Gosier le sçaura.
Et taisez-vous, taisés hen, dea!
Ne craignez-vous point vos maris?
N’en parlés plus à l’aventure!
Comment le buvroys-je
Ce vin qui est si bon, don, don?
75Plus boire ne pourroye.
Hé! franc pion, plus franc qu’une oye,
Buvras-tu point à ce matin?
Se ne boy jamais, n’auray toye
80Grant Gosier, prenons le chemin,
San bieu! je buvray au boire,
85Mais que ma lenterne soit faicte.
Ha! je te prie, plus n’arrestons,
Despeschons-nous sans plus tarder,
Je ne m’en pourroye plus garder.
Où yrons-nous?
90Il y a, je te le promectz,
Du vin qui est le plus friant
Qu’on a crié tout maintenant.
Laisser fault donc savaterie
Et si prendrons, n’oublie mie,
95Chacun ung haren à sa femme.
C’est bien dit.[[96]]
Orde vieille paillarde infame,
Par Dieu, je te torcheray bien!
Sainct Jehan, aussy feray-je bien
100Et m’as-tu appellée ribaude.
Le sang bieu! nous l’avons bien chaude,
Escoutés ung petit nos femmes.
Je cuide que ces vieilles infames[+1]
83 ro]S’entreturont, n’est-il pas vray?
105Par la croix bieu, le luy diray
Et qu’il y eust deux cousturiers
Qui t’ont donné ton chaperon.
De quy euz-tu ce cotillon?
110N’a-ce pas esté ung vieulz moyne
Qui te l’a donné?
Je te requiers à joinctes mains,
Beau sire, oyons la quirielle.
115Ceste orde vieille maquerelle
Me vient tousjours injurier.
Mais toy, ne fus-tu pas hier
Porter du harenc dedans le cloistre?[+1]
Tanserez-vous huy en cest estre?
120Vos maris viennent, assotis.
Sans faulte, je croy qu’il nous ont ouys.[+1]
Sans bieu! vecy bonnes vies,[-1]
Et par Dieu! il les fault bien batre.
Saint Jehan il n’en fault point debatre,
125Ilz seront touchés à l’ostel.
Jamais je ne vis cas ytel,
C’est grant chose que d’escouter.
Allons-nous-en, sans caqueter
Et ne disons mot maintenant.
130Hélas! ma bonne mère grant,
Donnez-moy quelque bon conseil.
Le cas est advenu ytel
Par toy, orde vieille paillarde.
Vous avez menty!
83 vo]Par vous est venu tout cecy,
Paillarde, coquine, truande!
Taisés-vous, je vous le commande,
Je vous en donneré bon remède:
140Avant que plus loing on procède,
Prenez chacunne sa vessie.
Hellas! que ferons-nous, m’amie?
Faictes leur tresbien accroire
Qu’ilz venront de si bien voire[-1]
145Et leurs faictz avés escoutez
Et puis après vous leur direz
Que ce sont isy deux lantarnes
Et leur monstrés les lucarnes
Par où on boute la chandelle.
150C’est bien dit, la façon est belle.
Et puis pour confirmacion
Leur diray mon opinion
En afferment ce que direz.
Certes, m’amie, hélas! feriez
155Et vous seriez tresbonne femme.
Je m’en voys à nostre hostel.[-1]
Dieu gard J[e]han!
Sommes-nous ainsy gouvernés?
Quoy, qu’esse?†[[162]]
Vous et Jehanne L’anglesse
Qu’avés-vous dit à ce matin?
165Qu’avons-nous dit?
84 ro]Estes-vous ivres maintenant?
Comment sommes-nous arivés?
N’avés-vous pas estées rivées,
170Ne luy as-tu pas reprouché?
Sans bieu! on vous a encochés;
Ha! je le vois bien, seurement.
Vous estes yvres vrayment,[-1]
Dea, voire que voullés-vous dire?
175Regarde-moy ce vaillent sire,
Il est tant beau que plus ne peult.
Il ne voit pas le point qui seult
Et si ne scet-il que fatroulle.
Que dictes-vous, estes-vous folle?
180Je ne beuz ennuit.
C’est bien dit,
Dictes-moy icy vostre dit,
Qu’esse là?
C’est une vessie.
Une vessie? Vierge Marie!
Et là qu’esse?
Et s’en est une.
185Un vessie, quelle fortune!
Regardés, c’est une lanterne.
Sans bieu! comment on me gouverne?
Une lanterne, vertu bieu!
Voicy beau jeu.†
190Nous voullés-vous faire telz termm[e]s
Que de vessie ce sont lanternes?[+1]
Dea! ilz viennent des tavernes,[-1]
Ilz ont encores les yeulx rouges.
Belle dame, plus ne me troubles,
195Mes lanternes sont-elles telles?
Voicy où on met les chandelles,
84 vo]Demandé-le à ma voisine.
Venés, ce dit[es], ma cousine,
Qu’esse-cy, par voire serment?
200Que c’est? il est bien évident,
Ce sont lanternes.†[[201]]
Lanternes, c’est bien dit,
Que accroire on me fist
Que de lanternes fussent vessies.
205Par la croix bieu, quoy que tu dies,
On congnoist bien que tu es yvré.[+1]
Voisin, qui voullés-vous pour juré?[+1]
Sont-ce pas lanternes icy?
Maulgré en ait bieu, qu’esse cy?
210Sommes-nous ainsy gouvernez,
Nous en sommes bien lanternez,
Nous sert-on de telles parolles?†
Voysi de bonnes parabolles,
Dea! il ne scevent où ilz sont.
215Allons, laissons-les telz qu’ilz sont,
Le grant diable nous en delivre.
Ort, vieil paillart, tant tu es yvre,
Tu ne me verras de sepmaine.
La sanglante fièvre quartaine
220Relie qui leur en sauldra.
Jehan Marion si ne gaigna
Denié il y a plus d’ung moys.
Non fit Grant Gosier, par la croix
De Dieu, dea, j’en puis bien jurer,
225Nous leur querons boire, menger
Sur le gain que nous pouvons faire.
Ma voisine, il nous fault taire,[-1]
Mais se une fois y a juré,
Jà ne demanderons congé
230D’aller où bon nous semblera.
85 ro]Dictes, voisine, venés sa,
Ce ne sont pas lanternes-cy.
Et si sont par la Dieu mercy
Voicy merveilleuse fortune,
235Regardés, vez en cy une,
Voicy où on met la chandelle.
Ma lanterne est-elle telle?
Ho! je le croy, puis que le dictes,
Et pour Dieu que vous soyés quictes
240Et, noz femmes, faictes la paix.
Et nous n’en parlerons jamais,
J’avons mal dit, pardonnez-nous!
245Or, par Dieu, quant bien je regarde,
Ceci me semble une vessie;
N’y pensons plus, non c’est folie,
Je croy bien, c’est une lanterne.
Or me dictes icy quelz terme
250Voullez-vous à vos femmes tenir?
Je ne sçay où puisse mourir,
Conseillez-nous que nous ferons
Et comment nous en chevirons
Pour les apaiser entre nous.
255Escoute, mon fin coeur doulx,
Nous deux leur cri[e]rons mercy
A deulx genoulx en ce lieu cy
Sans jamais sur elles parler.
Or sa, je m’en veuille donc aller[+1]
260Pour faire ung appointement.[-1]
Je voys à elles à present,
Attendez-moy cy, je revien.
Cà, mes commères, je fais bien
De voz maris ce que je veulx!
265Qu’avés-vous fait?
Se m’aid Dieu,
Prestz sont de vous crier mercy.
Dictes-vous vray?
N’aiés soucy,
Ilz feront ce que [vous] vouldrés:
De rien avant vous en irés
270Par tout où bon vous semblera,
Portés voz raies çà et là,
Jamais ilz ne vous en diront parolle.[+2]
Vous voullez ung maistre d’escolle
Pour bien monstrer une leçon.
[[ Print Edition Page No. 112 ]]
275Conseillez-nous que nous ferons
Ne vous chaille, venez grant erre,
Je leur diray, je vous assure
Que vous estes si tresmarries,
280Qu’à peine vous apaiserez.
Venés-vous-en, sans demourés,
Ilz sont gluez, je vous affye.
Si ferons-nous, ma doulce amye,
Allez devant incontinent.
285Grant Gosier je fais, je me vant
Pour vous et Jehan Marion,
Vous me donnez beaucoup de peine.
Bien venez, commère Thyphaine
290Et vous aussy semblablement,
Ma mye. Se j’ay nullement
Dit quant vous chose qui touche,
Pardon vous requiers humblement,
Car je menti parmi ma bouche.
295Aussi ay-je fait somme toute,
Je me repens, par mon serment.
Jamais en jour de mon vivant
Ne vous diray telles parolles.
Cuidez que nous soyons folles
300Que vous pensez à vostre advis,
Plus preudes femmes que nous sommes.
Sainct Jehan, vous dictes vray,
Nous sommes sur ce cas-cy bien abusez,[+3]
305Pour ce, veillez nous pardonner,
Ceste fois, je vous supplie.
Sommes-nous aises qu’on s’en rie
Des parolles que dit avés.
Vrayment il n’en fault plus parler.
310Laissons tout cecy maintenant,
Allez et derrière et devant,
Par Dieu, nous en sommes d’acord.
Se jamais en faictes effort,
Par Dieu, nous nous rebellons,
315Vous scavés bien que nous avons
Des challans en beaucoup de lieux
Qui nous mandent voire ce maindieux
Pour leur porter de noz harens.
C’est bien fait de faire voz rans
320Plaisir à ceulx que vous aymez,
Ilz vous font tous les jours gaigner
Et feront au temps advenir
Pour tant je ne vueil plus tenir
Parolles jamais nullement.
325C’est très bien dit, par mon serment,
Tout cecy nous vous pardonnons
Et sur ce point nous concluons
Font acroire telles façons
330Le plus souvent à leurs maris.
EXPLICIT.
[XV.] Farce . . . des Femmes, etc. . . . du type “proverbe,” qui n’a pas attendu Carmontelle et Musset pour occuper la scène et la salle.
[1-2] Ces vers rappellent les Cris de Paris, qui ont survécu depuis le XVe siècle.
[30] Difficile à comprendre, même si l’on ajoute: Je veus.
[36] aux Carmes, au couvent des Carmes, entre la rue des Carmes et la rue de la Montagne Sainte Geneviève, cf. Pierre Champion, Villon, t. I, pp. 204-207. Ils avaient mauvaise réputation.
[80] GRANT GOSIER, saluons l’entrée en scène et l’entrée dans l’histoire du fameux héros rabelaisien. Cf. Introduction.
[89] Aux Pourcelectz, je n’ai pu identifier cette auberge qui doit être parisienne.
[125] Je ne comprends pas ce jeu de mots.
[234] O: foutrine.
[vignette]87 vo]
Dieu benye ses damoiselles
Et aussi ses belles bourgoises.
Je suis venu pour l’amour d’elles,
Dieu benye ses damoyselles.
5Et les hommes?
Ilz sont rebelles
Et font tousjours aux femmes noyses.
Dieu benye ces damoyselles
Et aussi ces belles bourgoises.
Pour ce que ces femmes sont courtoyses
10Et benignes et gracieuses
Et nullement malicieuses,
A Paris especiallement,[[12, 20]]
Chacun si met son pensement
A les tromper et decepvoir.
15Pourtant le pape y veult pourvoir,
Esmeu de grant charité
Et m’a donné auctorité
Et commandé expressement
Que je veins [s]e diligemment
20A Paris pour l’amour des dames
Et que je voulsisse les femmes
A toutes choses supporter.
Dieu vous gart, sire magister,
Saincte Marie dont venés-vous?
25Tousjours nous venés conforter,
Dieu vous gart, sire magister.
Je suis venu pour rebouter
Ceulx qui vous font tant de courroux.
Dieu vous gart, sire magister,
30Saincte Marie dont venés-vous?
Et serons-nous tousjours raffardées[+1]
Pour nous oster le parlement
Et tout par le consentement
De nos maris qui l’ont fait faire.
35Et vous veullent-il faire taire?
Par Dieu vien sont jhenin[s] cornés
Et bejaunes et sotinés,
C’est trestoute nourriture,
Il leur puisse mesadvenir;
40Veulent-ilz voz langues tenir?
Par Dieu ilz ont perdu leur peine.
Aussi au Cardinal Le Moyne,
Magister, on nous a fait tort,
Il dit qu’on nous batte fort
45D’un gros baston faitis et court
Et qu’en nous tienne bien de court
88 ro]De parler et de quaqueter;
Aussi qu’on nous face tourner
En ung voysseau, se mestier est.
50Vrayment je ne sçay pas que c’est
Que tousjours ceulx du Cardinal
Par ma foy, c’est mal dit à eulx.
[[ Print Edition Page No. 114 ]]
S’ilz fussent doulx et gracieux,
55L’homme des femmes fust gardé
S’ilz avoient bien tout regardé,
Jamais ilz ne nous farceroient,
Mais loyaument nous serviroient
Et nous garderoient nostre honneur.
60Pour Dieu, magister monsieur,
Vueillez-nous, s’il vous plaist, donner
Provision pour gouverner
Nos maris et trestous ces hommes,
Car chascun voit bien que nous sommes
65Par eulx tous le[s] jours ravalées.
Veez cy unes bulles seelées
Que j’ay maintenant apportées
De Court de Romme et impetrées
Pour vous faire toutes maistresses,
70Car vous estes grandes clargesses
Et avez si parfondement
Estudié et si longuement
Mise vostre intencion
A mettre en subjection
75Et suppediter vos maris,
Qu’il est bien temps que vous soyés
Graduées et que ayés
Sur la teste le bonnet ront.
80Les femmes ragassotiront,
Puis qu’elles seront auctorisées[+1]
Par bulle ainsi que vous verrés.
Par mon serment, vous ne pourrés,
L’Université s’i opp[o]se.
85Car certes à Paris on n’ose
Graduer nulles gens par bulle.
Par Dieu, sire, votre cédulle
S’entent des clers, non pas des femmes.
Le pape veult qu’elles soient dames.
90Yront-elles ès assemblées
Qu’on fait en l’Université?
Par Dieu, tu es bien rassotté,
Elles yront encorporées.
88 vo]Nous serons bien honoré[e]s,
95Et jou[i]rons des privileges
Nous saurons bien tenir nos sièges
Et nos lieux, comme il appartient.
Touteffoys quant il me souvient,
A ung point vous fault labourer,
100Yront-elles deliberer
En la Faculté des Ars?[-1]
Demandés-leur!
En toutes pars,
Magister, [nous] voullons aller,
Certes nous sçavons bien parler
105En toutes les Facultés.[-1]
Toutes les difficultés[-1]
Si ne sont de nulle valleur.
Certes nous avons grant couleur
D’estre avecques theologiens.
110Medecins si sont bonnes gens,
Brief nous serons de tous requises.
Vous avés toutes vos franchises
Ainsi qu’un maistre doit avoir.
Nous ferons bien nostre debvoir
115De regenter en la maison.
Magister, faictes-nous raison,
Puis que le pape le commande.
Or sa, dame, je vous demande
Se vous avés du temps assés.
120Il y a jà deux ans passés
Que je deusse estre mestrisée
Depuis que je suis espousée,
Je ne finay d’estudier.
Je n’y sçauroye remedier
125Par Dieu, que n’eussés la maistrise.
Nous l’avons de pieça requise,
Et en avons prins tresgrant paine,
Mais il nous font tousjours grevance.
130Nous avons tousjours grant fiance
En vous, magister, par mon âme.
Vous me semblés bien jeune femme
89 ro]Pour estre si tost graduée.
Comment serai-ge reffusée?
135Par Dieu, j’ay bonne voulenté.
Combien y a-il, en verité,
Que vous estes en mariage?
C’est une question sauvaige,
C’est assés, puis que je le suis.
140Ha dea, m’amye, je ne puis
Vous graduer, se n’avés temps.
Il y a environ deux ans,
Maistre, que je suis en mesnage.
Et scavés-vous bien tout l’usaige
145Comment on gouverne ces marys?[+1]
Qui le saiche mieulx que je fais,
Car tous les jours deux ou trois foys
Mon mary est tresbien batu,
150Puis il me dit: “Et que fais-tu,
M’amye? ce n’est pas bien fait.”
Puis je dis: “Villain contrefait,
Je te tueray trestout de coups!”
Brief, il n’a point en moy repos,
155Par Dieu, il n’oseroit groncer.
Vous scavés assés pour passer
Et pour avoir vostre degré.
Maistre, je vous en sçay bon gré,
Aultre chose ne demandoye.
160Par Dieu, magister, j’atendoye
Trestous les jours que venissés
Affin que vous nous baillissés
Ung bonnet ront dessus la teste.
Par Dieu, je maine telle feste
165A celuy de nostre maison;
Je luy fais de paine à foyson
A celuy que j’ay espousé.
Il ne seroit pas si osé
De faire ung pas sans mon congé
170Et s’avient qu’il n’a point mangé
Ne soupé, je le fais coucher
Et si ne me oseroit toucher
Dedans le lit, se ne le vueil.
Il n’oseroit pas lever l’ueil,
175De peur qu’il a, quant il me voit.
Brief, magister, il n’oseroit
Faire chose sans le me dire.
Heel vous faictes rage de dire.
Saincte Marie, quelles escollières,
180Vous avés bien seu vos matières,
Sous qui avés-vous prins cedules?
A! ha! magister, (nous) n’en avons nulles,
Vous nous croirés en nos sermens,
Car j’avons esté longuement
185Estudier aux Jacobins,
Et dessoubz plusieurs seculiers,
Je le vous prometz, par ma foy.
190Par Dieu, m’amye, je vous croy,
Vous en portez tresbien la chère
Et bien pert à vostre manière
Quel est le livre que (vous) portez
Au maistre lequel vous hantez,
195Quand il vous dit vostre leçon?
Certes nostre maistre il a nom
Le livre que on dit des prestres.
Touteffois dient nos beaux maistres
Que c’est le livre de precum.
200Vous avés eu supra culum,
Quant la leçon vous ne scavés?
Par Nostre Dame, vous bavés,
Allés, allés, esse bien dit?
Or me dictes sans contredit,
205Mistes-vous guères à l’aprendre?
Quant mon maistre y vouloit entendre
Je l’avoye tantost apris.
Par Nostre Dame, j’ay mespris
De vous examiner si fort,
210Par Nostre Dame, j’ay grant tort,
Monstrez voz cedulles, m’amye.
Magister, je vous certifie
Qu’on les m’a voulentiers seelé[e]s.
Quel maistre les vous a baillées,
215Vous sçavez qu’il vous fault tout dire.
Plusieurs les m’ont baillé[e]s, sire,
Il ne fault jà les racompter.
Vous estes dignes de regenter[+1]
90 ro]Tout partout là où vous yrés,
220Par Nostre Dame vous aurés
Le bonnet rond tout presentement.
LES FEMMES parlent ensemble et respondent
Nous vous mercions humblement,
Magister, jusqu’au deservir.
Je vous vueil loyaulment servir.
225La maistrise je vous l’ottroy.
Holà! holà! attendés-moy,
Il y a opposition,
Voicy ung mandement de Roy,
Holà! holà! attendez-moy.
230Et qu’est cela? Quoy?[-3]
Faictes vostre commission.
Holà! holà! attendés-moy,
Il y a opposition,
Je vous fais inhibition
235De par le Roy et (je) vous deffens,
Sur peine de payer despens,
Et de par le Roy fais deffense
Que ne donnés point la li[c]ence
A ces femmes ne la maistrise.
240Le pape si la m’a commise
Par les bulles que vous veés.
Le Roy vous mande que ne soyés
Si hardy de le vouloir faire.
Voicy lettres tout au contraire
245Que j’apporte toutes propices.
Ces lettres sont subretices,
Vostre mandement ne vault rien.
Or sa, maistre, vous scavés bien
Comment les marys s’i opposent.
250Or leur dictes qu’ilz se reposent,
Car on n’en fera rien par eulx
Et comment sont-ilz envieux,
Si ces povres femmes ont bien.
Au regard de moy, je me tien
255Et le pape de leur costé.
Et aussi l’Université,
Les maistres et les escoliers
S’ajoindront à nous voulentiers,
Faictes ce que mande le pape.
90 vo]260Et nous fauldra-il une chape
Comme à ung maistre magister?
Pourquoy non? Vous pourrez porter
Ce qu’il appartient à une maistre.[+1]
Et pourrons-nous doncques aistre
265Aucuneffois sur une mulle?
Je ne scay se ceste bulle
En fait point de mention.
270Or çà doncques, or attendons,
Il vous fault faire les sermens,
Vous jurez que tous les tourmens,
Tout le travail, toute la peine
Nuyt et jour toute la sepmaine
275Que vous pourrés et que scaurés
A voz maris procurerés,
Et cela vous voulés jurer?
Ouy, par Dieu, et procurer
De les mettre à confusion.
280C’est certes la conclusion
Et la fin à quoy nous tendons.
Aussi vous yrés aux pardons
Et là où bon vous semblera
Et pour maris on ne fera
285Rien qui soit, mais très bien combatre
Et si veullent à vous debatre,
Vous commencerés à tencer,
Vous parlerés sans point cesser
Si fort que vous les ferés taire.
290Magister, nous sçaurons bien faire
Et ferons tant que nous aurons,
Par Dieu, ce que demanderons;
Plus ne nous en fault sermonner.
Il vous fault à genoulx bouter
295Pour avoir absolution
En signe de perfection.
De ce bonnet ront vous couronne
Et auctorité je vous donne
Sur tous les maris et puissance
300De les gouverner et licence
Et auctorité de tout dire,
Regenter de present et dire
Et ma[i]striser les aultres femmes,
Affin qu’elles soyent toutes dames
305A Paris par especial.
91 ro]Et d’autre part en general
Le pape si le veult aussi
In nomine patris et filii.
Nous sommes en tresgrant soucy,
310Magister, de sçavoir ung point,
La bulle porte-elle point
Le povés-vous passer[-2]
Que puissions nos maris laisser
Quant bon et beau nous sembleroit?
315Hélas! maistre, qui le pourroit,
On nous feroit une grant grace.
Je suis bien content qu’on le face
Ainsi qu’avez acoustumé.
Le pape nous a bien amé
320De nous pourvoir si grandement.
Vous serés partout reclamé,
Le pape nous a bien amé.
Vous ne serés jamais blasmé,
Nous vous mercions grandement.
325Le pape nous a bien amé
De nous pourvoir si grandement.
Magister, à Dieu vous comment,
Certes nous allons commencer.
Dieu vous doint bon commencement.
330Magister, à Dieu vous comment.
Regentez fort et fermement
Et ne faillez pas à tencer.
Magister, à Dieu vous comment,
Certes nous allons commencer.
335Or vous allés donc avancer
Et pensez de tromper ces hommes.
Nostre maistresse, par Dieu, nous sommes
A ceste fois levées sus,
Nous sommes venus au dessus
340De ce que nous avons devisé.
Il me fault estre bien tiré
Et habillé mignotement
Pour recepvoir joyeusement
Notre maistresse que je voy.
345Il me fauldra tenir tout quoy
Et faire son commandement,
Car la bulle dit qu’autrement
Elles ont pouvoir de nous changer.
Quel habit pourray-ge songer
91 vo]350A prendre pour luy faire honneur
En faisant ung peu du seigneur?
Pour mieulx faire le dameret,
Affin que je luy puisse plaire.
355Je la voy venir à son aise,
Sur la teste ung beau bonnet,[-1]
Il me fault estre sadinet
Et frisque comme ung amoureux
Et jouliet et gracieux
360Affin que de moy soit contente.
Ceste robe si n’est point gente,
Elle est toute racaillefatrée,
J’en prendray une autre sentrée
Devant, par Dieu, que je m’en voise
365Et une piece portingalloise
Il contrefait la damoyselle
Comme ces mignons de Paris
Qui sont si songneusement nourris
370Et sont si douilletz que c’est raige.
Il ressemblent à une caille
Il fault ung chaperon faitis
Qui soit de nouvelle façon.
375Vous serés ung mauvais garçon
Et ce n’est pas ce qu’il vous fault.
Cecy doit aller plus haut,[-1]
C’est la façon de maintenant.
Ne suis-je pas bien duenant,
380Il ne me fault que une dague
Et je ne sçay quel autre bague
Qu’on appelle une gibecière.
Mettray-je ma dague derrière?
Ha! par Sainct Mor, vecy comment
385La portent ses dimancherés.
S’esorchent-il point les jarrés?
Ceste manière est bien sauvage.
Nous ne ferons plus le mesnage,
Puis que le degré nous avons,
390Or je vous prie que nous soyons
Ententives et diligentes,
Puis qu’aussi nous sommes regentes,
De faire aujourd’huy ung chief-d’euvre
A celle fin qu’on se recuevre
395De la perte qu’on nous a fait.
Par mon âme, je suis bien fait
Et mes soulliers bien en gallant.
Se il treuve ung estron voulant,
Par bieu, il luy crevera l’ueil.
92 ro]400Par ma conscience, je vueil
Que mon mary soit attrapé.
Fait-il bien le veau eschappé
Et je vous prie, faictes luy place.
Je ne sçay pas qu’on luy face,[-1]
405Je ne l’ay pas bien en memoire.
Comment peut-il tant braire?
Vecy ung esperit d’amours,
Scet-il pas bien faire ces tours?
Jamais ne se doit soussier.
410Saincte Marie, quel escuier
Esse là que je voy venir?
Par bieu, il me fait souvenir
Il est moult legier et habille,
415Est-ce point ung Clerc du Palais?
Il est moult gentil galloys,[-1]
Je cuide que c’est ung changeur.
Il doit estre petit mangeur,
Puis que sa pance est estroite.[-1]
420Il semble estre homme de crainte,
Comment il est fort embridé.
Par Nostre Dame, il est bridé
Affin que le froit ne le taste.
C’est ung escuier fait à haste,
425Comme il est gent parmy le corps.
On voit les talons par dehors,
C’est une chose acoustumée.
Ha! c’est affin que la fumée
Qui leur vient à cause de chault,
430Qui ne peult issir par le hault,
Viengne par là, car autrement
Ne pourroit issir bonnement.
Puis leurs pourpoins si fort estreignent,
Aussi leurs chausses s’entretiennent
435Attachées si roide si fort[+1]
Que quant ung de leur poulx les mort,
Il ne sçavent par où le prendre
Et aussi pour faire descendre
La fumée qui est en eulx;
440Pour ce qu’ilz sont tant chaleureux,
Ilz ont les talons descouvers.
Ilz ont pris leurs habitz divers
Et toutes choses sadinetes,
92 vo]Pourquoy leurs façons sont honnestes
445En la pointe de leurs soulliers?
C’est pour ce que les bourreliers
Veullent vendre trop cher leur bourre,
Car vous voyés que on fourre[-2]
A Paris ces bourreletz[-1]
450De chaperons qui sont si lais
Que la façon si n’en vault guerre.
Par mon serment, une chauldière
De deux seaulx y seroit assise.
Mais d’où est venu[e] la guyse
455Que ès penthoufles on mette[-1]
En lieu du liège une buchette,
C’est le prouffit des savetiers.
Par Sainct Jehan, mais de charpentiers,
C’est oeuvre de charpenterie.
460Et n’est-ce pas grant tromperie
S’enz esperons de chevaulcher?†[[461]]
Vous scavés qu’un cheval est cher
Et pour ce que le cueur leur deult
465De voir les aultres à cheval,
Pour appaiser ung peu leur mal
Ont pris ceste chevaulcherie.
Dictes-moy que ce signifie,
Qu’ilz ont leurs habis si cueillis.
470Ilz ont grant peur d’estre assaillis
Des pourceaulx, comme la pasture
Qui chet ès boys pour nourriture,
Pourtant se sont-ilz fait cueillir.
Et qu’ilz devroient bien hault faillir
475Puis que la robe est escoltée.
Par bieu, si est-elle crotée,
Nonobstant qu’elle doit estre bien courte.
Il n’y a celuy qui ne porte
Quant je m’avise la vesture[[479-484]]
480Comme ung pourceau, c’est grant ordure,
Cest habit n’est point honneste.
Et pourtant on seroit bien beste
D’aller prendre en mariage
Ung court vestu comme ton langaige,[+1]
485Mais on doit aymer loyaument
Et recepvoir joyeusement
Ceulx qui portent longue vesture.
Aussi vault mieulx la couverture,
93 ro]Quant il fait froit, d’ung long habit
490Que d’ung qui est si très petit,
Ne que de robe decoupée.
Il me souvient d’une espousée
De ce galant qui se promaine.
Par mon serment, il met grant peine
495A ce tenir cointement[-1]
Et vecy bon appointement,
C’est mon mary, par Nostre Dame.
Ayés pitié de moy, ma femme,
Pour ce que estes si grant maistresse.
500Vous ne povés ployer les fesses,
Vous estes trop roide attaché.
Par bieu, je suis si empesché
De me tenir joliement,
Que je ne puis, par mon serment,
505Faire tout ce qu’il appartient,
Mais dictes-moy ce qu’il convient
A faire et je le feray.[-1]
J’ay conclud que je vous lairay
Puis que je suis si haultement.
510Une bulle avons maintenant
De Court de Romme, qui enseigne
Comment le pape veult qu’on preigne,
Quant les marys sont inutilles,
Autres qu’ilz soient habilles
515Et qu’il sachent aux dames plaire.
Pourtant j’ay voulu contrefaire
Le mignon et le gracieux.
Et vous n’avés pas les cheveulx
En allemant: tout ne vault rien.
520Aussi est-il dur comme ung chien
Et sec, il ne se peult ployer.
S’il estoit verd comme ung osier,
Il seroit doux comme ung gand[-1]
Et ung tres gracieux fringant
525Et les genoulx bien ployeroit
Et quant par les rues yroit,
Il marcheroit si bellement
Qu’il ne toucheroit du pied en terre
Et qu’il eust des pastins de voirre,
530Ce ne seroit que toute joye.
Ha! saincte dame, pour que j’aye
Provision de refroidir.
Planter vous fault pour reverdir
Comme ung osier pour cest yver,
535En ce nouveau temps pour veoir
Se (vous) serés verd et bien ployent.
Dictes-vous à bon escient?
Pour Dieu, donc, que je le soye!
Mais, par Dieu, se je ne pensoye
540Avoir la teste et la queue verd
Et que ne fusse plus gaillard,
Je ne seroye jà planté.
Mais que vous soyés bien enté,
Par Dieu, tantost reverdirés
545Et belle queue vous aurés,
Je le vous dis à escient,
Delivrés-vous appertement,
Il fait tres bon temps pour enter.
Comment me voulez-vous planter,
550Affin que je soye plus beau?
La teste en bas comme ung poureau,†
On verra plustost la verdure.
Il convient doncques que j’endure
Et que je soye en terre mis;
555Or sa donc, puisque vous m’avés promis[+2]
Que je seray vert cest esté,
Je suis d’acord d’estre bouté
En la terre presentement,
Or me couvrez bien doulcement
560Et gardez bien de me blesser.
Il fault ceste teste baisser
Pour estre bien enraciné,
Nous avons cy trop sejourné,
Sus, il est temps de la couvrir.
565Quant me fauldra-il descouvrir?
Seray-je en terre longuement?
Tant que soyés notablement
Comme arbre reverdy.[-2]
En seray-je bien desgourdy
570Et tout vert en ce moys de may?
Ouy, par Dieu, et aussy gay
Que pourroit estre ung papegault.
Mais par Dieu, quiconques je vueil,
575Vous porterez semblable feuille
Et telle fleur comme la rose.
Il fault bien que on l’arose,
Le chault se pourroit bien secher.
Il s’en fault doncques despescher,
580Je vois querir la chantepleure.
Par Nostre Dame, je n’ay cure
94 ro]D’estre arosé, il fait trop froit.
Vous scavés bien que c’est le droit
D’un arbre sec et la nature.
585Voire, mais vous me moulerés,
Vrayement je crains bien la froidure.
Pour ce que vostre queue est dure,
Il la fault arroser souvent.
Par Dieu, j’ay grant paour que le vent
590Ne luy soit aujourd’huy contraire.
Arosés-le bien, ma commère,
On devient vert pour aroser.
Cecy le fera disposer
A reverdir plustost ung moys.
Il a jà une verte vayne,
Veés cy terre vertueuse.
Au moyns serés-vous bien joyeuse
600Quant ma queue verte sentirés.
Par ma foy, vous reverdirés,
Puis que la terre est labourée.
L’esté qui vient, vous fleurirés.
Par ma foy, vous reverdirés.
Par ma foy, vous reverdirés,
Puis que la terre est labourée.
Je fais trop longue demeurée,
610Par Nostre Dame, je m’en vois.
Adieu ma dame honorée![-1]
Je suis trop longue demeurée.
Verdure est trop prisée[-2]
Puis que les marys sont de boys.
615Tandres seront comme poulletz,
Puis qu’ilz sont mis à la gellée.
Ilz ont la queue si mouchée
Qu’à peine la peuvent lever,
Je croy qu’on les a mis couver,
620Ilz sont tous couvers davantaige,
Par Dieu, veez cy bon personnage.
[[ Print Edition Page No. 122 ]]
94 vo]Quant les maris sont bien covers,
On en va querir de plus vers,
Cependant qu’il reverdiront.
625Quant vos maris decherront[-1]
Entre vous, femmes sadinettes,
Et aussi qu’ilz commenceront
A delaisser les amourettes,
Pour avoir queues verdelettes,
630Plantés-les tost à la rousée,
Puis alés aux jardins seulettes,
La queue verte est bien prisée.
Quant vous verrés qu’ilz laidiront
Et seront secz comme espinettes
635Et que chose ne vous feront
Qui soient bonnes et doulcettes,
Prenés toutes vos chosettes[-1]
Pour faire la chose advisée
Et si vous tenés joliettes,
640La queue verte est bien prisée.
Je croy que mes dois fleuriront,
Je sens bien venir les fleurettes,
Mes genoulx si assouppliront,
Aussi seront mes esguillettes,
645J’auray les jambes bien doulcettes,
Ma femme sera rapaisée,
Quant on a belles tetinettes,
La queue est bien prisée.[-2]
Adieu ceste belle assemblée,
650Je m’en voys au jolis bocquet.
Je seray de verd affublée.
Adieu ceste belle assemblée.
Gardez que ne soyez emblée.
Il ne m’en chault pas d’ung niquet.
655Adieu ceste belle assemblée,
Je m’en vois au jolis bocquet.
Comment, seray-je tousjours sec?
Par ma foy, je croy que ouy.
Certes je suis prins par le bec,
660On m’a comme arbre enfouy,[-1]
Les maris si sont aujourd’huy
Trestous pour reverdir plantez.
Et nos femmes vont le pirdouy
Dancer par bieu de tous costez.
665Femmes n’en tiennent plus de compte,
Les maris sont en brief farcez,
EXPLICIT.
[XVI.] Farce des femmes qus se font passer pour maistresses.
[12, 20] précisent dès le début, l’origine et, plus encore, la destination parisienne de la pièce.
[42] au Cardinal Le Moyne, au collège de ce nom. Cf. Introduction.
[78] graduées. Les profeseurs et étudiants américains retrouveront avec plaisir en ce mot l’origine de graduate.
[80] ragassotiront, je ne connais que rassoter, radoter.
[115] regenter, crée, comme maistre du v. 113, une spirituelle confusion de termes entre le ménage et l’université.
[185-7] Cf. Introduction.
[199] precum, de prières, mais la prononciation de um en on prête à une équivoque grossière.
[315] qui: si on.
[362] racaillefatrée m’est inconnu.
[379] duenant j’hésite à corriger en duement à cause de la rime.
[449] bourrelet, bord court et roulé du chapeau du XIIIe au XVe siècle (Cf. Quicherat, Histoire du Costume en France, pp. 300-334).
[455] Pantoufles, mules légères de velours ou satin arrondies au bout (cf. v. 445 et Quicherat ibid. qui cite Olivier de la Marche).
[479-484] Le conflit du vêtement court et de la robe longue date du milieu du XIVe siècle et se prolongera sous François Ier, cette dernière étant réservée aux cérémonies. Au XVe siècle, les Rois mêmes adopteront le vêtement court. Cf. Quicherat, Histoire du Costume en France.
[519] en allemant, longs et embroussaillés (cf. Quicherat, Histoire . . . p. 299).
[629] queues, inutile de souligner l’équivoque de ce passage qui est de nouveau la matérialisation d’une expression “plantez-le là et ce sera pour reverdir”, usage courant dans l’ancienne farce et dans Rabelais.
[663] pirdouy, air mélancolique (Godefroy).
[667] ou, corrigé par moi en o (avec).
[vignette]
Robin, vien çà, mon amy,[-1]
Va-t-en vistement attacher
Et aux eglises ce papier
5Et n’oublie pas à decliner
En plus de cent lieux en Paris
Que le Provincial dès hier
Est descendu en son logis
Et au[x] Parisiennes dis
10Que j’ayme de tout mon couraige
Que j’ay voué et entreprins
Leur apprendre ung nouveau langaige.
Ha! mon seigneur, se seroit dommaige,
On ne les pourroit maistriser.
15Allez, mastin et villain paige,
Je le vueil, fault-il repliquer?
Je vois donc aux Carmes premier
Attacher le petit brevet.
Acoup de là, sans tarder,[-1]
20A la Montaigne.
Il sera fait,
Je ne cesseray en effait
Tant que j’auray point en main.[-1]
Parisiennes, il me plaist
Que vous saichiez ung nouveau tra[it]
25Je ne saiche rien plus humain
Que vous, mes mignonnes doulcet[tes].
Par Dieu, Provincial humain,
Vous regardez mal que vous faictes.
Sa, sa, sa, [ça] mes doulcinettes,
30Mes parisiennes gorgettes,
Viendrez-vous pas à la lesson?
Ouy, mes petites riglettes,[-1]
Soyés subtilles, mignonnettes,
Venez tost, il en est saison!
35Johannès, sire, mon mignon,
Qu’esse là que vous seurvice?[-1]
Se je vueil servir? nennin non,
Suis-je Johannès, vielle lisse?
Vous avez tort.
On m’en punisse!
40Lisez les motz, ilz sont escripz,
96 ro]Mais fault-il que je vous les disse?
Ouy, s’il vous plaist, jeune filz.
Or bien de par Dieu, je vous dis
Que toutes femmes en general,
45Qui vouldront mettre leurs esperitz
Parler latin orné, exquis,
Viengne[nt] veoir le Provincial
Adez le plus especial
50Latin, c’est ung bien principal,
Latin, monseigneur Saint Denis,
Il fault donc qu’il soit vaillant homme.
55Latin aux femmes de Paris?
Aussi vray comme je le devise.
Chascun en doit estre esjouys.
Ce sera bien nouvelle guise.
C’est bien donc raison qu’on le prise
60Quant aux dames ainsi s’aquitte.
Par Dieu, autre ordre sera mise
Au monde et meilleure conduite,
Ma commère, venez çà, dictes,
Quelles nouvelles?
Han! je ne sçay moy.[[64]]
65Comment? c’est des biens l’eliste?
Dictes-moy, qu’esse?
C’est.
Quoy?
Vous me mettés en grant esmoy
Que je n’entens ceste parolle.
C’est je vous prometz, par ma foy,
70Ung si saige maistre d’escolle
Et est vray, ce n’est pas frivolle,
Qui arriva hier au matin,
Qui veult que vif on le descolle
S’il ne nous fait parler latin,
75Arguër par façon legière,
Lire en papier ou (en) parchemin
Et entendre toute matière.
96 vo]Parler latin?
Vray est, par Saint Père,
Ne pensés point que je me faigne.
80Vous semble-il point qu’il nous affière?
Le sçavoir, esse chose estrange?
Latin, esse chose qu’on craigne?
Et qu’esse benedicite?
Dont venés-vous?
85Mais venés çà.
Et à coup.[-1]
Ouy da! mais qu’esse?
Pas ouy parler de ce maistre?†
Nenny, de voir!
Son engin penètre[+1]
Tout aultre; riens n’est plus begnin.
90Il a dit que confus veult estre
S’il ne nous fait parler latin.
Nous viendrons donc à nostre fin.
Je ne sçay moy par quel chemin
Il nous est cellé si longtemps.
95Sont estés ces hommes, affin
Qu’ilz ayent auditoire plus grans.
Ha! les villains!
Mais les meschans!
Je m’y consens.
Ilz sont orguilleux comme paons.
100Nous les chasserons comme enfans
Par fine force d’argumens.
Il fault qu’ilz en soient innocens
Que estudions ce langaige.
Aultrement ne seront contens.
105Quant je vois hors, le mien enrage.
Jusque à Nostre-Dame-des-Champs
Nous yrons.
C’est le voir.
Quel saige,
Ces moians sont fort souffisans.
110Devant qu’il soit jamais deux ans
On verra nos maris changer.
Nous yrons à la ville, aux champs.
Publicquement.
Sans nul dangier.
Porteront-ilz point le pannier?
115Ouy dea!
Et les petis gars?
Et nous yrons estudier.
Clergesses serons.
Et eux coquars.[+1]
Serons-nous Maistresses-aux-Ars
Aussi bien qu’eux?
Et pourquoy non?
120Et regnerons en toutes pars.
Ha! ma seur, ce sera raison.
Alons m’en querir Marion,
Puis nous yrons veoir mon seigneur.
Nostre voisine?
Et comment donc?
125Elle a engin de grant ardeur.
Provincial, soyez tout seur
Que j’ay fait voz besongnes bonnes.
Vient-il riens?
Riens? Vecy la fleur
Des Parisiennes mignonnes.
130Te semble-il qu’elles sont ydoines
A comprendre ce qu’on lira?
Vous y ferez si grant aulmosne
97 vo]Que jamais tel bien n’aviendra.
Marion!
Et qu’esse là?[-1]
135Et escoutez ça, ma voisine!
Hé, ma voisine, comment va,
Comment se porte ma cousine?
Bien.
Viendrez-vous?
Où?
Quelle myne!
Veoir ce maistre de grant proesse,
140Il fait merveille.
Il termine
Ce que ne fist jamais De[e]sse
Et de fait, il a fait promesse
De vouloir merveilles enseigner.[+1]
Monseigneur, regardez cy!
Qu’esse?
145Vecy des femmes ung millier.
Elles ont grant faim d’estudier,
Je le voy bien, fay leur grant feste.
Vous les verrés tantost plaidier,
Ce semblera une tempeste.
150Recevoir les fault.
Tais-toy, beste,
Elles ne diront plus que ce mot.[+1]
155Allons-nous veoir l’heritage
De nostre maistre?
Le velà.
Guillemette, comme la plus saige,
Parlez devant!
Mais vous?
Moy? Dea!
Marion, sus!
Pourquoy cela?
160C’est à faire aux plus anciennes.
Or çà, çà, mes Parisiennes,
Vous regente[re]z bas et hault.
Chascune fera bien des siennes.
Il dit d’or.
C’est ce qu’i nous fault.
165Alons près!
Devant.
Ne m’en chault.
Se la memoire ne me fault,
Vous aurez science plaine.[-1]
Dieu gard, Monseigneur!
Ma mye chiere,[+1]
Bien vegniez gracieux attendre.
170Nous montrerez-vous la matière
Du latin?
Ouy et manière
Comment vous le pourrez comprendre.
Nous le voulons tresbien entendre
Montrer à nous, parler aussi.
175N’avez-vous point bon cueur d’aprendre?
Ouy, sire.
Or n’aiez soucy.[-1]
Il me convient sçavoir cecy:
Quelle Faculté (vous) voulez suyvre.
Nous voulons sçavoir.
Quoy?[-2]
180Et pratique de sçavoir suyvre.†
Voulez-vous ces volumes ensuyvre?[+1]
Et qu’esse?
Matière de droit.
Le droit, dea, c’est ung bon livre,[-1]
Mieulx l’ayme que chose qui soit.
185A grant peine ung homme croira
Quel gaing en vient.
A plaine paulme.
Le droit! et on nous le celoit
Et si duist si bien à la femme.
Ha! dea, je vous diray, ma dame,
190Il y a deux droits.
Ça, le bon!
98 vo]Ilz sont tous deux bons, sur mon âme,
L’ung est civil, l’autre est canon,
Le droit civil est par raison
Aux escoliers, l’autre à l’Eglise.
195Qui les veult tous deux, ne peut-on
Les entretenir?
Pour quoy non?
Si fait, dea!
Ha! c’est bonne guise,
Au moins se je trouve faintise
Aucunes fois au droit civil,
200Je recourrai au fait d’Eglise,
Car j’entens bien qu’il est gentil.
Acoutez, quant quelque soubtil
Clerc consel vous en demandera
En disant: “Que vous en semble-il?”
205Ma dame, quel responce là?
Je diray ouy.
Mais en latin ita.
Bien le sçauray dire.[[207]]
S’il dit mal, non dire fauldra.
Et laissez m’en faire, beau sire.
210Or sus, donc je m’en vois produire
Devant vous, ma dame l’advocate,[+1]
En parlant latin.
Or sans rire.
Et gardez que je ne vous matte,
Seez-vous en mon lieu en haste,
215Il fault les autres expedier.
Ung cas advint, ce fut la datte
Du XV jour de fevrier
Qu’il eust ung jeune escuier,[-1]
Puissant de nom et de linage,
220Qui print fille de chevalier,
Ainsi qu’on fait, en mariage.
Quant ce dont, après espousage
Et au mariage acomplir
Il n’avait pas.
Quid?
Ce bagage.
225Benedicite.
Soyés sage!
Et brief il n’y peut fournir.
La dame se veult repentir
99 ro]Et disoit: “Rien ne me fera!”
Se devoit-elle consentir
230A soy demarier?
Ita.
C’est bien respondu sus cetera,[+1]
Vous estes femme de façon,
Vecy ung autre cas.
Or ça!
Naguères il y eut ung mignon,
235Qui trouva ung gentil garson
Avec sa femme en